AU-DELÀ DES MUES

J’ai un gros penchant pour les murs. Là-bas, à Tokyo, ici à Paris, mes possibilités de rencontres photographiques, je veux dire ma timidité d’approche du sujet humain, me repousse le plus souvent contre les murs. J’aimerais mieux photographier des visages, mais sans une vraie complicité, l’idée me semble toujours pitoyable. Alors je photographie les traces, les messages, les tentatives, dessinées, collées et arrachées ou effacées contre les murs, qui me sont finalement plus intimes. C’est le plein été à Paris. Il y a pas mal de temps que je n’avais trimballé Wallace avec moi (Wallace c’est mon appareil photo, en hommage à l’écrivain David Foster Wallace, j’en parlerai un jour prochain). J’écrivais dans un précédent post que cette année je ne marcherai pas dans les rues du Japon, alors me voilà dans les rues de Paris à traquer mes propres traces, tout d’abord celles de mes sentiers oubliés et puis celles qui s’impriment dans mes méandres intérieurs. Allez savoir comment tout cela se mélange. Ça ne me sert à rien de le savoir, pour moi l’important c’est qu’au fur et à mesure que je marche dans le monde extérieur, un chemin se dessine dans mon monde intérieur.

Les Halles, Rambuteau, Beaubourg, tôt le matin. Je n’ai jamais vraiment pris le temps d’aimer ces quartiers mais puisque ma dernière mue semble m’y destiner, j’en explore les possibilités. Je me demande s’il en va ainsi pour vous ? Je mue. A chacune de mes mues, je perds mes lieux, mes amitiés, mes habitudes … Je perds des visages que j’aimais bien, des voix, des silences.  Et sur ma « nouvelle peau » se dessinent de nouvelles rencontres, de nouvelles activités, de nouveaux points d’attache … Malgré tout je n’oublie pas, je suis nostalgique aussi, mais les emplois du temps s’obstinent à ne plus coïncider. Le Monde devient une scène de théâtre, lorsque tombe le rideau je ne peux rien empêcher. Nouveau levé du rideau, déjà le décor a changé. 

 

 

2 réflexions sur “AU-DELÀ DES MUES

  1. Merci Daniel pour ces photographies de murs, et c’est toujours un plaisir de lire tes textes qui inspirent parfois les miens. J’aime aussi beaucoup prendre les murs en photo quand il y a une trace humaine. Où se trouve le visage de la photo d’en-tête de ton billet? Par coïncidence, j’écoute un morceau de l’artiste japonaise half Zombie-Chang dont la vidéo du morceau intitulé Snooze se passe à Paris et joue avec ce grand graph de rue (https://m.youtube.com/watch?v=M6imPhZltI4).

    Entre Paris et Tokyo, on partage la même chaleur en ce moment. Tu connais cette chaleur à Tokyo, difficile de se déplacer en pleine journée pour prendre des photos en ce moment.

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    • Bonjour Frédéric, la première photo est sur la place à coté de Beaubourg avec les fontaine de Niki de Saint Phalle. et un bout de l’église St Meri. Pour la chaleur, elle est de loin, beaucoup, beaucoup plus supportable à Paris qu’à Tokyo !!

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