Ryôsan (moine zen du Ryutaku-ji)

Au mois d’août 2019, à l’initiative de Madame Nicole Savigny-Kespi, j’ai eu la chance de rencontrer le moine zen Ryôsan (Seiryo Mizuguchi) du temple Ryutaku-Ji, invité en France par le Centre Assise pour y diriger une sesshin. Cette rencontre amicale s’est déroulée en présence de Madame Nicole Savigny-Kespi, Monsieur Robert Fenié, Monsieur Thierry Vallier et avec la précieuse collaboration de Madame Yuko Murakami qui a accepté d’être notre interprète.

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MADE IN TOKYO – La ville avec les yeux d’un chat

made in tokyo 9

Comme un haïku tagué sur un mur de la ville, le blog de Frédéric Gautron est tapi sur la toile, il s’appelle  MADE IN TOKYO et c’est bien LE blog sur Tokyo. Un blog d’une grande poésie, la poésie qui m’anime, la poésie urbaine. Ici, rien de cette nourriture mille fois réchauffée qui fatigue les âmes, peu de cosplayers, peu de temples zen, mais surtout du ciel qui s’amuse à miroiter aux façades de verres des buildings, des petites plantes soigneusement alignées le long des trottoirs, des silhouettes de la vie ordinaire qui se dérobent au coin d’une rue, un foisonnement de matières et de formes dans la complexité architecturale de cette ville, mille et un fragments saisis par l’œil du photographe, détails discrets, à peine considérés par l’autochtone, détails témoins de l’intention, caractéristique essentielle du vivant.

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ASSIS DANS UNE RUE DU JAPON

Assis dans une rue 1

Je suis assis dans une rue du japon. Pour quelques heures encore, je veux me le dire car ensuite je devrais dire, j’étais assis dans une rue du japon, la saveur y sera t’elle toujours ? Et dans le fond, qui pourrait jurer que MAINTENANT a une saveur ? L émotion du souvenir sans doute l’emportera en saveur. Je suis assis dans une rue du japon, et pour une fois pas une rue de Tokyo mais une rue de Aizu Wakamatsu, ville de la préfecture de Fukushima ken, et la vie s’ y déroule tranquillement. Beaucoup de circulation, c’est la fin de la journée, des écoliers en uniforme en petits groupes rentrent chez eux, des vélos passent devant moi, les regards s’étonnent une seconde mais ne le montrent pas.

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IL VA PLEUVOIR

« En éprouvant, en vivant les rapports de couleurs, de formes, l’espace, les structures, les rythmes qui sont propres à un artiste, on est introduit à une nouvelle manière de réagir, d’éprouver et de comprendre le monde ; ainsi naissent entre les hommes et le monde de nouveaux rapports, une nouvelle réalité. Cette peinture qui a l’air coupée du monde est cernée par le monde et lui doit son sens. » Pierre Soulages
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JUS D’ORANGE DU MATIN

Un point positif, à être coincé au milieu de la masse dans ces wagons de RER bondés, prêts à exploser, la plupart des gens n’arrivent plus à dégainer leur smartphone pour surfer sur les sites marchands ou regarder des séries lobotomisantes, pas la place, on ne peut plus bouger l’index… Le convoi nous emmène en paquet. Un gros paquet à livrer dans Paris, nous sommes chargés de haine, de colère, de fatigue, et ça explose sans logique, à tous moments, pourquoi tu m’as poussé ? 

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UN HOMME ORDINAIRE (YVES SIMON)

« Ordinaire est un adjectif qui me plaît parce qu’il est celui qui te décrit le mieux. Si j’en éprouvai certains désagréments du temps de ton vivant, j’en tire aujourd’hui de la fierté. Je suis fier en effet d’avoir côtoyé un être tel que toi, d’être celui qui fut engendré par cette chair noble de paysan, puis par celle non moins distinguée de cheminot. C’est toi, l’homme des chemins de fer, n’ayant jamais traversé que trois départements dans toute une vie, qui me donnas le goût des voyages. Sur les réseaux ferrés de France en premier lieu, puis sur ceux plus vastes des lignes aériennes. Nos existences se sont bâties sur des contraires. L’alchimie mystérieuse qui me relie génétiquement à toi m’a offert, non moins étrangement, la passion des mots, celle pour la musique, alors que tu ne lisais pas et n’aimais que la valse musette. Je suis ton arborescence inattendue, ton fruit artiste, la trace que tu ne pouvais imaginer laisser, anéanti que tu étais par trop de lassitude, de ces contraintes qui engluent d’une gangue indélébile les êtres qui n’ont ni le désir ni la volonté de s’en déprendre. »  (Extrait) Lire la suite

