Reiko Nonaka (french / japanese version)

 

DOUBLE VIE (REIKO NONAKA)

« La gémellité, c’est ce qui m’a le plus influencée dans ma vie.

Dans l’enfance, nous partageons complètement nos vies, tout est en double. À partir d’un certain âge, nos chemins se séparent et nous vivons chacun de notre côté, mais le fil qui nous relie ne se rompt jamais.

La gémellité, c’est comme une image symétrique pliée en deux. Il y a deux figures presque pareilles avec juste de petites différences. Le pli au centre est un point de contact, une partie partagée qui relie toujours les deux.

Certes, nous sommes physiquement deux personnes, nous avons chacun une vie, mais le fait d’avoir partagé le ventre d’une mère avant la naissance crée entre nous des liens très forts à un point difficilement imaginable.

La gémellité, c’est un doublement de vie. Depuis le départ, nous formons un ensemble et nous vivons une « double vie », parfois partagée et parfois séparée, pour toujours. »

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Mami Suzu et Izaki Tetsuya (french and japanese version)

Avril 2007. Quartier de Nishi Shinagawa à Tokyo. Les grandes tours de Shinagawa se profilent au loin. Le centre de la TOTTO FOUNDATION et du JAPANESE THEATRE OF THE DEAF se niche au cœur d’un labyrinthe de petites rues paisibles avec des jardins. Pour cette rencontre, Mme KOIKE Noriko est mon interprète ; Elle pratique la langue des signes japonaise et parle un excellent français. Deux comédiens sourds ont gentiment accepté de répondre à mes questions : MAMI SUZU et TETSUYA IZAKI. Par un bel après-midi ensoleillé, les mains s’envolent et tourbillonnent, les yeux pétillent de malice…  Lire la suite

PARIS AU MOIS D’AOÛT (RENÉ FALLET)

 

Mais oui madame ! C’est quand revient le joli mois d’août, que chaque année me reprend l’envie de re-re-re-lire cette merveille parmi les merveilles, « Paris au mois d’août » de René FALLET.  Bonheur, ô combien amplifié par les années, de retrouver la verve de cet écrivain qui injustement disparait progressivement de nos mémoires. Je dirais que sur cette fameuse île déserte, vous savez, celle où personne ne viendra jamais vous chercher, j’emporterais au moins deux livres,  KEROUAC et ses Clochards célestes et FALLET avec son Paris au mois d’août. Et il me semble bien qu’avec ces deux-là, je pourrais toujours me souvenir d’où je viens et qui je suis, quelque soit l’épreuve.

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ASSISE

C’est un lieu, mais peut-être n’est-ce qu’une impression. Un lieu de passages en somme. Comme sur une page blanche, ici les corps se laissent imprimer, par les heures de l’assise. Le temps du silence qui creuse un peu plus nos histoires. C’est un lieu de rendez-vous. Mais personne ne sait vraiment, qui il attend. J’ai longtemps cherché cette adresse. De ce lieu caché dans une rue secrète, avec sa porte secrète, son escalier secret et ses occupants, secrets aussi. Allons, allons, ne nous mentons pas . Il n’y a de secret, que ces yeux qui brillent au fond de nous.  Lire la suite

UNE VIE BOULEVERSÉE – ETTY HILLESUM

12-10-42. Toutes mes impressions sont là, comme des étoiles scintillant sur le velours sombre de ma mémoire.

L’âge de l’état civil n’est pas celui de l’âme. Je pense qu’à la naissance, l’âme a déjà atteint un certain âge qui ne change plus désormais. On peut naître avec une âme de douze ans. Mais on peut naître aussi avec une âme de mille ans, il y a parfois des enfants de douze ans chez qui l’on voit très bien que l’âme a mille ans. Je crois que l’âme est la part de l’être humain la plus inconsciente, surtout chez l’Européen de l’Ouest ; l’Oriental « vit » beaucoup plus son âme. L’occidental au fond ne sait pas très bien qu’en faire, il en a honte comme d’une chose indécente. L’âme est bien autre chose que ce que nous appelons le « tempérament ». Il est des gens qui ont beaucoup de « tempérament » mais bien peu d’âme. (Extrait).

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TOUT DE MÊME

Tout de même, il existe un coin de terre, là-bas vers le sud. Les pierres, les fleurs, les bêtes et les gens y sont parfumés par la balaguère ce joli vent d’Espagne qui nous vient d’Afrique. Là-bas mon cœur s’apaise aux gargouillis des fontaines et je peux vraiment croire au monde. Une décennie est passée, j’ai enfin pu réaliser ma promesse faite à une petite bergère de plâtre de revenir vers elle … Je lui avais dit, si tu peux m’aider, d’une façon ou d’une autre, bien sûr si tu as le temps …

Parce que je crois que nous arrivons en nos contrées, je veux dire dans cette vie, avec un carnet de rendez-vous bien rempli.  Je veux dire que nous sommes espérés. Et chaque parent devrait le crier à son enfant. Tu es espéré et désormais, partout où tu iras, tu seras attendu. C’est ainsi que moi je le dirai à ma fille. Quand elle sera en âge de l’entendre. Dix années ont passé donc et les montagnes nous ont attendu. La bergère est toujours à sa place, dans la fraîcheur d’une église, une brebis à ses pieds. Les églises je n’ai jamais aimé. Il n’y a que là-bas où parfois, j’ose y entrer. Nous nous sommes regardés, silencieusement, j’ai pensé, merci, j’ai pensé, ma fille est au-dehors, elle fait de l’accrobranche à la sortie du village, elle ne sait rien de cette histoire. La bergère a répondu, t’inquiète !

Je ne sais pas comment ça marche. Mais je sens que nous sommes écoutés. Genius Loci. Ou pas. Nous avons des territoires d’écoute. Des lieux qui reconnaissent déjà la légitimité de nos histoires. 

Alors j’ai ancré ma vallée à une île vraiment lointaine et tendu un filin entre le pic du Bergons et les tours de Shinjuku, et puis en funambule, j’ai marché dessus. Mais ne raconte pas tout. Enfin, pas comme ça. 

 

 

SUR LE REMPART

 

Elle marche au milieu des herbes hautes, et sa fille marche devant elle. Je les observe de loin, nous faisons le tour du château. Le château blanc des seigneurs de la région, leurs tueries impitoyables, let e sang des samouraïs sous les herbes hautes. C’est la grande histoire avec toute sa gravité. Autour du château les imposantes murailles de pierres ne protègent désormais que son histoire à elle. Sa toute petite histoire qui n’est connue que d’elle seule. Histoire d’une petite fille souvent confiée à sa grand-mère dans le Japon des années 80. Sa grand-mère s’appelait Toyo.

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SOUDAIN ON VOIT LA MER

Zazen. Ce matin une tempête s’est levée à l’intérieur de mon crâne. J’entends même les mouettes dans le ciel de Paris. Et puis me reviennent les images de l’océan. Ma fille qui saute dans les vagues pour les empêcher d’atteindre son Mont Fuji de sable. Ouvrir les yeux. Regarder la toile usée des tatamis. Zazen. Pour quelques secondes de plus.

En retrouvant les rues parisiennes j’ai repensé à ce Mont Fuji de sable. Moi j’avais creusé un fossé devant pour que la mer y engouffre ses assauts. Au bonheur de ma fille. Te dirais-je suffisamment à quel point tu m’ensoleilles ? Non, probablement. On en fait des efforts pourtant. Pour être meilleur, pour être solide, pour ne pas être oublié.

Et puis la mer arrive, sans violence aucune. Elle emporte toutes tes constructions et tu ne rigoles plus. Zazen. Je me suis allongé sur le sable et j’ai fermé les yeux. Un peu plus loin ma fille continuait ses sauts d’oiseau dans l’eau. A ce moment, il s’est passé quelque chose. Sans doute que le bruit des vagues sur le sable, les voix des gens mêlées au souffle du vent et l’odeur de l’été. A cet instant, il s’est approché de moi.

C’est l’enfant que j’étais, avant. Un enfant solitaire. Les après-midi sur la plage et la vie immobile auprès des parents. Je n’avais qu’une attente, que la journée se termine pour rentrer à la maison et retrouver mes livres et mes cahiers de dessins. Sauf qu’il me suffisait d’ouvrir les paupières pour apercevoir la petite dans les vagues, et me dire qu’aujourd’hui c’était bien moi le père. J’ai gardé les yeux clos jusqu’à imaginer plus nettement ce corps d’enfant que j’avais encore. Du sable entre les orteils.

