VARIATIONS A L’ENVERS DU MONDE

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Nuit d’été à l’envers du Monde – Variations sur mes insomnies. Mêlées au vacarme des grillons, me viennent des voix d’hommes et de femmes avec des chansons enka. Il doit y avoir une maison associative dans le quartier, la nuit fait résonner leur rires, bon dieu quelle heure est-il ?

Les yeux fermés et le corps collant de sueur, dans mon lit étroit contre la fenêtre, je guette les premiers rayons du soleil. Comme chaque matin revoilà le motard de trois heures et sa pétrolette assassine. C’est comme une grosse abeille qui vient butiner devant chaque porte, on l’entend arriver de très loin puisque la nuit est silencieuse, il se rapproche, il tournicote dans les rues et il met sans aucun scrupule un point final à tous les rêves du quartier, mais pour livrer quoi ? Personne ne boit de lait ici.

Soudain la voix d’une femme et un peu plus effacée, celle d’un homme. Exclamations aigues. La femme se marre… Je ne dors pas. Trois heures trente, avec de l’aspirine, j’attends la promesse d’un peu d’air. Encore les cris de la même femme. A bien y écouter, elle ne rit pas mais elle gémit. Ce sont des cris de souffrance. La voix de l’homme toujours lointaine. Quatre heures enfin. Le ciel est déjà bleu. Qu’a t’elle découvert ? Qu’a t’il avoué ?

Quatre heures et demie, les premières voitures, le premier souffle d’air au rideau qui bouge. Un coq s’éclaircit la voix quelque part dans les jardins d’une rue voisine.

Cinq heures, un homme éternue et crache bruyamment. Le coq se lance dans une nouvelle tentative de remettre le monde en marche. Cette fois l’air est frais, j’ai du m’assoupir et quand j’ouvre un œil il fait bien jour et déjà chaud, le japon est en mouvement, le coq est content…

Maintenant les cris lointains des écoliers avec leur entraineur sur le terrain de sport. Matin sans force à l’envers du Monde et des visages arrachés à la nuit s’attardent encore devant mes yeux… Des filles dans des bars, des vidéos sur des écrans géants. Mes pensées se rendorment mais pourtant ma conscience sursaute, la scène se fige, j’écarte le rideau.

Sur le terrain de sport devant l’école les joueurs sont immobiles. Tout est silencieux. Mon lit bouge, ma chambre bouge, ma rue aussi… Les joueurs attendent et au même moment, je jurerais que tout ce qui est capable de se mouvoir sur deux ou quatre pattes, attend.

Et puis le frisson s’arrête, et je suis debout au milieu de la chambre, l’échine tendue, je guette vers les profondeurs du sol, alors que déjà à l’envers du Monde, un oiseau chante, un joueur frappe une balle…

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