Mamiko Mitsunaga

 

Janvier 2011, nous nous sommes donnés rendez-vous dans le quartier de Belleville, là où comme nulle part ailleurs dans Paris, nous ressentons le mélange des cultures si cher à Mamiko Mitsunaga, danseuse et chorégraphe, qui me parle de sa danse et de sa liberté de danser à Paris.

 

Daniel : Le thème principal de mon travail est le thème du rêve qui vit au fond des Êtres…

Mitsunaga Mamiko : Ma première création était sur le thème du rêve !

 

Daniel : Vraiment ? C’est amusant !

Mamiko : Oui c’est amusant. Je ne suis pas une danseuse de Butô mais j’ai choisie de danser nue et de maquiller ma peau de blanc comme les danseurs de Butô. Pourquoi sur le thème du rêve ? Je me souviens avoir fait un rêve à l’âge de six ou sept ans. Dans ma chambre, il y avait en face de mon lit des poupées alignées sur une étagère et une nuit, à la lumière d’une veilleuse, j’y ai remarqué une poupée que je n’avais jamais vu auparavant ! Et elle bougeait ! Il y avait sur l’étagère une petite poupée qui bougeait ses jambes et le lendemain matin je me suis demandé si c’était réel ou bien juste un rêve… Je ne savais plus, mais la question est restée longtemps dans ma tête. Plus tard j’ai eu l’envie d’exprimer avec mon corps le souvenir de cette nuit. Dans cette création je joue en solo, mon rôle et aussi le rôle de la poupée.

 

Daniel : Donc à l’âge de six ou sept ans, il y a cette vision dans la nuit… Mais votre envie de danser quand a t’elle commencé ?

Mamiko : Beaucoup plus tard. Quand j’étais lycéenne vers 16 ans ou 17 ans. La vision est restée longtemps en moi et c’est beaucoup plus tard que j’ai choisie de danser pour retranscrire cette vision. Je danse en rapport avec des choses très personnelles. Certains chorégraphes peuvent créer un peu sur commande ou sur des thèmes, par exemple quand c’est l’année du Brésil les créations vont s’orienter vers la culture du Brésil, ensuite l’année du Japon etc… Moi j’en suis incapable. Je n’aime pas suivre la mode. Cette première création est un souvenir de mon enfance.

La création sur laquelle je travaille maintenant s’appelle « fa-ce-tte » et comme je suis une féministe, elle parle des femmes et aussi des multiples facettes qui constituent nos personnalités.

 

Daniel : Nous sommes constitués de multiples facettes comme autant de personnages qui nous habitent, mais pensez-vous qu’on peut imaginer au cœur de toutes ces facettes un personnage central qui nous oblige à suivre un parcours particulier dans notre vie, qui nous oblige à faire certains choix ?

Mamiko : C’est intéressant comme question. Je pense que pour moi il est important d’être centrée. Je ressens le centre comme un petit point à l’intérieur de moi. S’il n’y a pas ce petit point alors je ne peux pas vivre mes différentes facettes.

 

Daniel : C’est important d’avoir toutes ces facettes pour vivre ? On ne peut pas être uniquement le petit point au centre ?

Mamiko : Je crois que non. On a besoin de ces facettes…

 

Daniel : Intéressant.

Mamiko : Et le nombre des facettes peut être différent selon les personnes. J’aime bien rencontrer et écouter des gens différents. Par exemple aujourd’hui c’est vous que je rencontre et grâce à vous je découvre quelque chose de moi-même. Quand vous me posez une question, cette question vient de vous et de personne d’autre. Si une autre personne me posait la même question, je ne répondrais pas la même chose.

 

 

Daniel : Pourquoi avons-nous besoin d’avoir ces différents visages, c’est à dire toutes ces facettes ?

Mamiko : Pour moi, c’est comme une protection…

 

Daniel : Donc on peut dire que nous percevons un danger.  Quel est ce danger ?

Mamiko : Je pense que la plupart d’entre-nous sommes fragiles. Nous avons donc besoin d’une stratégie pour nous protéger. Pour se protéger soi-même mais aussi pour protéger les autres.