HEUREUSEMENT, LA VIE N’EST PAS EN GRÈVE

« Je me moque de la peinture. Je me moque de la musique. Je me moque de la poésie. Je me moque de tout ce qui appartient à un genre et lentement s’étiole dans cette appartenance. Il m’aura fallu plus de soixante ans pour savoir ce que je cherchais en écrivant, en lisant, en tombant amoureux, en m’arrêtant net devant un liseron, un silex ou un soleil couchant. Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions. Je cherche cette présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant. » 

(Pierre, de Christian Bobin – Éditions Gallimard) 

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Reiko Nonaka (french / japanese version)

DOUBLE VIE (REIKO NONAKA)

« La gémellité, c’est ce qui m’a le plus influencée dans ma vie.

Dans l’enfance, nous partageons complètement nos vies, tout est en double. À partir d’un certain âge, nos chemins se séparent et nous vivons chacun de notre côté, mais le fil qui nous relie ne se rompt jamais. La gémellité, c’est comme une image symétrique pliée en deux. Il y a deux figures presque pareilles avec juste de petites différences. Le pli au centre est un point de contact, une partie partagée qui relie toujours les deux. Certes, nous sommes physiquement deux personnes, nous avons chacun une vie, mais le fait d’avoir partagé le ventre d’une mère avant la naissance crée entre nous des liens très forts à un point difficilement imaginable. La gémellité, c’est un doublement de vie. Depuis le départ, nous formons un ensemble et nous vivons une « double vie », parfois partagée et parfois séparée, pour toujours. »

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Mami Suzu et Izaki Tetsuya (french and japanese version)

Avril 2007. Quartier de Nishi Shinagawa à Tokyo. Les grandes tours de Shinagawa se profilent au loin. Le centre de la TOTTO FOUNDATION et du JAPANESE THEATRE OF THE DEAF se niche au cœur d’un labyrinthe de petites rues paisibles avec des jardins. Pour cette rencontre, Mme KOIKE Noriko est mon interprète ; Elle pratique la langue des signes japonaise et parle un excellent français. Deux comédiens sourds ont gentiment accepté de répondre à mes questions : MAMI SUZU et TETSUYA IZAKI. Par un bel après-midi ensoleillé, les mains s’envolent et tourbillonnent, les yeux pétillent de malice…  Lire la suite

PARIS AU MOIS D’AOÛT (RENÉ FALLET)

 

Mais oui madame ! C’est quand revient le joli mois d’août, que chaque année me reprend l’envie de re-re-re-lire cette merveille parmi les merveilles, « Paris au mois d’août » de René FALLET.  Bonheur, ô combien amplifié par les années, de retrouver la verve de cet écrivain qui injustement disparait progressivement de nos mémoires. Je dirais que sur cette fameuse île déserte, vous savez, celle où personne ne viendra jamais vous chercher, j’emporterais au moins deux livres,  KEROUAC et ses Clochards célestes et FALLET avec son Paris au mois d’août. Et il me semble bien qu’avec ces deux-là, je pourrais toujours me souvenir d’où je viens et qui je suis, quelque soit l’épreuve.

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ASSISE

C’est un lieu, mais peut-être n’est-ce qu’une impression. Un lieu de passages en somme. Comme sur une page blanche, ici les corps se laissent imprimer, par les heures de l’assise. Le temps du silence qui creuse un peu plus nos histoires. C’est un lieu de rendez-vous. Mais personne ne sait vraiment, qui il attend. J’ai longtemps cherché cette adresse. De ce lieu caché dans une rue secrète, avec sa porte secrète, son escalier secret et ses occupants, secrets aussi. Allons, allons, ne nous mentons pas . Il n’y a de secret, que ces yeux qui brillent au fond de nous.  Lire la suite

UNE VIE BOULEVERSÉE – ETTY HILLESUM

12-10-42. Toutes mes impressions sont là, comme des étoiles scintillant sur le velours sombre de ma mémoire.

