UN CHANT D’ETE

UN CHANT D ETE

Rendez-vous avec un jardin. Y a t-il façon plus jolie d’accueillir une journée qui commence ? Ceux qui habitent une maison avec un jardin pourront comprendre. C’est une action incontrôlable, à peine réveillé, les paupières encore collantes de sommeil, faire les premiers pas de la journée dans le jardin, comme pour s’assurer qu’il est toujours là.

Mais plus probablement pour respirer les senteurs de la terre.

A l’approche de la nuit nous nous sommes couchés, lovés dans notre cocon de chaleur et repliés sur nos ténèbres. Mais aux premiers rayons du soleil, c’est avec la même émotion que nous retrouvons chaque matin, notre petit morceau de nature.

Rendez-vous avec un jardin donc et à Tokyo en plus.

C’est un peu plus compliqué. Les paupières collantes de la nuit, tassé dans un train en compagnie des travailleurs, hommes en chemises blanches, déboutonnées et sans cravate parce que c’est l’été, femmes aux visages poudrés et fatigués, écoliers penchés sur les écrans de leurs téléphones et la climatisation du wagon qui fait frissonner les peaux imberbes.

J’ai fait la moitié d’un tour de Tokyo jusqu’à la station Komagome. Ma rencontre s’appelle Rikugien et j’en suis impatient.

Dans le wagon d’à côté je remarque une petite écolière avec sa maman. Par la vitre de la porte qui sépare les wagons j’observe la petite fille et peut-être qu’elle le sent.

Des cheveux noirs épais qui lui font comme un casque sur la tête, deux grosses joues rosées, qu’on aurait forcément envie d’embrasser et deux pupilles toutes blanches. Elle est aveugle.

Evidemment… On finit par se demander pourquoi ? On ne formule pas la question de cette manière mais au fond de nous il y a quelque chose qui cherche une réponse. On mâchonne une sorte d’incompréhension mais on ne se dit rien en fait.

Elle reste sagement assise sur la banquette avec son gros cartable dans le dos, un cartable mauve avec des fleurs, elle a aussi un chapeau mauve, les couleurs de son école je suppose.

Et puis pendant tout le trajet je l’observe, fasciné, elle garde sa tête renversée en arrière et je vois ses pupilles blanches et aussi je la vois sourire à la lumière. Elle balance son visage de gauche et de droite lentement en souriant, elle frotte son visage contre la lumière et son visage n’est qu’un immense sourire. Dans cette rame de métro surchargée elle est la seule qui sourit.

La lumière du soleil sur ses pupilles blanches.

Et je me dis que si cette lumière du matin l’inonde d’un tel bonheur, alors il ne faut plus se demander pourquoi…

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