 

Daniel : Cela voudrait dire que ce qui est vraiment au fond de nous est fragile ?

Mamiko : Pour moi oui. Pour beaucoup de gens et peut-être pour tout le monde aussi… Il y a de la fragilité en nous mais c’est aussi une chance, car cette fragilité nous permet d’exprimer ou de transformer les choses…

 

Daniel : Il y a un autre mot qui me vient à l’esprit, un mot très utilisé dans les milieux de la danse ou des pratiques corporelles, le mot « équilibre ». Comment comprenez-vous ce mot ?

Mamiko : J’essaie de répondre à ma façon ! (rires) Pour moi, la notion d’équilibre c’est une recherche de chaque jour, c’est quand je peux me permettre de dire « oui » ou « non » aux gens ou à moi-même ! (rires)

Lorsque l’on parle avec les autres, on ne peut pas toujours dire oui, oui, oui, de même on ne peut pas toujours dire non. Il faut avant toute chose savoir équilibrer notre communication. L’équilibre est lié à la relation, à la communication. Avec les autres mais aussi avec moi-même.

 

Daniel : Donc être équilibré cela voudrait dire, ne pas avoir d’hésitation. Etre clair avec soi-même…

Mamiko : Oui.  Et lorsque tout est clair en moi, si par exemple je dois répondre « non », il me faut réfléchir à quand je dois dire non !   Maintenant, ou bien dans une minute, ou bien un an plus tard… La réponse est non mais elle nécessite une observation attentive de moi-même et des autres pour savoir quand dire non. Pour moi c’est cela l’équilibre.

 

Daniel : J’ai une question qui me vient. Pour une danseuse, l’équilibre n’est-ce pas finalement le contraire de la danse ?

Mamiko : Pour la danse, ce n’est pas la peine de chercher l’équilibre. Il faut faire sortir, c’est tout. La base de la danse classique est un travail technique qui vise une recherche de l’équilibre. Mais pour la danse contemporaine et ma danse en particulier, ce n’est pas la peine de penser à l’équilibre. Il faut sortir ce qui est en nous. Je pense au thème de ma danse et j’écoute la musique, le mouvement doit sortir.

 

 

Daniel : Le mouvement c’est quoi ? Une alternance d’équilibre et de déséquilibre.

Mamiko : Non, Non, je ne pense pas comme cela. Je pense plutôt à la ligne du corps. La ligne qui me correspond. Equilibre et déséquilibre c’est autre chose.

 

Daniel : Mais peut-être parlons-nous de la même chose. Qu’est-ce que la ligne ?

Mamiko : La ligne du corps. La ligne d’énergie.

 

Daniel : La ligne est-elle liée avec notre centre de vie ?

Mamiko : Oui, avec notre façon d’être aussi.

 

Daniel : Quel chemin vous a mené la toute première fois en France ? Quel a été votre parcours ?

Mamiko : Je viens de Kyoto. Là-bas, j’étais élève d’une Compagnie de danse privée.  Ensuite j’ai passé une audition pour devenir professeur. J’ai donc donné des cours au sein de cette compagnie qui m’a également permis de participer à des ateliers avec des chorégraphes étrangers !

J’ai eu beaucoup d’occasions de rencontres avec des chorégraphes allemands et américains. Et puis un jour, le chorégraphe Hongrois Pàl Frenak est venu travailler à la Villa Kujoyama. Il est venu accompagné de son interprète principal : Pascal Giordano. J’ai donc rencontré mon ami Pascal à Kyoto, il y a dix ans.

 

 

Daniel : Mais avant cette première rencontre avec Pascal, vous n’aviez jamais eu l’envie de voir la France ?

Mamiko : Non pas du tout, je n’ai jamais pensé aller vivre à l’étranger (rires).

