VARIATIONS POUR UN ÉTÉ (1)

Finalement et en fait, plus d’une année sans fumer. Mais il serait plus exact d’écrire, sans fumée. Je pensais à cela ce matin en remontant la rue St Denis en direction de la Seine. Je pensais encore aux chansons de Yves Simon. On fumait des Gauloises bleues, qu’on coupait souvent en deux … C’est la fumée que nous désirons plus que tout, n’en déplaise aux chimistes et aux moralistes et peut-être aussi le partage de la fumée. Et d’ailleurs tous ces gens avec leurs pitoyables pipettes à vapeur, enlevez leur la fumée et vous verrez …

Dans les rues du quartier des Halles, des femmes allument une cigarette en sortant du métro. Il est tôt, premiers rayons de soleil du matin. Certaines sont seules enfermées dans leurs pensées. Elles fument un morceau de vie et inspirent la fumée qui vient de se mélanger à l’air qui les entoure et à la crasse sur les murs et aux fruits pourris dans le caniveau. Elles fument tout cela en même temps et elles s’en délectent. Avec abandon, sans y réfléchir plus que ça.

Je les envie. Malgré tous ceux qui nous félicitent d’avoir su arrêter de fumer… Seulement par manque de courage et nul besoin de s’en féliciter. Alors arrêter de fumer pourrait être un manque de courage ? Inutile d’en dire plus.

Demain nous partirons pour Bruges, la vieille Flamande. Avec, comme  pour tous les papas du monde, l’envie  incontrôlable de faire des châteaux de sable avec ma fille sur les grandes plages du nord. Parce que la vague le balayera. Construire ensemble des fortifications avec du sable mouillé, de grands fossés tout autour et aussi des remparts, les décorer avec des coquillages.  Elle va adorer.

L’idée était de traverser le Jardin du Luxembourg pour y faire six photos sous une lumière crue. Pas une de plus. Juste avant j’ai déniché en occasion le livre magique que j’espérais tant trouver aujourd’hui, un album de photos de Saul Leiter – Early Color. Et ensuite je me suis trainé jusqu’à Montparnasse  pour y voir le nouveau film d’Agnès Varda Villages, Visages ou le contraire. Mais il n’y était pas. Malgré les nombreux cinémas du quartier, sur les affiches seulement l’insipide pâture habituelle, les éternels navets de l’été qui donnent à tous l’impression d’être vraiment en vacances ça fait tellement du bien de ne pas penser murmurent-t-ils en essayant de vous convaincre.

Retour aux Halles et le film est bien là.

Je garde en mémoire les larmes d’Agnès lorsque lui vient le souvenir de Jacques Demy. Si longtemps après. Comme J’aurais aimé voir ce film avec ma fille. Lui montrer que la poésie seule est la clé de nos serrures. En fait six photos c’était encore trop et je n’en ramène qu’une et encore elle n’est pas complètement de moi…

 

2 réflexions sur “VARIATIONS POUR UN ÉTÉ (1)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :