LE MAILLON DE LA LIBAIRTÉ

Parce que c’est la seule voie de retour vers un autre futur …

En janvier 2021, les mesures liées à la pandémie se font sentir de plus en plus durement au sein de la population dans bon nombre de pays. Des décisions restreignant les libertés de se déplacer, de travailler ou même de vaquer à ses occupations habituelles sont prises par nos gouvernements.

Nous sommes tous plus ou moins touchés non seulement par ces mesures liberticides mais également par l’imposition d’un phénomène jusqu’alors inconnu : l’obligation de se tenir à distance les uns des autres. Les autorités nomment distanciation sociale ce qui jusqu’alors était considéré comme des comportements particulièrement asociaux.

Une signalisation mettant en place de nouveaux codes et déterminant de manière précise comment éviter de rentrer en contact se répand comme une trainée de poudre depuis les grands centres commerciaux des grandes villes jusque dans nos villages et nos campagnes. Rien n’épargne plus nos rapports avec autrui. Notre vie privée s’en trouve fortement impactée et des familles entières sont quasiment disloquées.

Une campagne médiatique sans précédent bat son plein pour nous avertir de la menace que représentent désormais nos collègues, nos amis mais également nos grands parents ou nos propres enfants. Un climat anxiogène s’installe partout et les visages se crispent ne laissant plus désormais paraître, derrière des masques improvisés, que des regards apeurés.

Notre humanité est touchée en plein cœur et la misère sociale se déclare à une échelle sans précédent. Le tissu social se désagrège à un rythme impressionnant. Des franges de la population entières sont sinistrées. Les personnes âgées, exclues, terminent seules leurs jours dans le désarroi le plus total tandis que notre jeunesse se désespère et étouffe.

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Niki Striees

J’ai fait la connaissance de Niki Striees lors de la cérémonie des funérailles de Michel Vray. Niki partageait une belle amitié avec Michel aussi avons-nous apprécié de nous rencontrer pour échanger quelques souvenirs de notre ami commun. Notre rencontre a donc débuté comme une conversation ordinaire pour se poursuivre sous forme d’entretien car les dessins de Niki me plaisent et j’ai voulu en savoir plus sur elle et sur son travail. Je choisis donc aujourd’hui de publier la totalité de nos propos. Niki Striees est une artiste dessinatrice (et aussi graphiste) qui vit et travaille à Paris.

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LE VENT SOUFFLE, IL FAUT TENTER DE VIVRE

Le vent souffle mais il faut tenter de vivre … A qui peuvent servir ces mots ? Tu le sais toi ? Dans tes gros yeux noirs de lapin je ne distingue aucune intention. Tu ne bouges pas d’un œil. J’ai parfois envie de mettre en mots ce que je ressens mais c’est à ce point délicat que je repousse le moment encore et encore. Il est devenu aussi difficile de communiquer avec soi-même qu’avec des amis. La parole de tous est bâillonnée.

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LE CAHIER DE LA PIERRE QUI VIRE

Michel VRAY a mis entre mes mains une pile de vieux carnets usés et jaunis par les années. Il m’a dit que je pourrais en faire ce que je voudrais. Il m’a dit aussi qu’il était rassuré de savoir que ses carnets ne seraient pas perdus. Alors ils sont là avec moi, dans une grosse boîte, que je n’avais pas ouverte depuis deux ans environ. Aujourd’hui j’ai relu ce carnet que Michel a écrit à l’occasion d’un de ses séjours au monastère de la Pierre Qui Vire en Bourgogne. J’aime beaucoup ce carnet, je me décide à le partager dans ce blog, sa lecture m’apaise, j’espère que vous l’apprécierez aussi. C’est un temps de recueillement, peut-être un temps de prière bien que Michel ne m’ai jamais évoqué un quelconque penchant pour la religion, quoiqu’il en soit il me parlait de ses retraites au monastère comme parmi les moments les plus beaux de son existence.

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LE MONDE DES PLUMES (EXTRAIT)

Un extrait de ce texte incroyable « Le monde des plumes » écrit par Michel VRAY. Une toute petite vidéo que j’avais faite dans sa chambre à Nogent, fenêtre ouverte un soir de janvier 2020. Michel lit son texte sur un écran. Ce petit bout de vidéo est très important pour moi, d’autant que Michel n’est plus là pour me parler. Sa voix me manque, son sourire me manque, sa finesse d’esprit me manque. Je me demande ce qu’il aurait pensé de tout ce que nous vivons maintenant. Il aurait probablement dit « Quel bordel ! »

COMME NOUS

Nous sommes retournés près de l’arbre aux pieds duquel nous avions enterré notre jeune lapine. Trois années sont passées, l’environnement a évolué, les buissons d’épineux se sont élevés vers le ciel, ils forment maintenant un mur infranchissable pour les humains, le sol aussi s’est couvert d’arbustes et de hautes herbes, nous avions tant peiné à creuser un modeste trou pour y insérer notre boîte à chaussures. Nous sommes les seuls à savoir. D’autres promeneurs nous ont croisé et se sont probablement demandé ce que faisions accroupis devant cet arbre solitaire. L’émotion est restée la même, c’est mystérieux une émotion.

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COMPLOTISTE

Bon, voilà un peu plus de deux mois que nous marchons gentiment dans les rues. Souvent les mêmes rues, entre Montparnasse et le Sacré-Cœur, entre Duroc et le Conseil d’Etat, entre Port-Royal et Colonel Fabien, entre la BNF et la Place Clichy … Les centres aérés du samedi nous donnent bonne mine, on se fait des amis, on chante des chansons, on visite les quartiers, on respire le bon air parisien au parfum des gaz de la répression, on repère les petits restaurants dans lesquels on retournera quand on ne sera plus en guerre. Je salive d’avance en criant mes slogans devant les menus étalés aux terrasses.