 

Daniel : Vous êtes la première à me dire cela ! (rires)

Mamiko : Jamais, parce que j’adore Kyoto, je n’avais pas l’envie de le quitter ! Au début, pour moi c’était très dur de vivre à Paris ! Qu’est-ce qui est très différent ? Ce n’est pas tant la langue, mais la façon de communiquer qui est différente ! Je cherchais les codes pour communiquer, il m’a fallu longtemps. Je ne parlais pas français, juste « bonjour » et « merci » (rires).

 

Daniel : J’aimerais savoir si votre danse se nourrit de ces deux cultures. La culture japonaise et la culture française, qu’apportent-elles à votre danse ?

Mamiko : J’ai été formé à la danse au Japon. Et dans tous les domaines, y compris la danse, les japonais sont formés avant tout à la discipline. « Oui Maître ! » Il faut dire oui tout le temps, il faut copier et bien copier. Par contre lorsque les danseurs Japonais vont à l’Etranger ils sont facilement intégrés à de grandes compagnies, car nous sommes doués pour copier la forme. Cette discipline existe aussi dans la danse classique ici en occident, mais pour la danse contemporaine c’est tout à fait différent.

Moi je me sens beaucoup plus libre pour créer ici. Si je retourne vivre au Japon, je pourrais probablement redevenir professeur mais je ne pourrais plus créer mes propres pièces.

 

Daniel : Mais pourquoi ?

Mamiko : C’est un peu étrange, mais pour les japonais,  la France est plutôt associée à la pensée. Par exemple, il y a eu beaucoup de philosophes en France. Et encore maintenant, pour les artistes aussi, la France reste un territoire où l’on peut penser pour créer. Au Japon c’est plus difficile, il y a trop de monde, trop de bruit. Pour trouver de la solitude, s’isoler et penser, la France est mieux pour moi.

C’est peut-être aussi parce que lorsque je suis en France, tout ce que j’entends ressemble à une musique. Alors qu’au japon, comme je comprends tout ce qui se dit autour de moi, cela devient gênant, Tout ce que j’entends au Japon, je l’associe à du bruit.

 

 

Daniel : Je ressens la même chose ici à Paris ! Alors qu’à Tokyo la ville me semble si calme !

Mamiko : Je veux ajouter aussi qu’en France, lorsque je participe à des cours de danse, j’y rencontre des danseurs de différentes nationalités, alors qu’au Japon, partout il n’y a que des danseurs japonais ! Peut-être occasionnellement, un danseur étranger invité. J’aime observer les danseurs de tous les pays. Un même mouvement est vécu différemment par le corps d’une danseuse africaine et d’une danseuse française !

 

Daniel : Je me pose une question : Ca sert à quoi de rencontrer de plus en plus de gens, accumuler des expériences, multiplier les créations…. Ca n’a aucune fin ? Quelle est la limite de la danse ?

Mamiko : Je ne sais pas ! (rires)

 

Daniel : Avez-vous le sentiment que vous cherchez quelque chose ?

Mamiko : Oui. Et bien que je cherche quelque chose… Je connais tout de même ce que je cherche. C’est au fond de moi. Je ne sais pas le formuler avec des mots. Mais je le connais. C’est bizarre ! (rires)

 

Daniel : À quel moment de votre vie avez-vous pressenti le commencement d’un chemin artistique ? Pendant l’enfance ou plutôt pendant vos études ? Vos parents sont-ils artistes ?

Mamiko : Non pas du tout ! Mon père n’arrivait pas à y croire. La danse ça sert à quoi ? Pourquoi tu danses ? Il a été un peu plus rassuré à partir du moment où j’ai gagné un salaire en tant que professeur. Ma mère, c’était un peu différent. Mais tout de même au début elle a été étonnée. Malgré tout, elle est toujours venue me voir lorsque j’étais sur scène.

 

Daniel : Dans votre famille vraiment aucun artiste ?

Mamiko : Non vraiment personne.

 

Daniel : Dans notre société, il y a une majorité de gens qui vivent d’un travail qui les rend plutôt tristes ou inquiets, et il y a aussi des artistes qui vivent pour exprimer quelque chose, ce qui peut aussi les rendre tristes d’ailleurs…  Lesquels sont les plus vivants ? Pour vous, quelle est la définition d’une personne vivante ?

