NOUVELLE TENTATIVE D’APPROCHE D’UNE ÎLE LOINTAINE

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Il pensait que c’est toujours ce qui ne se laisse pas photographier que l’on tente désespérément de raconter. 

Il me disait aussi que la ville le tourmentait, qu’elle n’avait de cesse de le repousser hors de ses bras et s’ingéniait à le priver de ses lieux habituels de répit. Les lieux se déplaçaient ou disparaissaient. Il n’était pas le bienvenu, quelque chose avait été déplacé, et la lumière le lui faisait comprendre. La lumière avait ce don de l’hostilité que jamais il ne contestait.  

Il mangeait, dormait, écrivait dans une cellule de moine privée de fenêtre et exiguë. De l’extérieur ne lui parvenait aucun son. Lorsque lui venait soudainement une envie d’entendre, il n’entendait que le bruit du sang dans sa tête. Les bruissements du monde se racontaient pour lui sur un écran fluorescent de douze pouces qu’il observait fixement comme un astronaute peut observer la planète qui est la sienne et qui lui semble si lointaine depuis sa capsule de moine…

Il ne trouvait plus assez de force pour affronter les hauteurs des tours de verre ou pour se faufiler à contre courant de ses myriades de saumons qui venaient vers lui sur les trottoirs de Shinjuku. Où allaient-ils finir par se poser tous ces regards ? Vers quelle destination inconnue la somme de leurs désirs et donc de leurs choix allait-elle les emmener sans espoir de retour … Il se trouvait amer et il le regrettait souvent. 

Il restait immobile, le corps lourd, dans la moiteur de l’été sa cellule sans fenêtre devenait sarcophage. Je me souviens l’avoir entendu dire que cet espace réduit correspondait étrangement au monde qui lui était familier depuis l’enfance. Un monde dans lequel le regard ne peut porter que sur des détails très proches. Il avait développé cette aptitude, il en parlait ainsi, en ne marchant depuis son enfance qu’avec les yeux obstinément posés sur le bout de ses chaussures. Il avançait ainsi et traversait tout un monde peuplé de cailloux, de fissures, de feuilles tombées des arbres, d’objets abandonnés, d’insectes et d’ombres. Et je peux dire aussi qu’il agissait de même avec les gens. Lorsque nous conversions j’avais cette sensation que son regard voyait en moi les objets abandonnées et les ombres… 

A notre dernière rencontre et sur un ton exagérément mystérieux, il m’a murmuré que la grande force de ce pays est d’avoir su lui donner à voir les contours de son existence. La mesure à prendre pour se mesurer soi-même en dedans… Pays de la démesure pour qui ne sait voir qu’au-delà du bout de son nez mais pourtant, pays du minuscule, de l’infime, du fragile et de l’invisible aussi…  

 

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