DEUX GAMINS ME TIENNENT LA MAIN

HANAMI 3

Dénouement ou dénuement, ces deux mots qui jouent avec mes heures. Comme deux mômes qui cavalent dans les méandres d’une grande maison vide. Ils n’ont qu’une lettre de différence, enfin une lettre si on le veut bien, car à bien y regarder je peux y voir aussi un cercle. Mon temps est maintenant celui du dénouement. J’en ai la conviction épidermique. Dénouement de la corde de chanvre qui m’enserre depuis quelques mois, corde bien mouillée de larmes, cordage devrais-je dire. Ma petite existence a su si bien s’amarrée contre les vents rugissants que maintenant je ne sais plus bouger.

Ainsi le temps du dénuement, avec son lot d’inquiétudes, mais peut-on faire rimer le dénuement et l’inquiétude ? Le dénuement qui à l’instar de la figure du pendu du tarot de Marseille semble nous murmurer qu’il recèle au-delà de son épouvantable inconfort, une promesse de tranquillité, d’oubli et d’abandon. Le dénuement, la dépossession ou peut-être le don …  

Dépossédé de toi à l’infini, qui était ma mère. Arrachée à mon regard. Arrachée à la nuit, débranchée du respirateur, je revis à l’infini le bruit, le vacarme de tes poumons qui hurlent pour repousser l’assaut, et aussi la tendresse qui s’écoule du bout de tes doigts contre le bout de mes doigts. Dénuement. Jusqu’au silence définitif d’une chambre d’hôpital où la nuit nous laisse abasourdis, toi sur le lit, inhabitée, moi sur la chaise, dérivant tous deux au centre du cosmos.

Tu étais morte et je ne le voulais pas. J’ai cherché comment résoudre cette énigme car il le fallait bien. Et j’ai trouvé. J’ai fait le don de toi. Je t’ai donnée à la mort car je te veux libre et voyageuse. Je ne te retiens plus et je sens ton sourire sur moi. Quelque chose, comment le dire autrement, dans mes viscères mais pareillement autour de moi, de l’ordre du paysage, commence à desserrer ses mâchoires sur ma peau.

Dénouement. Je pourrais m’accrocher à ces quelques photos jaunies trouvées dans une boîte à gâteaux, mais sur la photo, une petite fille en robe blanche avec ses yeux noirs m’interroge. Elle me dit que maintenant sa vie toute entière est en moi. Elle me dit que de ses rêves je saurais quoi faire. Elle me dit qu’elle a peur qu’il n’y ait plus rien. Et que ses rêves n’étaient peut-être pas les siens.

Je souri à la petite fille en robe blanche qui dans le passé deviendra ma mère. Je lui dis que je serais bientôt son enfant et que je prendrais soin de sa vie. Elle serre son chien en peluche entre ses bras. Alors je songe que c’est bien un rêve immense qui nous traverse. Un rêve sans fin.

Ce soir je regarde ma fille qui me parle de toi. Derrière la fenêtre de la chambre, nous observons en direction des nuages. Est-ce que Mamie pourra s’abriter quand il va pleuvoir ?

Depuis quelques semaines, je marche dans les rues, entraîné par deux gamins qui me tiennent chacun par une main. Je n’ai qu’à les suivre. Je ne les entends pas mais je sais qu’ils sont heureux. Lui avec son éternel ballon de football, elle avec son chien en peluche, ils tournent vers moi des visages espiègles, pour me dire de marcher plus vite, car tout reste à faire…

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