Mamiko : Pour moi tout le monde est vivant. C’est peut être quelqu’un qui va tous les jours travailler dans un bureau, qui n’est jamais content et a l’envie d’arrêter mais qui doit tout de même gagner sa vie. Il se plaint tout le temps mais il attend ses vacances. Oui, il travaille pour les vacances (rires). Travailler pour les vacances, c’est très drôle pour moi, j’adore cette idée. Patience, patience. Pour les vacances (rires).

Parce que les japonais n’ont pas ce genre d’idée. Pour les jeunes japonais cela vient petit à petit. Au Japon on ne pense pas aux vacances, le quotidien c’est le travail. Travail-travail-travail, un jour de congé, ensuite travail-travail-travail, deux jours de congé etc… Depuis que je vis en France, j’ai compris le rythme de vie des français, travail, grandes vacances, travail, vacances d’hiver, travail, vacances de Pâques … J’adore, c’est super marrant !

 

Daniel : Mais alors est-ce vraiment cela des gens vivants ?

Mamiko : Oui, à mon avis c’est vivre !

 

Daniel : J’ai envie de poser la question autrement… Dans ce cas, pourquoi est-ce que ce style de vie ne vous convient  pas à vous ?

Mamiko : Pour moi la danse est aussi un travail.

 

Daniel : Oui, mais nous savons bien que ce n’est pas pareil.

Mamiko : En fait, que l’on soit artiste ou non, je pense que le plus important est ce que nous avons à l’intérieur. Par exemple, un danseur, même s’il est célèbre et très bon danseur, même s’il travaille avec les plus grandes compagnies, est-il vraiment vivant et riche à l’intérieur ? Pas nécessairement.

 

Daniel : Dans ce cas c’est quoi quelqu’un de vivant ? Peut-on dire que c’est quelqu’un qui reste lui-même ?

Mamiko : Oui, même s’il se plaint chaque matin de devoir aller au bureau, il attend ses vacances, il adore sa famille, il est lui-même. Ca va (rires).

 

Daniel : Il est lui-même… Cela veut dire qu’il ne peut pas être autrement ?

Mamiko :   Il ne peut pas être autrement mais il sait bien ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas. Si c’est clair dans son esprit alors il est vivant.

 

Daniel : Donc cela veut dire que quelqu’un qui vit constamment dans la plainte est vivant dans la plainte ?

Mamiko : Oui je pense que c’est possible. Mais avant tout il faut voir à l’intérieur de chaque personne. Je n’aime pas l’idée de catégoriser, les artistes d’un côté et les employés de l’autre… Il faut savoir si la personne est vraiment riche en esprit, et aussi originale. Pour moi l’originalité est importante. Et puis il faut se plaire à soi-même aussi.

 

Daniel : Lorsque vous dansez devant un public, quel est votre premier souhait ?

Mamiko : Je souhaite avant tout un échange avec le public ! Je ressens intensément toutes les réactions du public et j’ai besoin que nous restions ensemble, pendant toute la durée du spectacle. Echange, échange, toujours échange.

 

Photos © Julia Romy et Mamiko Mitsunaga

Traduction japonaise : Harumi Suzuki

 

 

斬新なアーティストが集まる傍ら、裏庭には薄汚れたアトリエも点在するベルヴィル界隈中枢。ブルジョワ化の波はまだ届いていない。パリでは他に見られない文化の混ざり合いをまさに身を持って語る、ダンサー兼振り付け師または劇団カンパニー・ヒカリ創設者である光永 真美子(ミツナガマミコ)氏に彼女のダンス、踊る自由について語ってもらう。

 

ダニエル(以下D):かたつむりサイトは、人がそれぞれ抱く夢をテーマにしているんだ…

光永 真美子(以下M.M):私の最初の作品は夢がテーマだったの!

Daniel :ホント?それは偶然だね!

Mamiko:面白いわね。私は舞踏家じゃないけど、同じような方法で裸体を白く塗って演じたの。何故夢をテーマにしたかって?

