ASSIS

Je ne sais pas où nous sommes assis. Peut-être en nous-mêmes. C’est ce qu’on entend dire un peu partout. Mais très vite les bruits du monde nous ramènent à la lisière de notre possibilité. Nous sommes assis dans le petit matin un point c’est tout. Et en moi il n’y a pas de silence, pas de calme. Seulement le vacarme de mes pensées qui s’ajoutent aux bruits de la rue.

Ce matin j’entends d’abord une mouette au-dessus des toits de Paris. Elle semble s’attarder dans notre ciel. Très vite viennent d’autres mouettes, alors je pense à la mer. Et puis la cloche d’une église. Un peu plus tard un coq chante. Des enfants sortent d’un immeuble en chahutant. Nous sommes assis à Paris, dans la pénombre, nos ventres gargouillent.

Il n’y a donc pas de silence. Simplement s’asseoir. Ce matin mon corps ne souffre pas de la posture. Je m’installe. Jusqu’à ce que je pense que je ne peux surtout pas m’installer ainsi. Le sommeil approche et il est mauvais conseillé. Expirer. Nous entendons un réveil qui joue une douce musique, je pense à un réveil dans une chambre d’enfant d’un immeuble voisin, cela ressemble aussi à des clochettes de Noël. Une veilleuse posée sur le sol nous éclaire, c’est une petite flamme qui vacille. Je vois mon corps comme un empilement de matériaux fragiles et tremblotants et les corps de ceux qui m’entourent, comme de solides montagnes dressées dans la nuit. Nous sommes huit ou peut-être neuf mais je ne le sais pas encore.

Le zazen est fini. Je traverse l’effervescence matinale du quartier Beaubourg. Paris s’éveille et je pense au visage de Pema. Tout de suite une image me revient en mémoire. L’image offerte. Lors de notre entretien au mois de septembre, Pema m’avait donné l’image du courant auquel elle se sent reliée. Je traverse les petites rues jusqu’aux Halles. Je reconnais cette image parce qu’elle se trouve déjà en moi. Un courant, une rivière, j’ai déjà reçu cette information mais je ne sais pas où.

Je ne me suis jamais senti relié aux autres. Toujours pas aujourd’hui. Mais zazen, j’en conviens incrédule, me fait remarquer la présence des autres. Enfin.

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