L’ALBATROS LA NUIT

ALBATROS LA NUIT

Journée parisienne samedi. Je me suis demandé si nous pourrions tenir le rythme des rendez-vous. Levé matinal et les amis et les lieux qui se succèdent dans Paname. Belleville bien sûr, N. est terriblement sauvage et contrariée dès que quelqu’un entre dans le périmètre invisible que nous traçons autour d’elle, sa mère et moi. Aujourd’hui trop de monde, et tous la persécutent de sourires et de regards… Manque de bol, elle est cible de toutes les attentions. Mini sieste en sortant du restau chinois, je la porte dans mes bras jusqu’au café chéri(e) où nous attend notre table d’écolier. D’autres amis nous rejoignent, elle se réveille, à nouveau contrariée. Jusqu’au soir, nouvelles rencontres, et nous atterrissons à Montreuil, dans des bâtiments vides, reconvertis en ateliers d’artistes : le studio de l’Albatros.

Rencontre avec la danse Butô. La danseuse joue avec son bébé, une petite fille de 15 mois. Nous nous asseyons sur le sol à l’entrée de la salle, les spectateurs se tassent au même endroit, c’est assez incommode. Je regard M. qui n’en croit pas ses yeux. M. a beau être japonaise elle ne connaît pas la danse butô et la première fois pourrait vite s’avérer la dernière. La danseuse japonaise est accompagnée par une musicienne japonaise qui berce sa danse de sons extirpés de divers objets et parfois elle fredonne. Le bébé observe le public silencieux tassé dans l’obscurité du fond de la salle, sa mère semble se battre contre des ombres, le bébé appuie sur quelques touches de son piano jouet et nous avons le sentiment que tout cela sonne très juste. N. dort dans la poussette que nous avons rentrée dans la salle. Puis le bébé pleure, en voyant sa mère surmontée d’une ombre immense, se désarticuler contre le mur de pierres. Alors la danseuse mère crie aussi et tout cela sonne encore juste. Butô et arts martiaux, prendre ce qui arrive, comme cela arrive…

N. se réveille à ce moment là. J’imagine ce que cela doit être pour elle d’ouvrir les yeux (alors qu’elle les avait fermé dans la voiture) dans l’obscurité d’une salle en écoutant des sons étranges et des cris de bébé et de danseuse mère gesticulante. N. chuine un peu pour qu’on la sorte de la poussette puis une fois assise à nos côtés elle adopte ce sérieux qui me trouble si souvent. Elle observe et analyse ce qu’elle voit, longtemps elle reste sans bouger, sans ciller. …

La danseuse a pris son bébé dans ses bras et toutes les deux volent dans la salle, traversent la lumière du projecteur et replongent dans les ombres. N. observe la danse et moi j’observe M. et je me demande ce qu’elle va penser de cette soirée un peu “barrée”. Mais dans le fond je suis heureux de pouvoir leur offrir des moments comme celui la, qui je le pense, seront plus tard une précieuse nourriture pour elles. N. se souviendra peut-être qu’elle n’avait pas un papa dans la norme. Lui donner le goût de l’ombre. Lui donner l’envie d’approcher les ombres du monde. C’est peut-être cela aussi la danse butô… La danseuse mère s’assoit sur le sol, ouvre sa tunique et donne son sein à la petite fille. Nous les regardons, immobiles elles semblent statues, plus rien ne bouge mais pourtant nous continuons à les voir danser…

En sortant du spectacle, M. m’a confié : “la danse Butô, c’est un peu difficile.”

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