それは6、7歳の頃見た夢が頭から離れなかったから。部屋のベッドの前にお人形を棚に並べて飾ってあったんだけど、ある夜豆電球の光の中に今まで見た事のない人形が現れてびっくり!しかも動いたの!棚の上で足をぶらぶらさせているのを見てしまって。翌朝になって現実か夢か自問自答したものの…何やらさっぱりわからなくなってしまったんだけど、この経験は私の頭にずっと残っていて。後にこの夜の出来事を自分の身体で表現したくなったってわけ。作品では自分自身と人形を1人二役で演じたの。

 

Daniel : 6、7歳の頃にこの夜の出来事があったわけだね…じゃあダンスをしたいと思い始めたのはいつ?

Mamiko:もっとずっと後。高校の頃だから16歳か17歳かな。この出来事は長い間心に残っていて、ずっと後になってからこの経験をもう一度見直すために踊ろうと思ったの。私ね、とても私的なものしか踊れないの。テーマが決まってて注文を受けてから振り付けする事が出来る人がいるでしょ、例えば今年がブラジル年ならブラジル文化を目指して創作する、とか。日本年ならそれに沿って、とか。私はそういうのは出来ないタイプ。流行に乗る事が嫌いなの。という訳で私の最初の創作は子供の頃の思い出を元にしたもの。今は« fa-ce-tte »(注:意味=面)という作品を手がけているところ。私はフェミニストなので女性たちについて、そして人格形成における多面性をテーマにしているの。

 

Daniel : 僕らはみんないくつかの性格を持つのと同じように多面性があるよね、だけどその中心になる面があると思わない?それが人生を導くというか、選択の機会に立たされるというか。

Mamiko : 興味深い質問ね。私に関して言えば中心を持つ事は大切。自分の内部に1つ小さな決まりを感じるように。その決まりがなかったら、その他の面とは向き合えない…

 

Daniel : 多面性って生きるうえで大切な事かな?「決まり」1つだけでは不十分?

Mamiko : 駄目だと思うわ。みんないくつかの面が必要なはず…

 

Daniel : 興味深い!

Mamiko : 面の数は人によって違うでしょうね…。私は人と出会って話を聞くのがとても好き。例えば今日はあなたに出会って、話をしたお陰で自分をまた再発見出来ちゃう。質問はあなたが私に問いかけているのであって他の誰でもない。他の人だったら違う風に答えるかもしれない!

 

Daniel : 何故違う顔、言い換えれば多面性を持つ必要があるんだろう?

Mamiko :私にとってはそれは自分を守るようなものと言うか…

 

Daniel : 君は何か危険を感じているという意味かな…どういう危険だろう?

Mamiko : 思うに私たちの多くはみな繊細だと思うの。だから身を守るための作戦が必要。自分や同時に周りを守るためでもあるかな。

 

 

Daniel : 僕らはみんな、深い部分に弱さがあるって意味?

Mamiko : 私にとってはそう。多くの人って言うかひょっとしたら全員がそうかもしれない…。でも弱点がある事は幸運とも言えるかも。だってそれがあってこそ表現が出来たり物事を伝えられるから…

 

Daniel : もう1つ思い浮かぶ言葉があるんだ、ダンスなどの身体表現でよく使われる「バランス」という言葉。この言葉はどう理解してる?

Mamiko:あくまでも主観的に答えるわね!(笑)バランスとは毎日の自問自答そのものだと思う、ハイと答えるかイイエと答えるか、周りに対して、もしくは自分自身に対して(笑)。

誰かと会話する時は、常にずっとハイハイハイって言うわけにいかないし、イイエばかりでも駄目。会話のバランスを見極めるべき。バランスは人間関係やコミュニケーションに繋がっている。これは周りに対してだけじゃなく、自分自身にも言える。

 

Daniel : それって迷いがないって事かな。自分自身に正直であると…

Mamiko : そう。例えばイイエと答えるべき時、今言うか、1分後か、もうちょっと後か…タイミングを探す。答えは決まってるけど、答える時を選ぶの、自分や相手をよく観察するのよ。こういうのをバランスって言うんじじゃないかな。

 

Daniel : ちょっと思い付いた質問があるんだけど。踊り手から見て、バランスとダンスって結局反対の言葉じゃない?

