UN SINGE EN ETE

UENO 18

J’aime pas :  Me traîner dans les rues avec les vêtements collés à la peau et la sensation de marcher au fond d’une piscine (pleine) à chaque pas – Me faire congeler, surgeler et décongeler par les climatiseurs quand je prends le métro avec mes fringues qui ont arpentés le fond d’une piscine (pleine) – Imaginer toutes les bestioles infectes et grouillantes au fond des mers que s’envoient au fond de leur gosier, du reste charmant, avec appétit et raffinement, toutes ces jolies femmes en kimonos qui minaudent sur les avenues – Quand ils remplissent d’abord mon verre d’un demi bac à glaçons avant de me servir entre les interstices un peu de coca pour colorer – Les saloperies de cafards géants qui partagent une colocation que je n’ai certainement jamais demandé –  Entendre partout et toutes les quinze secondes environ, j’exagère à peine, les japonaises de tous âges d’ailleurs,  s’exclamer devant tout et n’importe quoi « kawaiiiiiii ! » (mignon) ce à quoi une autre japonaise toujours rétorquera avec le plus grand discernement « sugo kawaiii ! » (super mignon) – Voir ces files d’attentes de filles hystériques devant les boutiques qui annoncent une super promo sur un truc dont personne n’avait jamais entendu parler avant – Que de vieux types en uniformes, fourbus par les années, agitent inutilement des bâtons rouges fluorescents devant mon nez en s’exclamant sur un ton victorieux  que le trottoir est dégagé et que maintenant je peux passer sans risque – Surtout quand la rue est déserte (J’en connais qui ne s’en remettraient pas s’ils étaient téléportés avec leurs bâtons fluo dans Paris) – Ces hommes et ces femmes débiles qui poussent du matin au soir des cris de d’allégresse dans les émissions de la télé japonaise – Ces caissières de supermarché qui déclament à une vitesse sidérante et à haute voix le prix de chacun des articles qu’elles scannent, comme-ci j’allais  leur dire qu’il y a une erreur quelque part – Ces vendeurs de magasins qui se mettent à crier en un concert parfait et dans tous les coins de la boutique que je suis le bienvenu et qui crient à nouveau quand je sors, même si je n’ai rien acheté, que c’est quand même gentil d’être passé – Ces gens qui se précipitent à la vitesse de l’éclair dès qu’ils choppent une place libre dans le métro – Et qui changent automatiquement dès que la place en début de rangée se libère, parce qu’on y est pas enserré entre deux corps qu’on n’aime pas –  Ces piétons qui restent inanimés au passage clouté à attendre que le bonhomme lumineux passe au vert, quand il n’y a pas une seule voiture à dix kilomètres à la ronde, surtout au moment du déluge et c’est pas beaucoup mieux sous le soleil –  Ces fumeurs honteux et parqués dans des aquariums de verre pour goûter ensemble la pitoyable joie des plaisirs défendus par l’autorité – La monstrueuse gare de Shinjuku et ses labyrinthes de galeries marchandes enterrées dans les entrailles de la cité et par lesquelles il faut  nécessairement passer pour retrouver sa correspondance – Les gens dont l’unique rêve dans la vie serait de voir au moins une fois le Mont Saint Michel et payer à prix d’or une médiocre omelette qui les mènera aussi loin que l’orgasme à chaque fois  renouvelé devant les portes du Disneyland de Tokyo – Les trois kilos de petites pièces que je me trimballe en me disant que j’arriverais bien à les fourguer, sauf qu’à chaque fois vendeurs et clients me semblent si pressés que j’ai la honte de compter ma mitraille alors je sors un nouveau billet – Les flics qui ne lâchent jamais leur gros bâton aux allures préhistoriques même quand ils sont assis derrière leur bureau dans le koban (poste de police) du quartier – Les jardins japonais dont on paie l’entrée et où il est interdit d’approcher à moins dix mètres de leur patrimoine, à savoir qu’on aimerait bien toucher le bois de leurs jolies maisons traditionnelles, surtout que la baraque a due être reconstruite au minimum 25 fois depuis l’époque où elle a été bâtie pour la première fois – Le flic qui fait la morale pendant dix minutes au type qui vient de se griller le feu rouge avec sa mobylette et qui écoute, tête basse et qui n’en pense pas moins – Avoir la sensation que tout le monde ici a peur de gêner tout le monde et donc que toutes les quinze secondes tout le monde demande pardon à tout le monde.

Et j’allais oublier le principal : j’aime pas le nato, c’est dégueulasse.

Mais dans le fond,  tout cela n’est rien en comparaison de ce que j’aime au japon. 

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