SUR LE REMPART

 

Elle marche au milieu des herbes hautes, et sa fille marche devant elle. Je les observe de loin, nous faisons le tour du château. Le château blanc des seigneurs de la région, leurs tueries impitoyables, let e sang des samouraïs sous les herbes hautes. C’est la grande histoire avec toute sa gravité. Autour du château les imposantes murailles de pierres ne protègent désormais que son histoire à elle. Sa toute petite histoire qui n’est connue que d’elle seule. Histoire d’une petite fille souvent confiée à sa grand-mère dans le Japon des années 80. Sa grand-mère s’appelait Toyo.

Au même endroit les seigneurs de guerre ont marché fièrement et porté leur regard sur les mêmes sommets, avec l’arrogance des hommes, ou avec l’inquiétude de voir apparaitre au loin les étendards de l’ennemi venu d’une autre vallée. Au pied du même arbre, elle mangeait des bonbons après l’école avec sa grand-mère. 

Herbes, pierres, lézards. Elle entend peut-être encore la voix de Toyo.   

Dans cette ville de province aux avenues défraichies et aux boutiques fermées, tant d’images enfermées en elle. Le sanctuaire pour les prières, gardé par des renards de pierre. Le lac et ses carpes fantastiques aux pieds des murailles. Les pique-niques au bord de l’eau. Les courses folles après l’école. Elle me dit qu’elle venait ici tous les jours, c’était son jardin d’enfant. Je lui demande si d’autres enfants jouaient avec elle. Non, il n’y en avait pas. Les autres enfants étaient violents avec elle. Alors elle préférait être seule. Herbes, pierres, lézards. Elle était seule sous l’immensité du ciel.   

Aujourd’hui elle marche dans les herbes folles. Sur le rempart les pierres sont restées les mêmes, le temps s’y est coagulé comme le sang des samouraïs. Herbes, pierres, lézards. Qu’est-ce qui a changé ? 

C’est l’été, il fait très chaud et les vêtements nous collent à la peau. Elle ne parle jamais de son enfance.  J’essaie d’imaginer qu’un jour elle eut six ans, un gros cartable jeté sur le sol de la petite maison de sa grand-mère, dans ce quartier que nous traversons à pas feutrés, au bord du lac. Ses jeux de petite fille et le bruit assourdissant des cigales. Une grand-mère s’avance sur le chemin, un goûter au fond d’un sac.

 会津若松城  AiAizuwakamatsu-jō

 

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