WOW

Depuis mon arrivée au Japon je n’ai pas pris le temps d’écrire sur ce blog. Besoin d’autre chose, d’écrire en secret peut-être. Mais hier, wow, la folle journée me donne l’envie de donner quelques news, ceci dit je pense qu’il va me falloir quelques mois avant de digérer et de pouvoir présenter les choses avec le formalisme qu’elles méritent.

Hier matin donc départ de Shibuya à 6 heures. Je dois dire en passant (c’est le mot qui convient) que Shibuya me sort par les yeux, mais comme je suis logé à Shoto,  je rallie quotidiennement la station pour utiliser la Yamanote line qui m’emmène ensuite aux quatre coins de Tokyo. Mais Shibuya… Passées les premières sensations juvéniles du touriste débarqué pour la première fois à Tokyo qui se précipite aux pieds du chiens Hachiko à grands renforts de selfies, passées aussi les centaines de traversées du carrefour mythique que l’on arpente en brandissant à bout de bras sa tablette ou son I phone pour n’en garder qu’une banale vidéo au cadrage tremblotant et au son pourri qui dans le meilleur des cas finira sur Youtube et contribuera fièrement à l’accélération du réchauffement planétaire, Shibuya m’ennuie. Mais j’y passe tout de même, comme une ombre. Le seul petit restau où il m’arrive de m’attarder avec plaisir, c’est un restaurant de Lamen dans une des rues principales, je pousse la porte et systématiquement les serveurs qui m’ont repérés maintenant, m’installent au comptoir (une espèce de comptoir à la japonaise, deux comptoirs en bois de cinq places se font face, les mangeurs de soupe sont assis sur des chaises et le serveur déambule au milieu), je mange toujours le même bol de nouilles les yeux baissés sur ma soupe, comme tout le monde ici, enfin comme tous les solitaires, on ne regarde pas les autres, cela ne se fait pas.  Parfois viennent troubler la quiétude du bouillon qui ronronne au fond de mon bol, deux mijaurées en goguette, des sacs de shopping plein les bras et qui parlent et rient très fort comme parlent et rient fort les jeunes japonaises de vingt ans quand elles s’ébaubissent d’un nouveau chanteur idole qui ressemble à s’y méprendre à un ancien chanteur idole, avec tout de même un gel capillaire qui tient mieux.

Hier matin donc, 6 heures dans les rues, chargé d’une sacoche de matériels (photo et son) et d’un sac de petits cadeaux, bouteilles de vins, confitures et autres boîtes de conserves made in France. Tout cela bien lourd et avec une température déjà insupportable. Sans oublier le fait que le matin très tôt il faut faire attention où on met les pieds quand on traverse le quartier de la Gare de Shibuya, je ne sais pas s’il existe un autre quartier de Tokyo avec autant de vomissures sur les trottoirs, sur les quais de métro, voir même de types (et parfois de filles) endormis dedans… Un reste du monde flottant.

Ensuite, attraper un train en gare de Shinjuku et une heure trente plus tard retrouver mon amie et interprète, Miki, en gare d’Odawara, au bord de la mer, wow, mais pas le temps de rêver, mon amie me présente une de ses amies venues de Yokohama spécialement pour la journée et qui va nous présenter un moine zen que l’on me dit être  hors du commun. Nous reprenons un autre train, c’est reparti pour trente minutes de rail et nous voilà à Atami, station balnéaire favorite des Tokyoïtes, encore plus de mer et de montagne aussi, on repart, la chaleur monte en température, nous épongeons comme nous pouvons mais il faut prendre un autre train, juste une station cette fois, mais d’une distance interminable, pour arriver dans une toute petite gare, où nous attend aux guichets un moine zen (!) souriant, et qui nous entraîne à sa suite sur le parking de la gare pour nous pousser à l’intérieur d’un camping car avant de nous dire accrochez-vous bien ça va secouer ! Petites routes de montagnes, nous sommes tous les trois bringuebalés mais complètement heureux de l’aventure qui nous tend les bras. Je ne sais pas où je vais mais je m’en fous royalement, tout ce je sais c’est qu’à l’origine j’ai aussi un rendez-vous à 14 heures avec un autre moine zen, pour une interview prévue de longue date et qui nous attend dans une autre gare, ailleurs…

Le camping car grimpe toujours sur des routes étroites, et nous arrivons devant un gros temple rustique, colorés, autour duquel règne une paix, il y a des enfants qui jouent, un chat qui fait la sieste, des grillons qui font un boucan d’enfer, il y a aussi un peu de vent dans les bambous, et partout nous remarquons des dessins de chat un peu fou, c’est un moine zen artiste, qui peint des chats fous partout, il nous dit qu’après lui le deuxième boss ici c’est le chat. Son temple est ouvert, c’est le seul mot qui me vienne pour décrire ce que je ressens. Ouvert tout d’abord car l’air y circule librement, le moine aime suspendre un peu partout des petites clochettes (furin et nous entendons les sons se répondre de partout dans le temple. Le moine nous explique sa passion des sonorités et les pouvoirs qu’ont les sons pour soigner nos énergies, il s’intéresse à la physique atomique aussi bien qu’à la danse, il pratique le zen de l’école Soto.