Tout naturellement, mes parents se sont approchés aussi, et agenouillés près du corps d’enfant que j’étais, et puis, l’un après l’autre, ils ont fini par murmurer : Tu dois écrire, puisque c’est ça qui te plaît. Ils parlaient à ce corps d’enfant que j’étais encore. Ils lui donnaient enfin la bénédiction qu’il attendait. Je ne dormais pas. Je ne rêvais pas. C’était autrement.

J’ai ouvert les yeux à la lumière d’une fin d’après-midi sur la plage d’Anglet, ma fille au loin, semblait fixer l’horizon et la mer avait perdu de sa fougue.

Il faut regarder la toile usée des tatamis, mais il faut aussi élever des monts Fuji de sable et les rebâtir encore et encore.

Et un jour,

Comme si c’était la première fois,

Soudain on voit la mer.

Etsuko Kobayashi (french / japanese version)

Déménagés des ateliers du « 59Rivoli » le temps d’une rénovation, les artistes du collectif occupaient le dernier étage d’un bâtiment de la Rue de La Tour des Dames à Paris (9). Parmi ces phénomènes, je rencontrais en 2009 l’artiste peintre japonaise Etsuko Kobayashi.  Je me souviens que j’avais écrit à propos de ses compositions « Nous faisons face à la toile, quelque chose au fond de nous réclame un envol et nous ne comprenons pas. »

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Claude Brabant (french / japanese version)

L’Usine au 102 Boulevard de La Villette à Paris. Une petite cour d’immeubles et au rez-de chaussée une galerie qui vaille que vaille expose des artistes sans concession. Maintenant on ne peut plus pousser la porte avec simplicité, comme à l’époque de cette interview, car maintenant ils ont installés le terrible digicode, pourtant elle s’y est opposée pendant longtemps. Elle voulait que le lieu reste libre. Dans son atelier les pigeons et les chats, venus du ciel, l’ont toujours été. J’avais demandé à CLAUDE BRABANT d’être la première à parler devant mon micro. Je me souviens qu’elle n’était pas très enthousiaste à cette idée, mais par amitié elle avait tout de même accepté. Je me lançais dans ce projet d’interviews, sans trop savoir où je voulais aller, c’était à l’automne 2006… 

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TRANSIT-EXPRESS (YVES SIMON)

Chez Boulinier, au pays des livres laissés pour compte, j’ai retrouvé le Transit-Express de Yves Simon. J’en avais totalement oublié le contenu et maintenant je trimbale ce petit bouquin partout, poche arrière de pantalon, lecture rapide sur quais des gares et ratures dans un kebab. Je veux rendre ce petit hommage à Yves Simon. J’éprouve toujours la même tendresse à la lecture de ses pages, je crois bien qu’en France il est le premier à avoir osé faire au milieu d’une prose, des collages de mots, à l’infini, comme un peintre qui ajoute sur sa toile des épaisseurs de couleurs. Celui-là est le troisième roman de Yves Simon. C’est encore une écriture post-adolescente et c’est bien. 

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Jef Sicard (french / japanese version)

Cette interview date de 2007 (!) et c’était ma seconde interview à l’époque. J’avais choisi d’aller vers Jef Sicard, que j’avais la chance de rencontrer régulièrement, puisqu’à cette époque j’enseignais le tai-chi-chuan et qu’il m’arrivait de louer son merveilleux lieu de répétition du Boulevard de La Villette pour y donner mes cours. Habituellement Jef est un souffleur, qui parle peu, mais pour cette occasion, le saxo et les conques ont été abandonnés sur la table et nous avons pris le temps de quelques mots. 

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Kaori Suzuki et Sébastien Vuillot (french / japanese version)

Au croisement de leurs rêves, Kaori SUZUKI et Sébastien VUILLOT ont créé la Compagnie TSURUKAM. Je les ai rencontré dans un festival de marionnettes en 2009, après avoir assisté à leur spectacle KAGOME je leur ai proposé de les interviewer pour les connaître un peu mieux. Je republie aujourd’hui cet entretien, soit dix années plus tard. D’autres créations, toutes aussi innovantes et réjouissantes, sont venues éclairer leur parcours et je suis toujours  émerveillé par leur travail.   

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Miki IIDA (french / japanese version)

Miki IIDA est écrivaine, journaliste et aussi guide à Tokyo. Pendant mes escapades japonaises c’est le plus souvent grâce à elle que je peux entrer en contact avec les personnes que je souhaite rencontrer, grâce à son travail d’interprétation je réalise mes interviews en toute quiétude. Miki est pour moi une véritable exception dans la société japonaise, elle représente ces femmes qui se tiennent debout contre vents et marées et défendent avec acharnement leur liberté. Entre tradition et modernité, voici l’interview que nous avons réalisé ensemble. 

