GOKIBURI MON AMI

GOKIBURI MON AMI

Cette année là je vivais des nuits de cauchemars dans une petite chambre de l’énorme banlieue de Koshigaya. C’était au mois de juin, humide et chaud avec la sensation bien réelle et obsédante de ne pas être seul pendant la nuit. C’était l’appréhension de soulever le moindre objet, déplacer une chaussure, rester assis devant l’ordinateur, essayer de ne plus penser à ce qui très certainement était en train de grimper sur le mur blanc, juste derrière mon dos. Et puis fermer la lumière, s’efforcer de sombrer dans les limbes, mais immédiatement, détecter les grattements infimes, les mouvements des intrus sous mon lit…

Cette année là un journaliste de la NHK avait souhaité m’interviewer et j’ai fini par penser que tout serait possible.

Nous nous étions donnés rendez-vous dans les ruelles de Shinjuku. C’est dans le Golden Gai qu’il tenait absolument à me présenter Maïa Barouh que nous ne trouvions pas. Finalement c’est au comptoir du bar La Jetée que mon journaliste s’est endormi profondément, sans me poser la moindre question, me laissant seul en compagnie de Tomoyo la patronne du bar. Et je me souviens qu’elle écoutait un album de Jeanne Balibar. Cette année là j’écrivais des mails à Yves Simon qui me répondait. « J’écoute votre chanson Basquiat dans les wagons de la Yamanote Line, la nuit est tombée sur Tokyo et le train s’envole »

Sur l’acrylique
Basquiat a mis
Son corps à nu,
Ses rêves tordus

Je lui parlais de Tomoyo, « C’est Chris Marker him-self qui m’a emmené pour la première fois à La Jetée » et de Maïa Barouh « Maïa est-elle si belle pour que vous espériez la rencontrer là-bas? » Non je voulais seulement lui parler, de sa double vie ici et là-bas, lui parler de son double visage, lui parler de ce timide avenir que chaque rencontre me murmurait…   De ces nuits solitaires où je courais éperdument après mes rêves, je n’ai finalement ramené qu’une idée : arrêter de poursuivre mon rêve mais me laisser inviter par lui, le suivre, quelque soit l’endroit où il m’emmène. Cette année là je passait mes nuits à boire dans les pubs jusqu’aux premières lumières du matin. Avec le soleil je retournais dormir dans ma petite chambre pendant qu’ils se cachaient dans la pénombre sous les meubles. Cette année là j’en ai attrapé plusieurs, des gros et des rapides. Cette année là pourtant, une nuit au comptoir d’un pub, il y avait ta maman.

Les néons blêmes lancinants
Comme les dessins tristes des enfants
Des sous-marins, des revolvers
Et des avions.

(extraits de l’album d’Yves Simon – Intempestives)

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