POÉTIQUE DE LA VILLE # 4 (PIERRE SANSOT)

«Nous ne parlerons pas d’une poésie qui serait propre à la ville et qui se distinguerait d’une autre poésie, celle-là bucolique. Nous ne confondrons pas nécessairement la poésie et la beauté dont telle ou telle ville serait plus ou moins pourvue. Il sera question de «moments poétiques», dont les sources peuvent être différentes et naissent, dans certaines circonstances, d’une relation entre une ville et un témoin sensible. Une même ville peut cesser de nous parler, donc d’être poétique, et cependant elle concerne notre agrément pour les services qu’elle nous offre. Il existe, selon nous, un amour de la ville, d’une ville qui est autre chose que la sublimation de pulsions originelles. Un tel amour possède une relative autonomie et prend place au milieu d’autres formes d’attachements comme l’amour du père, de l’enfant, de la montagne, des sons.

Poésie d’une ville, quand elle ne reçoit pas du dehors, comme des accidents qui ne la concernent pas, les saisons, les nuits, les matins; quand elle nous met en état d’effervescence et semble nous rendre plus sensibles, plus intelligents; quand elle nous inspire des pensées, des gestes qui, sans elle, ne procéderaient pas de notre personne.

A la parcourir, nous ressentons la fatigue comme une forme de bonheur, nous cessons de vouloir tout autre chose qu’elle ou, du moins, nos êtres aimés ont besoin de sa proximité pour délivrer le plus beau de leur visage».

«Elle ne met pas de terme à sa générosité. Que produit-elle ? Non point des légumes ou des céréales, mais des monuments, des personnages, des actes de tendresse ou de désespoir à son image – selon un rapport de convenance (semblable à celui de l’œuvre et de son auteur) et pas seulement de causalité. Vient un moment où nous devenons l’une de ses créations.

Elle n’est pas une image irréelle : bien au contraire, une matière riche, dense à rêver, à travailler tout de même que le marbre, le bois ou le langage inspirent certains artistes. Elle nous prend parfois de vitesse, elle se plaît à redoubler, à se recomposer à travers sa légende, son nom, un fleuve, quelques hauts lieux.

D’une ville poétique, nous nous demandons rarement pour quelles raisons elle nous charme. ou plutôt, après en avoir énuméré toutes les vertus, demeure un je ne sais-quoi inexplicable, comme un certain parfum, une musique troublante». 

(Extraits de la Préface de Pierre SANSOT pour l’édition de poche 2004 de Poétique de la ville – Editions PAYOT).

 

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