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Bruno Quinquet (french / japanese version)

L’ombre des arbres du jardin Hibiya Koen nous fait oublier un peu la moiteur de septembre. Autour de nous, des hommes sont endormis sur des tables de bois, le chant assourdissant des cigales berce leur sieste. Rendez-vous pris sur internet juste après avoir vu ses photos de salarymens dans un petit article qui lui était consacré, le coup de foudre, j’ai eu envie de rencontrer Bruno Quinquet, photographe français résident à Tokyo.  

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REMUE-MÉNINGES

Ca bouge beaucoup sur le blog depuis quelques jours. Il faut dire, que ça m’est tombé dessus sans prévenir. J’ai supprimé le site web de Kikoeru? avec toutes ses interviews. Allez savoir. Douze années d’existence, ça suffit. Douze, c’est un bon chiffre. Je pense que toutes ces interviews, beaucoup de gens auront pu les lire, que c’est déjà çà, même si au final, le site a recueilli peu de commentaires en retour, je pense aussi que c’est la raison de mon abandon. Mais c’est aussi un signe des temps, sur internet nous consommons vidéos, photos et mots en les picorant, en somme nous ne faisons que passer incognito. Je pense aussi que rien ne vaut d’avoir un livre entre ses mains pour éprouver la valeur des mots. Certaines des interviews seront déménagées sur ce blog, j’y travaille, mais elles ne le seront pas toutes. Ce n’est pas mon intention. Quoiqu’il en soit, cela me donne maintenant  l’occasion de les redécouvrir, je leur donne un nouveau visage, avec parfois de nouvelles photos, et je me dis que d’autres personnes vont découvrir ces hommes et ces femmes qui m’ont surpris de leur existence.

 

Michel Vray (french / japanese version)

Paris 9ème, dernier étage d’un immeuble de fer. Toiles immenses et sculptures de ferrailles, couleurs sur les murs, bois et tissus, papiers et métaux … Ici les objets se cherchent une âme. Un squat d’artistes c’est comme un lieu de rendez-vous, pour femmes, pour hommes, pour objets, et pour leurs rêves en commun … Rencontre avec Michel VRAY, peintre, poète,  éditeur, mais avant tout « HOMME DE L’ÊTRE ». 

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Sachiko Ishikawa (french / japanese version)

 

Daniel : Sachiko, j’aimerais connaitre ton avis sur cette question : C’est quoi danser ? Ou bien encore :  c’est quoi ne pas danser ?

Sachiko : Pour moi, danser est un peu ma façon de respirer. Donc ne pas danser, c’est comme si je ne respirais pas… Quand je vivais au Japon, à Tokyo, en tant que salariée, pendant dix ans environ tous les matins je me levais tôt et me dépêchais de me préparer en cinq minutes pour ensuite aller travailler dans un bureau. Je travaillais jusqu’au soir 20h mais très souvent 22h, et parfois même jusqu’à minuit pour rentrer avec le dernier train. Sans avoir de vraies vacances, pas même une semaine pendant l’été en ce qui me concernait. Au bureau, en plus du travail je faisais de la communication avec les collègues, en essayant de m’adapter à la situation. Et cela se répétait de la même façon chaque jour.

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Choje Lama Ani Pema (french/english version)

Lama Pema est une de ces personnes habitées par un souffle d’absolu, en sa présence on ne saurait en douter, d’ailleurs ce n’est pas le doute qui l’anime, elle agit et elle n’est qu’action, pour suivre son chemin si particulier. Avec beaucoup de gentillesse elle a bien voulu répondre à quelques questions alors qu’elle ne parle que vraiment très rarement de tout cela. J’en profite pour attirer l’attention sur son incroyable travail de bâtisseuse, d’ailleurs ses séjours en Europe n’ont souvent d’autre objectif que de sensibiliser le public pour financer ses divers projets de construction, le site officiel qui lui est dédié explique tout cela en détail et nous permet de comprendre avec beaucoup de photos l’ampleur de sa mission.

