TAMISER LE MONDE

Se lever tôt. Prolonger le sommeil dans un train. Se réveiller dans une gare parisienne. Sortir dans les rues, avec l’air frais du matin. Marcher jusqu’à la porte du zendo. Rebrousser chemin, tourner les talons, s’enfuir sans chercher pourquoi. Replonger dans les sous-sols de la ville. Les couloirs se remplissent. Il est l’heure d’hier à la même heure, il est l’heure de refaire, de remettre les pas dans les pas d’hier, nos traces encore visibles nous ordonnent.

Soudain le monde me traverse. Mais quoi ? Des histoires inaudibles. Des trajectoires. Et le corps surpris de se savoir vivant. Station Les Halles. Je passe lentement au milieu de l’affolement général. La pensée du zendo dans la lumière du matin. J’y suis. Je n’y suis pas. Je m’en éloigne jusqu’à la prochaine tentative.

Ces derniers temps la mort rôde autour de moi. Il faut vraiment être idiot pour écrire une phrase pareille. Disons qu’elle occupe un peu trop de place. Ma fille m’a dit un truc l’autre soir au coucher : nous ne sommes pas vraiment vivants, on passe dans la gare de la vie mais on va vers la mort et aussi on vient de la mort, alors pour moi on est pas vraiment vivants. Les chiens ne font pas des chats.

J’écris moins sur ce blog. Je n’ai plus assez de mots sans doute, pour écrire à la fois ce roman qui m’occupe l’esprit depuis l’été dernier et des articles pour le blog. Un roman c’est une écriture infinie, on peut le reprendre et le reprendre encore, en rajouter, en enlever, on peut aussi ne pas savoir s’arrêter, tout gâcher, quoiqu’il en soit c’est toujours, une aventure avec soi-même, et c’est peut-être simplement ce que l’on cherche. Je repense aussi à ce que Michel m’a dit un jour à propos de son travail : quand j’écris je ne me relis pas, c’est parfait comme ça. Et je comprends cela.

Il y a aussi mon aventure Kikoeru? qui semble arrêtée. Que faire de toutes ces rencontres ? Continuer à payer chaque mois un abonnement chez un hébergeur pour que ces interviews témoignent de rencontres. Des mots, un jour, quelque part. Pierre Barouh n’est plus là pour nous répéter les paroles de Vinicius de Moraes la vie c’est l’art des rencontres.

Le monde nous traverse. Nous tamisons le monde. Du moins si nous acceptons de le laisser passer.

En nous.

 

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