Mamiko :ダンスにおいてバランスを求めるのは無駄ね。表現したいから動く、ただそれだけ!クラシックダンスにおいては身体的バランスを習得する目的でテクニックを身につけるけれど、コンテンポラリー、特に私のダンスではバランスを思う必要はなし。自分の中にあるものを放出するの!テーマを想い音楽を聴けば動きは自然に付いてくる!

 

 

Daniel : じゃあ動きとは何?バランスを取ったり崩したりの繰り返しかな…

Mamiko : 違う違う、私はそんな風には考えないの。体の線を考える。自分にぴったりな線を探す。バランスの有り無しは別物…

 

Daniel : でもやっぱり僕ら、同じことを話しているかも。線とはなに?

Mamiko : 体の線。エネルギーの方向。

 

Daniel : その線は僕らの中心と繋がっている?

Mamiko : そう。生き方とも。

 

Daniel : 初めてフランスに来たのはどういう理由で?経緯を教えてくれる?

Mamiko : 私は京都にいて、私立ダンス学校の生徒だった。その後講師になるための試験に合格して母校で授業を教える事になったの。ここでは海外から来た振り付け師と一緒に踊る機会もあったの!ドイツ人やアメリカ人と多く出会ったわ。ある日、ハンガリー人で振り付け師のパル・フレナックが、関西日仏交流会館「ヴィラ九条山」の仕事のため来日したの。主役を演じるパルカル・ジョルダーノを引き連れてね。というわけでこうして私はパスカルと出会ったわけ。10年前の事よ。

 

Daniel : パスカルと出会う前は、フランスに行きたいと思った事はなかった?

Mamiko : 全然。外国で暮らすなんて思ってもみなかった(笑)。

 

Daniel : そんな事言うの君が始めてだよ!(笑)

Mamiko : だって私京都が大好きだもの、離れたくなかったわよ!最初、フランス生活はとっても辛かった。何がそんなに違うかって?言葉はそれほどでもないけど、コミュニケーションの仕方が違うのよね。長い事かかってコミュニケーションのコツを探したわ。フランス語は出来なかったし、言えたのはボンジュールとメルシーだけ(笑)。

 

Daniel : 2つの文化が君のダンスを豊かにしたかどうか知りたいな。日本文化とフランス文化、何か影響はあった?

Mamiko : 私、ダンスは日本で学んだって話したわね。全ての分野、もちろんダンスも、日本はとにかく規律正しさを求められる。「ハイ、先生!」返事は常にハイでなければならないし、真似して真似して学ぶ。お陰で日本人ダンサーは海外に出ても有名カンパニーですぐに適応する事が出来るの。だって私たちは真似が上手だから。クラシックダンスにおいてはヨーロッパでもこういう傾向は見られるけれど、現代ダンスでは全く違う。私はこちらにいる方がずっと自由にクリエーションが出来るの。もし私が日本に戻ったらおそらく講師を再開するだろうと思うけれど、作品を創る事はできなくなるような気がする。

 

 

Daniel : でも、何故?

Mamiko : 不思議でしょ、でも日本人にとってフランスは思考の国なの。例えばフランスには沢山の哲学者がいたでしょ。今だってアーティストにとって、フランスは創作するため思想出来る国。日本では難しいの、人が多すぎ騒音も多い…1人で引きこもって考えるためには、私はフランスの方が合ってるの!