L’âge de l’état civil n’est pas celui de l’âme. Je pense qu’à la naissance, l’âme a déjà atteint un certain âge qui ne change plus désormais. On peut naître avec une âme de douze ans. Mais on peut naître aussi avec une âme de mille ans, il y a parfois des enfants de douze ans chez qui l’on voit très bien que l’âme a mille ans. Je crois que l’âme est la part de l’être humain la plus inconsciente, surtout chez l’Européen de l’Ouest ; l’Oriental « vit » beaucoup plus son âme. L’occidental au fond ne sait pas très bien qu’en faire, il en a honte comme d’une chose indécente. L’âme est bien autre chose que ce que nous appelons le « tempérament ». Il est des gens qui ont beaucoup de « tempérament » mais bien peu d’âme. (Extrait).

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TOUT DE MÊME

Tout de même, il existe un coin de terre, là-bas vers le sud. Les pierres, les fleurs, les bêtes et les gens y sont parfumés par la balaguère ce joli vent d’Espagne qui nous vient d’Afrique. Là-bas mon cœur s’apaise aux gargouillis des fontaines et je peux vraiment croire au monde. Une décennie est passée, j’ai enfin pu réaliser ma promesse faite à une petite bergère de plâtre de revenir vers elle … Je lui avais dit, si tu peux m’aider, d’une façon ou d’une autre, bien sûr si tu as le temps …

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SUR LE REMPART

Elle marche au milieu des herbes hautes, et sa fille marche devant elle. Je les observe de loin, nous faisons le tour du château. Le château blanc des seigneurs de la région, leurs tueries impitoyables, et le sang des samouraïs sous les herbes hautes. C’est la grande histoire avec toute sa gravité. Autour du château les imposantes murailles de pierres ne protègent désormais que son histoire à elle. Sa toute petite histoire qui n’est connue que d’elle seule. Histoire d’une petite fille souvent confiée à sa grand-mère dans le Japon des années 80. Sa grand-mère s’appelait Toyo.

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SOUDAIN ON VOIT LA MER

Zazen. Ce matin une tempête s’est levée à l’intérieur de mon crâne. J’entends même les mouettes dans le ciel de Paris. Et puis me reviennent les images de l’océan. Ma fille qui saute dans les vagues pour les empêcher d’atteindre son Mont Fuji de sable. Ouvrir les yeux. Regarder la toile usée des tatamis. Zazen. Pour quelques secondes de plus.

En retrouvant les rues parisiennes j’ai repensé à ce Mont Fuji de sable. Moi j’avais creusé un fossé devant pour que la mer y engouffre ses assauts. Au bonheur de ma fille. Te dirais-je suffisamment à quel point tu m’ensoleilles ? Non, probablement. On en fait des efforts pourtant. Pour être meilleur, pour être solide, pour ne pas être oublié.

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Etsuko Kobayashi (french / japanese version)

Déménagés des ateliers du « 59Rivoli » le temps d’une rénovation, les artistes du collectif occupaient le dernier étage d’un bâtiment de la Rue de La Tour des Dames à Paris (9). Parmi ces phénomènes, je rencontrais en 2009 l’artiste peintre japonaise Etsuko Kobayashi.  Je me souviens que j’avais écrit à propos de ses compositions « Nous faisons face à la toile, quelque chose au fond de nous réclame un envol et nous ne comprenons pas. »

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Claude Brabant (french / japanese version)

L’Usine au 102 Boulevard de La Villette à Paris. Une petite cour d’immeubles et au rez-de chaussée une galerie qui vaille que vaille expose des artistes sans concession. Maintenant on ne peut plus pousser la porte avec simplicité, comme à l’époque de cette interview, car maintenant ils ont installés le terrible digicode, pourtant elle s’y est opposée pendant longtemps. Elle voulait que le lieu reste libre. Dans son atelier les pigeons et les chats, venus du ciel, l’ont toujours été. J’avais demandé à CLAUDE BRABANT d’être la première à parler devant mon micro. Je me souviens qu’elle n’était pas très enthousiaste à cette idée, mais par amitié elle avait tout de même accepté. Je me lançais dans ce projet d’interviews, sans trop savoir où je voulais aller, c’était à l’automne 2006… 