Cette rencontre d’une heure, minutée, ne devait être qu’une découverte de passage, mais finalement le moine prenant vraiment plaisir à nous expliquer ses actions diverses pour faire vivre son temple et moi posant sans cesse de nouvelles questions,  nous avons réalisé une véritable interview que j’ai enregistrée, et que je présenterai plus tard.

Nous sommes frustrés de ne pas rester plus longtemps en compagnie de cet homme remarquable mais il nous faut être à l’heure au second rendez-vous. Le camping car à nouveau, nous sommes à l’arrière, assis sur les banquettes et attablés, pieds nus sur une épaisse moquette, c’est très agréable, le moine conduit vite, nous dévalons la montagne, traversons les villages, il nous lâche devant la gare, cinq minutes montre en main, nous n’avons pas plus pour attraper le train qui arrive, la température de l’air est brûlante, je cavale derrière mes deux accompagnatrices. Le train et sa climatisation glacée nous assèche la peau pour quelques minutes. Retour à Odawara, nous avons tous les trois besoin d’un café, mais nous n’avons que sept minutes, pas plus. Six minutes trente plus tard nous débarrassons le plateau avec nos tasses et nous jetons hors de la gare dans la fournaise du début d’après-midi pour y trouver une voiture (normale cette fois) avec un autre moine zen en tenue de cérémonie, Hossan, qui nous conduit jusqu’à son temple à quelque minutes de la gare.

Hossan est particulier pour moi. Il est moine de l’école du zen Rinzai. Il est en lien avec le Centre Assise à Paris. Ce sont les gens du Centre Assise qui m’ont conseillé de le rencontrer. Il intervient parfois en tant qu’interprète lorsque son supérieur dirige des sessions de zazen destinées aux étrangers. Hossan nous explique que le temple dont il a la charge est minuscule, il est effectivement le plus petit temple du Japon dans lequel vit un moine (avec sa famille). Nous réalisons l’interview pour laquelle j’étais venu au Japon, je présenterai aussi ce travail lorsqu’il sera présentable mais il faut souvent des mois pour réécrire l’interview en français puis la faire traduire en japonais, la présenter à l’interviewé, obtenir son accord et publier le tout avec les photos qui vont bien.

J’ai également aimé cette rencontre avec Hossan qui a répondu à toutes mes questions. Souvent en réfléchissant profondément en lui-même. Je souhaitais axer mon interview principalement sur le monde de l’enfance, en rapport avec le zazen mais aussi avec la notion d’enfant intérieur, qui m’est importante. Je veux ajouter que Hossan a entre autres, deux particularités qui sont très importantes à mes yeux. Il est le père d’une petite fille de cinq ans (que nous n’avons pas vu, à peine entendue à notre arrivée, mais j’ai tout de même pu remarquer quelques indices) et il a lui-même une double culture (un père allemand/ une mère japonaise).

Mon amie Miki a réalisé un travail d’interprétation particulièrement difficile pendant cette journée, car les deux moines rencontrés ont utilisé des concepts peu habituels, voir complètement inconnus de la majorité des japonais, pour répondre à mes questions, aussi Miki a dû sérieusement se creuser les méninges pour me traduire le plus justement possible ces concepts obscurs du bouddhisme zen.

Retour sur Tokyo en fin de journée et dans un état de fatigue cérébrale et physique extrême. Je me suis demandé pourquoi je faisais tout cela (ça m’arrive régulièrement mais ce n’est jamais grave) au lieu de passer mes vacances à ne rien faire. Mais heureusement, à peine débarqué à la station Shibuya, j’ai retrouvé devant la gare les écrans géants qui hurlaient une musique insipide à tous vents, les énormes camions qui défilaient avec à leurs flancs les photos des boys band à la mode, et bien évidemment le grand carrefour encombré de plusieurs milliers de personnes armées de leurs téléphones ou de leurs téléobjectifs qui tentaient de faire la photo souvenir d’une journée vraiment pas comme les autres.

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