J’AI REVU TOMOKI

JAI REVU TOMOKI 1

J’ai revu « Tomoki » avec ses parents. Dans un petit théâtre du 20e à Paris, le Théâtre aux mains nues. C’était une journée froide et mouillée, toutes les rues de Paris dégoulinaient sous mes chaussures. J’ai eu froid toute la journée, j’ai eu froid jusqu’au théâtre…

… Je pense à mon frère que j’ai perdu il y a maintenant 23 ans. Il n’en avait que 22… Il a disparu de notre famille comme ça, d’un coup. Il disait que « l’homme part lorsqu’il a terminé son chemin ». Pourquoi a-t-il dû partir si tôt ?  Peut-être devait-il vivre son âme d’une autre façon ?… Mon frère a toujours été avec moi dans mes rêves, mais depuis que j’ai un enfant, Il ne revient plus. Je crois qu’il est là, en nous…

Tout commence avec les ténèbres, je suis assis au milieu des ténèbres, pas au milieu des autres spectateurs, non, juste dans mes ténèbres. Il n’y a plus un bruit. Certains spectateurs peut-être ferment les yeux et se demandent pourquoi les secondes sont si longues, pourtant ce ne sont que quelques secondes, volées à un monde qui brille et qui caquète sans jamais plus connaître aucun répit. Mes yeux cherchent une faille, une poussière de lumière ou même un son auquel s’accrocher, mais l’obscurité emplit la salle, elle recouvre nos chaussures, nos jambes, nos mains et mon cœur aussi. Je ne peux plus m’arrimer à l’espace. Alors la danse peut commencer.

Un corps fœtus immobile se dessine devant mes yeux. Un corps chrysalide, suspendu par un fil. Doucement se balance. Doucement tourne. et nous dans nos fauteuils, peut-être croyons-nous nous souvenir… Les pieds et les mains de la danseuse lentement se déplient, inquiets à caresser l’obscurité. Naissance délicate, le corps fragile se libère du harnais ombilical, j’ignore pourquoi  les larmes me viennent, je ne saurais en dire plus, naître serait-il si désespérant …

Les ombres sont vaincues, le corps se déploie à la lumière et les musiques sont joyeuses « Tomoki » est une fête, bossanova et ombrelles, Kaori et Sébastien dansent tout aussi bien avec la vie qu’avec le drame. Une dame pleure devant moi et je me dit que maintenant quelque chose nous a frôlé, ici quelque chose qui dormait a été réveillé, avec la tendresse et l’élégance de ces deux artistes.

É pau, é pedra, é o fim do caminho

É um resto de toco, é um pouco sozinho

Un pas, une pierre, un chemin qui chemine,

Un reste de racine, c’est un peu so-li-taire,

J’ai rencontré Kaori, Sébastien et Oscar-Tomoki, il y a peut-être sept ans, à l’occasion d’une interview, chez eux, gentiment ils m’avaient reçu dans leur cocon parisien. Et nous avions parlé en profondeur de notre drôle de vie, de notre recherche si floue et si exacte et après l’interview je m’étais retrouvé sur les boulevards, exalté mais seul, j’avais ravivé ma certitude qu’au loin, par-delà la colonne de la Bastille, il y avait une île qui s’appelait Japon et qui m’attendait…

Libérés du harnais nous ne le sommes jamais. A chacun de nos efforts nous sentons ce qui nous lie… C’est là ce qui nous met en mouvement, c’est la raison de tout cela. Je regarde Kaori qui danse au milieu d’une mer colérique de papier Kraft et dans mon ventre je nous vois tous danser ensemble comme nous le pouvons, avec nos corps tordus, avec nos corps peureux, nous dansons et c’est la raison de tout cela.

J’ai revu « Tomoki » avec ses parents.

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EXTRAIT VIDEO DE TOMOKI SUR LE SITE KIKOERU ?.

JAI REVU TOMOKI 2

JAI REVU TOMOKI 3

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Photos © Jean-Michel JARILLOT

EXTRAIT VIDEO DE TOMOKI SUR LE SITE KIKOERU ?

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