UN SOIR CHEZ MOS

un soir chez mos 2

Un dimanche au vent glacé et un fast-food dans la rue qui mène à la gare de KITA-KOSHIGAYA. Il fait déjà nuit. La salle du restaurant est déserte, à l’exception de moi et dans un coin, d’une jeune collégienne assise à une table. Un verre d’eau est posé devant elle. La tête tournée face au mur, il me semble qu’elle attend. Résolument, elle attend.

Je la surveille du coin de l’œil en mâchant mes hamburgers au poisson. Son silence finit par emplir la salle. Assise bien droite, dans son uniforme bleu marine d’écolière, longs cheveux noirs brillants, lèvres charnues, genoux serrés, jupe courte et mains posées à plat sur les cuisses, elle attend.

Un instant j’ imagine qu’elle attend la fin de service de son petit ami, peut-être un des serveurs ou bien le cuisinier… Mais non, voilà une porte qui s’ouvre. En sort un jeune homme de belle prestance. Le manager du restaurant je suppose. Elle se lève. Il s’adresse à elle. Tous deux s’inclinent. Je suppose qu’il lui présente ses excuses pour l’avoir fait attendre. Il s’assoit face à elle et pose un dossier sur la table.

Elle baisse la tête. Ils parlent d’une voix à peine audible de la place où je suis. De toute façon même si je pouvais les entendre je ne comprendrais rien. Il est à peine plus âgé qu’elle. Je comprends qu’il s’agit d’un entretien d’embauche. Il pose des questions. Elle reste courbée, presque muette.

Je ne les regarde pas mais je suis réceptif de leurs moindres gestes et intonations. L’attitude soumise de la jeune fille, la voix assurée et peut-être moraliste de l’homme… Pour peu, j’imaginerais une scène de reproches entre un grand frère et une soeur…

Toujours tête baissée, elle lâche quelques mots entrecoupés d’interminables silences. Il la regarde en face. Il note. Il laisse le silence peser sur elle. Il pose une autre question… Puis sur son initiative à lui, la torture prend fin. Elle redresse enfin la nuque. Ils se lèvent et se saluent. Lui, retourne dans son bureau. La porte s’ouvre et se referme. Je la suis du regard. Elle sort du restaurant et sur le parking plongé dans l’obscurité j’aperçois l’écran lumineux de son mobile qu’elle ouvre pour informer… Quelqu’un.

Je fini à peine mon deuxième hamburger que la scène se prépare à être rejouée. Même table, même porte qui s’ouvre. Cette fois la candidate semble plus jeune que la première, n’a pas d’uniforme mais des vêtements très décontractés. Le manager sort à nouveau de son bureau, vient s’asseoir à sa table et repose son petit dossier devant lui. Ils se regardent bien en face, elle s’exprime avec vigueur, elle rit parfois… Lui aussi semble plus détendu face à elle. Je m’éclipse sans mouvement brusque, sans bruit, pour ne pas les interrompre. La porte automatique s’ouvre devant moi, je m’apprête à sortir discret comme une ombre mais le jeune gérant lance à pleine voix un salut dans ma direction en dirigeant un regard de reproches vers le comptoir pour motiver ses employées qui s’empressent de me saluer à sa suite.

Le froid à nouveau. Dans la nuit je pense à la première fille… Et je pense à ces graines que l’on s’efforce de planter pour que poussent des fleurs dans nos vies, mais qui au bout du compte ne sont guère plus que les graines qui traînaient dans le fond de notre poche…

un soir chez mos 1

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