GRETA THUNBERG

Les jours passent, et soudain ça fait deux semaines que Greta occupe sa place à cet endroit.

Chaque matin, elle s’en va à vélo vers le Parlement et l’attache à la rambarde devant Rosenbad.

Chaque matin, nous avons rendez-vous avec elle.

Nous qui sommes emplis d’autre chose.

Nous qui écoutons la radio dans nos voitures. Nous qui consultons nos portables dans les souterrains.

Nous qui rêvassons dans le bus pour oublier la réalité.

Nous qui parlons de notre dernier repas et du football que nous avons regardé.

Nous qui faisons le ménage dans nos maisons et nos appartements.

Nous qui nettoyons nos fenêtres, arrangeons nos coussins et rangeons nos étagères.

Nous qui supposons que tout est encore parfait. 

The Guardian vient et publie la première grande interview étrangère. Quelques médias norvégiens et danois sont déjà venus pour publier des articles, mais à présent nous avons atteint un autre niveau. Greta raconte son histoire, sans exception. Elle répond à toutes les questions, et consacre le temps qui lui reste à ses livres.

Tout le monde croit évidemment que l’immense voyage public de Greta a commencé sur le pavé devant le Parlement le 20 août 2018.

Mais il n’en est rien. Il a commencé bien plus tôt.

Je lis une publication sur Facebook. Elle a reçu plus de onze mille likes, et Greta est félicitée dans des centaines de commentaires. Elle donne de l’espoir aux gens, et tout le monde a l’air d’écouter ses mots et ses idées. La publication n’est pas récente. Et elle n’a rien à voir avec sa grève scolaire.

Elle a été écrite de bonne heure le matin du 9 novembre 2016, et elle n’a jamais été modifiée.

Ce matin-là, Stockholm était noyée dans plus de 50 centimètres de neige fraîche et, quelques heures plus tôt, Svante était descendu du canapé pour se réfugier par terre, car on avait l’impression qu’un « vent glacial traversait l’appartement » depuis que le baromètre électoral avait soudain tourné en faveur de Donald Trump, au détriment de Hillary Clinton.

J’ai écrit :

Beaucoup de gens ressentent une peur intense en ce début de matinée. J’en fais partie. Mais nous ne céderons pas à la peur. Nous devons nous serrer les coudes. À droite et à gauche. Au-dessus des blocs politiques. Nous devons lancer un mouvement de résistance, ici et maintenant. Nous devons nous organiser contre les ténèbres et la haine qui sont apparues dans les failles les plus profondes de notre monde. Mais nous n’opposerons jamais à la haine, au racisme et au harcèlement le même genre de haine, de racisme et de harcèlement. Nous ne nous abaisserons jamais à la haine. Nous devons commencer à combler ces failles. Nous devons nous unir pour l’humanisme et pour la valeur égale de tous les individus. When they go low. We go high.

L’heure n’est pas au chagrin ou à la peur.

L’heure est à l’organisation. 

PS : Ma fille aînée se passionne pour l’environnement. Elle est beaucoup plus instruite et savant que moi. Elle a toujours dit ceci « L’état du climat est si mauvais que maintenant, le seul salut est sans doute que Donald Trump remporte l’élection – car ce n’est peut-être qu’à ce moment que les gens comprendront à quel point ça va mal. Quand un fou climatosceptique comme Trump gagnera et deviendra l’homme le plus puissant de la planète, alors peut-être que les gens se réveilleront et seront assez bouleversés pour entamer une gigantesque résistance nécessaire pour que nous accédions, à temps, à un véritable changement . » Ses mots semblent pleins d’espoir et précieux aujourd’hui. Je vais bientôt aller la réveiller. Mais j’ai tout cet espoir. Il est temps de commencer le combat. Pour elle et pour tous nos enfants.

Greta s’est réveillée en riant ce matin-là. Elle s’est frottée les yeux et a regardé le poster de la classification périodique des éléments au-dessus de son lit. Mais avant de réciter tous les noms des éléments comme elle le fait toujours juste après son réveil, elle a dit :

« C’est affreux, bien sûr. Mais c’est le seul moyen. Avec Clinton ou Obama, tout aurait continué comme avant. Trump, c’est le réveil. »

Je me dis que je vais partager cette publication encore une fois, pendant la grève scolaire, mais je me retiens.

Chaque chose en son temps, me dis-je.

Laissons-les cracher leur putain de haine maintenant, et on verra quel genre d’individus ils sont.

Dans notre famille, on le sait depuis longtemps.

Nous essuyons des menaces de mort sur les réseaux sociaux, nous trouvons de la merde dans la boîte aux lettres et les services sociaux nous informent qu’ils ont reçu de très nombreux signalements contre nous, en tant que parents de Greta. Mais ils font aussi savoir dans leur lettre qu’ils EXCLUENT toute idée de mesure en conséquence. Les majuscules nous semblent être un petit geste aimable de la part d’un fonctionnaire anonyme à la mairie de quartier de Kungsholmen. Et ça nous fait plaisir.

Mais je ne peux pas me défendre complètement contre la haine. je ne peux pas la repousser. Car quelque part, je commence à comprendre qu’on va me prendre mon enfant. Elle ne va peut-être pas pouvoir continuer à vivre ici.

Être entendu suscite la haine.

Être vu suscite la haine.

Tout suscite une quantité de haine effroyable.

La haine ne connaît aucune limite.

Et ceux qui l’éprouvent ne cesseront jamais, jamais de haïr.

 

(Extrait du livre GRETA THUNBERG Scène du coeur – aux Editions Calmann-Lévy  et  au Livre de  Poche). Photo © Anders Hellberg. 

 

Je viens de terminer la lecture de ce livre écrit en presque totalité par la maman de Greta (Malena ERNMAN). Le passage que j’ai choisi se situe à la fin du livre, avant-dernier chapitre. (Malena ERNMAN évoque un écrit qu’elle a posté sur Facebook en 2016 lorsque Donald Trump a été élu Président des Etats-Unis, dans cet article elle disait quelques mots de sa fille comme vous pouvez le lire dans l’extrait ci-dessus, c’est intéressant car maintenant nous sommes effectivement débarrassés de ce fou). J’ai lu ce livre pour ne pas rester idiot devant une photo, la même que je poste ici, celle de la couverture du livre de poche. La photo est du photographe Anders HELLBERG qui, pour aider Greta dans ses actions, a mis ses photos à disposition de chacun sur Wikimédia. Cette photo m’a touché. Quant à l’histoire de Greta, je l’ai entièrement découverte en lisant ce livre, l’histoire et les mots (maux) de cette famille. Les images qui ont fait les unes des journaux internationaux ou des magazines télévisés m’ont toutes échappées. Je n’y prêtais pas vraiment attention. Il y a un temps pour tout (sauf pour le climat). Maintenant je comprends mieux qui est cette jeune fille.  Si petite soit la résonnance de mon blog, peut-être que quelqu’un aura la même envie d’acheter ce livre en lisant ces quelques lignes ou en voyant la photo. Et ça n’a pas grande importance que ce soit Greta ou un autre enfant dans un autre pays qui mène une action de ce genre. Ce qui a de l’importance, c’est de se sentir relié à une action. Concerné. 

 

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