EFFLEUREMENTS

L’été est probablement la saison qui s’éloigne le plus rapidement de nous. On tourne la tête et il est déjà loin. Etonnant abîme entre maintenant et l’été dernier. Pourtant j’ai emporté l’été avec moi, l’été japonais ne m’aura pas quitté, pas une journée, pas une nuit, jusqu’à ce mois de novembre. Etonnant aussi ce que la mémoire privilégie de la multitude des images. Quel resurgissement si je ferme les yeux, à peine deux secondes. L’été dernier. Deux secondes… La lumière filtrée d’un salon bar aux murs tapissés de livres, avec un long comptoir en bois et des hôtesses en uniformes strictes, et la difficulté d’écrire. Deux secondes… Des rizières à perte de vue et le vent chargé de l’odeur des montagnes.

L’écriture,  du moins dans ma sensation, est pareille à une concrétion de mes effleurements avec le monde, petite pierre qui fait encore mon corps, l’écriture ne peut trouver d’issue, mais contre toute attente, une forme d’envol, un sourire. Après quelque égarement. Quatre exemplaires du tapuscrit sont partis au courrier, chez quatre éditeurs. Je m’efforce à ce propos de n’en rien imaginer, j’essaie simplement d’accompagner ces enveloppes avec mon texte dedans. C’est-à-dire, ne pas laisser le texte se débattre seul, je ne connais pas les lieux où ces enveloppes seront ouvertes, je ne connais pas les mains qui vont s’emparer des feuilles, je ne reconnais pas les yeux qui vont me regarder, mais je veux être là. Effleurer.

L’été encore, dans une rencontre exceptionnelle, avec le moine zen Iwayama san, le texte de l’entretien est publié, mais je ressens la nécessité d’ajouter, nous étions quatre autour d’une table basse, assis sur les tatamis, nous buvions une tasse de thé, et mon enregistreur écoutait. J’ai pensé dès la première seconde, et comme à chaque fois, que je n’aurais pas le temps, et je n’ai pas eu le temps. Notre hôte nous avait prévenu, il était appelé pour des obsèques, il n’avait qu’une heure à nous consacrer, il aurait suffi de quelques secondes, mais l’approche est toujours interminable, et d’ailleurs j’ignore où j’ai envie d’aller, mais non, je mens encore. J’ai aimé cette rencontre. La vraie question était la question de la transmission à l’enfant. J’ai mis le temps pour y arriver, il m’a semblé que le moine observait mon cheminement, malicieusement. J’ai posé la question. Mon enregistreur a saisi l’épaisseur des secondes pendant que le moine réfléchissait, et moi aussi, j’ai ressenti le vertige, et chacun retenait son souffle dans la petite pièce, à ce moment eut lieu l’interview.

L’interview de Iwayama san est ici !

 

2 réflexions sur “EFFLEUREMENTS

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