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TRANSIT-EXPRESS (YVES SIMON)

Chez Boulinier, au pays des livres laissés pour compte, j’ai retrouvé le Transit-Express de Yves Simon. J’en avais totalement oublié le contenu et maintenant je trimbale ce petit bouquin partout, poche arrière de pantalon, lecture rapide sur quais des gares et ratures dans un kebab. Je veux rendre ce petit hommage à Yves Simon. J’éprouve toujours la même tendresse à la lecture de ses pages, je crois bien qu’en France il est le premier à avoir osé faire au milieu d’une prose, des collages de mots, à l’infini, comme un peintre qui ajoute sur sa toile des épaisseurs de couleurs. Celui-là est le troisième roman de Yves Simon. C’est encore une écriture post-adolescente et c’est bien. 

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Jef Sicard (french / japanese version)

Cette interview date de 2007 (!) et c’était ma seconde interview à l’époque. J’avais choisi d’aller vers Jef Sicard, que j’avais la chance de rencontrer régulièrement, puisqu’à cette époque j’enseignais le tai-chi-chuan et qu’il m’arrivait de louer son merveilleux lieu de répétition du Boulevard de La Villette pour y donner mes cours. Habituellement Jef est un souffleur, qui parle peu, mais pour cette occasion, le saxo et les conques ont été abandonnés sur la table et nous avons pris le temps de quelques mots. 

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Kaori Suzuki et Sébastien Vuillot (french / japanese version)

Au croisement de leurs rêves, Kaori SUZUKI et Sébastien VUILLOT ont créé la Compagnie TSURUKAM. Je les ai rencontré dans un festival de marionnettes en 2009, après avoir assisté à leur spectacle KAGOME je leur ai proposé de les interviewer pour les connaître un peu mieux. Je republie aujourd’hui cet entretien, soit dix années plus tard. D’autres créations, toutes aussi innovantes et réjouissantes, sont venues éclairer leur parcours et je suis toujours  émerveillé par leur travail.   

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Miki IIDA (french / japanese version)

Miki IIDA est écrivaine, journaliste et aussi guide à Tokyo. Pendant mes escapades japonaises c’est le plus souvent grâce à elle que je peux entrer en contact avec les personnes que je souhaite rencontrer, grâce à son travail d’interprétation je réalise mes interviews en toute quiétude. Miki est pour moi une véritable exception dans la société japonaise, elle représente ces femmes qui se tiennent debout contre vents et marées et défendent avec acharnement leur liberté. Entre tradition et modernité, voici l’interview que nous avons réalisé ensemble. 

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Bruno Quinquet (french / japanese version)

L’ombre des arbres du jardin Hibiya Koen nous fait oublier un peu la moiteur de septembre. Autour de nous, des hommes sont endormis sur des tables de bois, le chant assourdissant des cigales berce leur sieste. Rendez-vous pris sur internet juste après avoir vu ses photos de salarymens dans un petit article qui lui était consacré, le coup de foudre, j’ai eu envie de rencontrer Bruno Quinquet, photographe français résident à Tokyo.  

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REMUE-MÉNINGES

Ca bouge beaucoup sur le blog depuis quelques jours. Il faut dire, que ça m’est tombé dessus sans prévenir. J’ai supprimé le site web de Kikoeru? avec toutes ses interviews. Allez savoir. Douze années d’existence, ça suffit. Douze, c’est un bon chiffre. Je pense que toutes ces interviews, beaucoup de gens auront pu les lire, que c’est déjà çà, même si au final, le site a recueilli peu de commentaires en retour, je pense aussi que c’est la raison de mon abandon. Mais c’est aussi un signe des temps, sur internet nous consommons vidéos, photos et mots en les picorant, en somme nous ne faisons que passer incognito. Je pense aussi que rien ne vaut d’avoir un livre entre ses mains pour éprouver la valeur des mots. Certaines des interviews seront déménagées sur ce blog, j’y travaille, mais elles ne le seront pas toutes. Ce n’est pas mon intention. Quoiqu’il en soit, cela me donne maintenant  l’occasion de les redécouvrir, je leur donne un nouveau visage, avec parfois de nouvelles photos, et je me dis que d’autres personnes vont découvrir ces hommes et ces femmes qui m’ont surpris de leur existence.