J’ENTENDS LE LOUP… ET LES CIGALES CHANTER

Tout d’abord il faisait chaud. Cela à l’air anodin mais l’intervieweur sous la chaleur n’est pas le même qu’en milieu tempéré. Il est généralement de mauvaise humeur, vite découragé et ses questions semblent émaner d’un puits sans fond au-dessus duquel par ailleurs on n’a pas la moindre envie de se pencher. Je n’échappais pas à la règle.

Mais j’avais envie d’interviewer Miki.

L’envie s’était imposée à moi doucement au fil des jours. Cet été-là j’étais venu à Tokyo avec deux ou trois pistes en poche, mais qui finalement ne s’étaient pas concrétisées en interview. Aucune rencontre ne se faisait, les jours passaient, je ravalais mes questions en déprimant dans les rues étouffantes. Quelque chose avait changé. J’avais dissout une association, j’en avais créé une nouvelle. Quelque chose avait changé mais je ne savais plus comment agir.

Je ressentais une colère nouvelle à l’encontre des japonais en général. Ils me sortaient par les yeux. Dans les fast-foods j’observais souvent les employés des bureaux dès les premières heures du jour,  ils restaient là, inertes, le regard épuisé devant l’écran de leur téléphone. Quelques heures plus tard des hordes de jeunes mères avec bébés et poussettes roulaient avec nonchalance vers les pâtisseries des centres commerciaux, toutes coiffées du même canotier très tendance, donnant à la scène des parfums de club de vacances. J’errais souvent en solitaire dans les rues, à la recherche d’une belle âme, c’est-à-dire un homme ou une femme dont le quotidien me prouverait qu’il existe d’autres chemins que ceux qui conduisent invariablement les foules vers les temples de la surconsommation.

Elle m’avait parlé de son grand-père. Nous étions attablés dans un petit restaurant d’Ebisu. La nourriture y était simple et délicieuse. J’avais abordé le sujet de la cuisine macrobiotique, qui n’intéressait jamais personne lorsque je tentais d’en parler avec un japonais, mais à ma grande surprise elle me dit que son grand-père détenait un manuel de cuisine macrobiotique qu’il pratiquait assidûment. Et que ce livre était maintenant à elle.

Alors nous avons parlé de la famille. Des chemins dont nous héritons, des chemins que nous poursuivons bon gré mal gré… Et quelques jours après, je n’avais plus aucun doute, c’est Miki que je voulais interviewer.

Son parcours est atypique. J’ai aimé l’entendre se souvenir de son enfance, et j’ai pensé que les directions nous sont données très tôt et qu’il nous appartient si nous en avons la force, de les contredire ou pas …

Miki a hésité avant de me donner son accord pour publier l’interview. Tout d’abord elle m’a demandé si cela me gênerait de ne la publier qu’en français… Nous avons échangé encore beaucoup de mots, les mois passaient, j’imaginais que j’avais définitivement perdu cette interview. Mais elle réfléchissait au sens de tout cela. C’est la première fois que je suis confronté à une réflexion sur la portée des mots enregistrés au cours d’une interview. C’est une problématique spécifiquement japonaise je pense. Les français ont plutôt hâte d’être lu, ils ont une certaine fierté à montrer leur monde intérieur. Mais pour les japonais, il en va tout autrement. Il y a des implications. Je pense que Miki a beaucoup réfléchi à la portée de ses mots sur son entourage et il nous a fallu bien des échanges de mails pour convenir finalement que ses convictions lui font honneur.

C’est à Tama Plaza que s’est déroulée l’interview, à une quinzaine de stations de Shibuya. J’ai marché le coeur léger dans les rues de cette petite banlieue en revenant vers la gare et comme j’avais encore mon enregistreur en main … Ambiance de fin d’après-midi …

Ah oui j’oubliais le plus important :

pour lire l’interview c’est ici

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