フランスにいると聞こえるもの全てが音楽に聞こえる。言葉の違いも影響あるかもしれないわね。日本にいれば周りの言葉がみんな分かってしまうから、不快に感じる。日本で聞こえるものは私には騒音でしかない。

 

Daniel : 僕もパリで同じように感じるよ!東京はとても静かな街だと感じるのにね。

Mamiko : もう1つ加えたいんだけど、フランスではダンスの授業を受ける時、様々な国籍のダンサーに出会うけど、日本では日本人にしか出会わない!海外から招待された人にたまに出会うくらいで。私は各国のダンサーを観察するのが好き。同じ動きも、アフリカ人とフランス人では違う捉え方になる。

 

Daniel : もう1つ質問するね。人に出会ったり経験を積んだり創作活動を広げることにはどんな意味があるのかな…?終わりはないの?ダンスの限界って何?

Mamiko : そんなのわかんないわ!(笑)

 

Daniel : 何かを追求しているという感覚はある?

Mamiko : あるわね。何かを探していると言うか…何を探しているかは知ってるの。奥深いところでね。言葉では言い表せないなぁ。でも知ってるの。変ね!(笑)

 

Daniel : 君はいつアーティストを目指したの?子供の頃、それとも学生時代?ご両親はアーティスト?

Mamiko : いいえ全然よ。父は全く理解できなかった。ダンスなんか何になるんだ?何のために踊ってるのかってね?講師として給料が出たことで父は少しだけ安心したみたいだけど!母は少し違った。彼女も最初はとにかく驚いてたけど私の舞台はいつも見に来てくれた。

 

Daniel : 家族に本当にだれもアーティストはいないの?

Mamiko : 本当にだーれも!

 

Daniel : 僕らの社会では多くの人が楽しくない仕事をし、心配事を抱えて生きていくけど、アートとして悲しみを表現する人もいるよね…どちらがより生きていると言えるだろうか?君にとって、生きるとは?

Mamiko : 私にはみんな生きていると思える。毎日会社に言って不満ばかりで辞めたいけど生活のためだから仕方が無い。常に文句ばっかり、だけど彼にはヴァカンスがある!そう、彼はヴァカンスのために働く!(笑)ヴァカンスのために働くって私にはとっても愉快に思えるの、この考えた方大好き!辛抱辛抱、ヴァカンスのためなら!(笑)

だって日本にはそんな考え方ないもの。若い世代は少しずる変化があるけど!日本ではヴァカンスなんか頭にないから、日常イコール仕事。仕事、仕事、仕事、1日休み、また仕事仕事、仕事、2日休み…。フランスに住むようになってフランス生活のリズムを理解したわ。仕事、大きなヴァカンス、仕事、冬休み、仕事、パックのヴァカンス…最高ね、すごく面白い!

 

Daniel : でも、それは生きてると言える?

Mamiko : そうよ、生きてるじゃない!

 

Daniel : 違う質問をしてみよう…じゃあ仕事人間的な生き方は何故君に合わないの?

Mamiko:あら私にとってはダンスも仕事よ。

 

Daniel :そうだけど、ちょっと捉えかたが違うよね!

Mamiko : アーティストか否かよりも中身が大事だと思う。例えばダンサー1人にしても、すごく有名で優秀なダンサーで有名劇団と仕事してる、イコール内面が充実してると言えるかしら?そうとは限らないわ!

 

Daniel : じゃあ、生きているってどういうこと?自分に正直であるってこと?

Mamiko:そう、例え毎朝仕事に行くばかりの生活に不満があってもヴァカンスがあり、家族を愛している、そこにらしさがある、だからOK!(笑)

 

Daniel : らしさ…そういう風にしか生きられないという意味で?

Mamiko :違う生き方は出来ないけど、好き嫌いは分かっている。そこさえ スッキリしてるなら、充分に生きていると言える。

 

Daniel:常に不満がある人は、不満そのものが人生だと?

Mamiko:そう言えるわね。とにかく中身が大事ってこと。アーティストとサラリーマンをカテゴリー別にするのは私は好きじゃない。中身が充実している人はオリジナリティーがある。私にとってオリジナルである事はとても大切。自分自身に喜びを持つべきね。

 

Daniel:ダンスを踊る時、1番の望みは何?

Mamiko : 人々と交流すること!私には観衆の反応がよくわかるの、作品を通してずっと観衆と繋がっていたいわ。交流、交流、とにかく交流!

 

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