ÉCRIRE (MARGUERITE DURAS)

« C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ça ne parle pas beaucoup par ce que c’est impossible de parler à quelqu’un d’un livre qu’on a écrit et surtout d’un livre qu’on est en train d’écrire. C’est impossible. C’est à l’opposé du cinéma, à l’opposé du théâtre, et autres spectacles. C’est à l’opposé de toutes les lectures. C’est le plus difficile de tout. C’est le pire. Parce qu’un livre c’est l’inconnu, c’est la nuit, c’est clos, c’est ça. C’est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu’on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication; sa séparation d’avec lui, le livre rêvé, comme l’enfant dernier-né, toujours le plus aimé. Un livre ouvert c’est aussi la nuit. Je ne sais pas pourquoi, ces mots que je viens de dire me font pleurer. »

(Extrait Marguerite Duras « Ecrire » 1993 Edition Gallimard)

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« Quand un livre est fini – un livre qu’on a écrit j’entends – on ne peut plus dire en le lisant que ce livre-là c’est un livre que vous avez écrit, ni quelles choses y ont été écrites, ni dans quel désespoir ou dans quel bonheur, celui d’une trouvaille ou bien d’une faillite de tout votre être. Parce que, à la fin, dans un livre, rien de pareil ne peut se voir. L’écriture est uniforme en quelque sorte, assagie. Rien n’arrive plus dans un tel livre, terminé et distribué. Et il rejoint l’innocence indéchiffrable de sa venue au monde.

Être seule avec le livre non encore écrit, c’est être encore dans le premier sommeil de l’humanité. C’est ça. C’est aussi être seule avec l’écriture encore en friche. C’est essayer de ne pas en mourir. »

(Extrait Marguerite Duras « Ecrire » 1993 Edition Gallimard)

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« Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l’écrivain a très souvent envers lui-même. L’écrivain, alors il devient son propre flic. J’entends par là la recherche de la bonne forme, c’est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire et la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée. » 

(Extrait Marguerite Duras « Ecrire » 1993 Edition Gallimard)

L’écriture de Marguerite DURAS m’aide au quotidien, m’aide dans mon écriture aussi. J’ai découvert les livres de Marguerite DURAS tardivement. Il y a peu donc. Le premier, parce que Hiroshima. Le titre me suffisait. Je ne connaissais absolument rien à l’œuvre ou à l’écrivaine. Je n’avais rien lu, rien vu. J’ai adoré y entendre les souffles entre les dialogues, y deviner les espaces entre les corps. M’aide dans mon quotidien car depuis quelques années ma respiration connait quelques problèmes, la lecture a cette possibilité de proposer au corps, une autre façon de respirer. Respirer une écriture qui n’est pas la nôtre. J’y trouve donc pour ma part, une forme de rééducation.

Il y a l’écriture. Mon écriture. Il est peut-être malaisé d’en dire plus sans paraître insensé. Quoiqu’il en soit je trouve dans les livres de Marguerite DURAS un enseignement qui me va bien, qui m’encourage à chercher plus loin, qui me suggère de ne pas trop m’inquiéter si le mot n’arrive pas, mais de l’attendre, de lui faire place, de croire en lui. Il en est ainsi pour l’histoire. J’ai tout de même compris cela, ces derniers temps. Et j’en suis grandement troublé. C’est ma plus grande découverte en somme : on n’invente pas l’histoire, on écoute et on écrit simplement ce qu’on vient d’entendre. Nous ne serions que des copistes.

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