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Ninsho Kakinuma 柿沼忍昭 (french / japanese version)

Juillet 2018, abandonnant pour quelques heures la chaleur infernale des rues de Tokyo, nous rendons visite au moine Ninsho Kakinuma 柿沼忍昭 dans son temple, le Chokoji (Kannami, Shizuoka-ken), je suis accompagné par Mme Miki Iida qui interprète cette rencontre ainsi que Mme Yuu Adachi.

… Et toujours cette lumière si particulière de l’été. Comme un voile posé sur le décor, qui invite à supposer une existence, un autre monde, il y a simplement à tendre une main, pour sentir une caresse.

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SES JOURS EFFACÉS

Ecrire sur un ami. Pour dire. La poésie des jours effacés. Pour dire. La transmission d’une vie aussi. Pour dire à ses filles qu’il est encore temps. Pour dire. A ses amis, qu’il est encore temps. Pour dire. Au monde entier, que le poète est vivant.

Dans sa chambre minuscule de la Maison Nationale des Artistes de Nogent, les peintures de Michel se serrent toile contre toile au milieu des livres. Dans cette chambre qui lui sert de placard, quatre pas seulement sont possibles, deux pas en avant et deux pas sur la gauche, ensuite il faut se ranger comme n’importe quel objet, comme tous les papiers. Entassés, empilés, alignés, éparpillés, Michel a maintenant toute sa vie à portée de main. Et toute sa vie comme il me l’a dit un jour, n’est qu’une vie de papier.

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TAMISER LE MONDE

Se lever tôt. Prolonger le sommeil dans un train. Se réveiller dans une gare parisienne. Sortir dans les rues, avec l’air frais du matin. Marcher jusqu’à la porte du zendo. Rebrousser chemin, tourner les talons, s’enfuir sans chercher pourquoi. Replonger dans les sous-sols de la ville. Les couloirs se remplissent. Il est l’heure d’hier à la même heure, il est l’heure de refaire, de remettre les pas dans les pas d’hier, nos traces encore visibles nous ordonnent.

Soudain le monde me traverse. Mais quoi ? Des histoires inaudibles. Des trajectoires. Et le corps surpris de se savoir vivant. Station Les Halles. Je passe lentement au milieu de l’affolement général. La pensée du zendo dans la lumière du matin. J’y suis. Je n’y suis pas. Je m’en éloigne jusqu’à la prochaine tentative.

Ces derniers temps la mort rôde autour de moi. Il faut vraiment être idiot pour écrire une phrase pareille. Disons qu’elle occupe un peu trop de place. Ma fille m’a dit un truc l’autre soir au coucher : nous ne sommes pas vraiment vivants, on passe dans la gare de la vie mais on va vers la mort et aussi on vient de la mort, alors pour moi on est pas vraiment vivants. Les chiens ne font pas des chats.

J’écris moins sur ce blog. Je n’ai plus assez de mots sans doute, pour écrire à la fois ce roman qui m’occupe l’esprit depuis l’été dernier et des articles pour le blog. Un roman c’est une écriture infinie, on peut le reprendre et le reprendre encore, en rajouter, en enlever, on peut aussi ne pas savoir s’arrêter, tout gâcher, quoiqu’il en soit c’est toujours, une aventure avec soi-même, et c’est peut-être simplement ce que l’on cherche. Je repense aussi à ce que Michel m’a dit un jour à propos de son travail : quand j’écris je ne me relis pas, c’est parfait comme ça. Et je comprends cela. Il me vient cette pensée, peut-être présomptueuse :  c’est comme zazen. c’est parfait comme ça.

Il y a aussi mon aventure Kikoeru? qui semble arrêtée. Que faire de toutes ces rencontres ? Continuer à payer chaque mois un abonnement chez un hébergeur pour que ces interviews témoignent de rencontres. Des mots, un jour, quelque part. Pierre Barouh n’est plus là pour nous répéter les paroles de Vinicius de Moraes la vie c’est l’art des rencontres.

Le monde nous traverse. Nous tamisons le monde. Du moins si nous acceptons de le laisser passer.

En nous.

 

PARIS AT NIGHT (JACQUES PREVERT)

PARIS AT NIGHT

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Trois allumettes une à une allumées dans la nuit

La première pour voir ton visage tout entier

La seconde pour voir tes yeux

La dernière pour voir ta bouche

Et l’obscurité toute entière pour me rappeler tout cela

En te serrant dans mes bras.

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(Jacques Prévert -Paroles – Editions Gallimard 1949)