ASAKUSA

Le ciel s’assombrit. Les boutiques d’Asakusa une à une allument leurs enseignes. La nuit arrive. Un flot d’hommes et de femmes encombre encore les allées. Des familles, des amoureux, des adolescentes un peu folles, des africains un peu largués au japon, des jeunes femmes en kimonos à fleurs mauves. Chacun marche d’un pas léger vers le temple pour une prière de plus. Chacun avec une attente confidentielle. Il y a ceux de la file de gauche qui progressent vers le grand portique rouge et ceux de la file de droite qui s’en reviennent un peu plus lourds, plus fatigués.

Un peu à l’écart de la foule. Il est immobile depuis quelques minutes. Ses yeux sont posés sur une petite statue. Derrière son dos trépignent des touristes chinois. Ils attendent caméra en main qu’il veuille bien se décaler. Ils n’ont pas de temps à perdre. Ici tout est photographié, les Bouddhas, les maisons et aussi les jardins, les carpes, les éventails et les femmes. Lui ne photographie pas, il regarde, il ne voit qu’elle. Il s’écarte et fait mine de reprendre sa promenade, le groupe affamé se jette sur la proie, les Smartphones enregistrent des poses. Ils sont partis, il peut revenir, découvre un angle différent, la dernière lumière de cette fin de journée donne à la dame de pierre une teinte rosée. Il s’approche à nouveau d’elle qui semble lui dire, reconnais cet enfant, entends battre le cœur, reconnais, reconnais, reconnais, reconnais.

Attentes de la pierre. Des odeurs d’encens. Frottements du temps. Ce n’est qu’une petite statue devant laquelle on vient pour prier, ou pour prendre une photo, une prière, une photo, une prière. Ce qu’il attend il n’en sait rien et il est observé par un SDF. L’homme à la peau burinée par les assauts du ciel est assis un peu à l’écart dans l’ombre des arbres, il est intrigué. Des touristes il en voit passer, mais des touristes qui s’arrêtent aussi longtemps… Lui aimerait commander à son corps de se remettre en marche et de partir. Mais il ne le peut pas. La pierre lui promet depuis si longtemps. Une preuve. Irait-il jusqu’à dire qu’il entend une respiration. Il sait que la promesse sera tenue. Alors il reviendra encore. Elle ne pourra pas tenir son enfant indéfiniment serré contre elle.

 

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