PASSERELLES

Encore Shibuya pourtant je ne voulais pas. Mais la ville me hante. Lorsque glissent sur les trottoirs les premières ombres du soir, mon corps inquiet m’échappe. Ce quartier depuis longtemps a épuisé ses charmes des premiers jours, mais le corps y retourne, toujours avec le même espoir, celui du premier soir, que quelque chose va arriver. J’observe les marées d’individus déversés par les wagons sur les quais de la gare, et tous me semblent habités de la même attente. La ville hurle plus qu’elle ne chante, des camions aux chromes étincelants planent au-dessus des avenues, arrosant les piétons de chansonnettes à lolitas. Les écrans géants aux façades des buildings je ne les vois plus. Je n’ai qu’une attention, ne pas heurter les corps qui me font face. John Lee Hooker dans mes oreilles. Travelin’ Day and Night. Trop de visages, trop de paupières, de pupilles, de nez, de bouches masquées. Trop de ce qui n’est pas moi. Même trop de ce qui est moi. Je reconnais des bouts de mon être, dans tes esquisses qui me frôlent. Chaque visage me questionne. Chaque passant me retient. Chaque vie me tue. Je m’éloigne mais comme dans un mauvais rêve je n’avance pas, la ville colle à mes talons, ils sont toujours là, les mêmes rues encombrées des mêmes boutiques, je monte des escaliers métalliques, des passerelles au-dessus des voitures, ils me suivent, par milliers, pressés, cadencés. Je suis arrêté au milieu de la passerelle. J’attends. Sous mes pieds la violence des camions me fait du bien. Le monde hurle, quelque chose va arriver, nous le savons et nous en sommes impatients.

 

2 réflexions sur “PASSERELLES

  1. Salut Daniel, c’est un très beau texte (une fois de plus), qui me parle beaucoup pour avoir emprunté ces rues maintes fois. Sur les textes de tes deux billets précédents, j’ai un peu de mal à comprendre le texte à vrai dire, comme si il manquait une information pour comprendre. J’imagine que c’est volontaire de toute façon et que ça répond à un besoin d’écrire à toi-même avant tout.

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  2. Merci Frédéric. Oui effectivement je jette les mots parfois, sans me soucier de comment ils seront reçus, j’aime assez procéder par couches superposées avec les mots, comme pour la peinture au couteau, souvent un mot vient en recouvrir un autre et me fait changer l’idée première, la direction, au final le texte n’est vraiment cohérent que pour moi (lol) mais j’imagine que je suis de plus en plus attiré par une forme d’écriture abstraite, j’ignore quel chemin suivre pour y parvenir, je ne voudrais pas refaire ce qui existe déjà en poésie, même si beaucoup de texte dans cette famille me séduisent, je cherche et je ne sais pas quoi. Je crois que c’est la raison pour laquelle nous aimons tous les deux cet outil antédiluvien qu’est le Blog.

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