Incroyable été 2021. Lumineux au-delà de toute espérance. Incroyable flux de vie qui s’est mis à couler dans mon sang. Incroyable rebondissement dans les destinées individuelles. Je suis devenu complotiste moi qui n’était que sage dépourvu de toute sagesse. Méditant endormi sur mon zafu bien à l’abri de mes philosophies et surtout à force d’espérer le mythique silence intérieur je me suis rendu compte que je devenais sourd.

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LE DERNIER REMPART

Le dernier rempart. Samedi 11/09. J’y serai et j’y pensais aujourd’hui dans mon bureau, au milieu de cette vie normale, masquée, vaccinée, puisqu’elle est ainsi normale aujourd’hui. Peu de conversation à ce propos. Tu as eu les deux doses ? Oui, oui s’empresse-t-on de répondre pour couper court à toute suspicion. Ensuite on enchaîne sur autre chose. Moi j’écoute, parfois je bouillonne et puis je refroidis. À moi on ne demande plus rien. Je me souviens qu’il y a deux mondes. Je suis obligé de faire l’effort de me le rappeler. Et je ne sais vraiment pas pourquoi je ne choisi pas le côté du monde où tout est tranquille. Prendre son déjeuner aux terrasses des restaurants, prendre son café au comptoir du matin.

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PROPAGANDE, MÉDIAS ET DÉMOCRATIE (Noam CHOMSKY, Robert W. Mc CHESNEY)

Mais comment tout cela a-t-il commencé ? Je veux écrire bien évidemment sur ce qui se passe en ce moment dans nos vies, le consentement général et plutôt apaisé de la grande majorité de nos contemporains à l’avancée de cette tyrannie faussement sanitaire. Voilà, c’est écrit. Nous sommes peu nombreux à serrer les rangs dans nos petites balades du samedi dans les rues des villes, pancartes à la main, sous les regards amusés, interloqués, courroucés, parfois complices, des promeneurs consommateurs. Je suis en colère, je suis en révolte, je ne me ressemble plus.

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CIORAN – ON NE PEUT VIVRE QU’À PARIS

« Dites que l’univers n’a aucun sens, vous ne fâcherez personne – mais affirmez la même chose d’un individu, il ne manquera pas de protester, et ira jusqu’à prendre des mesures contre vous.

Nous sommes tous ainsi : dès qu’il s’agit d’un principe général, nous nous mettons hors de cause et n’avons aucune gêne à nous ériger en exception. Si l’univers n’a pas de sens, y a-t-il quelqu’un qui échappe à la malédiction de cette sentence ? Tout le secret de la vie se réduit à ceci : elle n’a aucun sens, chacun de nous, pourtant, lui en trouve. »

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L’EXTASE MATÉRIELLE #2 (J.M.G. LE CLÉZIO)

Conscience

L’action la plus terrible de l’esprit est peut-être cette fermeture : lorsque, abandonnant toute visée précise, le regard intérieur est tout entier tendu dans cet exploit unique, qui est d’être conscient de sa conscience. S’il est un acte parfait, stérilement et douloureusement parfait, c’est bien celui-là. L’esprit n’est plus qu’esprit, volonté forcenée d’être ce qu’il est ; tout ce qui flotte, tout ce qui est contingent, tout ce qui est richesse, parce qu’échange, parce que spectacle, parce que spectacle où on ne voit pas tout, où l’on ne peut pas tout connaître, tout cela a disparu. Du mouvement de la connaissance, il ne reste plus que l’acte, l’acte seul, fou à force d’être lucide, l’acte qui n’est plus qu’un moteur dont l’énergie n’est plus freinée. La communication est la vérité vivante de tout ce que nous sommes. Le monde, la réalité, les pensées, les mots sont des transferts. Que cesse l’échange, que s’arrête le commerce avec l’«externe», et voici l’abomination et l’impuissance.

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LA RÉVOLUTION D’UN SEUL BRIN DE PAILLE (MASANOBU FUKUOKA)

Ce soir j’ai exhumé un petit chef d’œuvre des rayons de ma bibliothèque. Le livre m’a attiré l’œil. Je l’ai reconnu. Et c’est avec un plaisir immense que j’ai retrouvé cet ami un peu oublié depuis une vingtaine d’années (déjà). Je l’avais acheté au début des années 90 dans ce merveilleux restaurant/librairie qui s’appelait Le bol en bois rue Pascal à Paris, aux pieds de la rue Mouffetard. Ceux qui comme moi ont connu Le bol en bois ne l’oublieront jamais. Ce lieu était pour beaucoup plus qu’un simple restaurant, une île au milieu du monde.   Il y avait aussi sur le trottoir d’en face l’épicerie du bol en boisNous y venions pour acheter des céréales et des légumes biologiques, nous y venions pour dîner de soupe miso, d’algues et de céréales complètes, le tout arrosé de thé vert sencha ou kukicha, l’ambiance y était douce, feutrée, presque solennelle lorsque les serveurs nous apportaient les bols que nous avions commandés. Mais c’est une époque révolue.

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ÉLOGE DE L’INSÉCURITÉ (ALAN W. WATTS)

Il doit être évident, dès le départ, qu’il y a une contradiction à vouloir se trouver en parfaite sécurité dans un univers dont la vraie nature est le caractère passager des choses et la fluidité. Mais la contradiction est un peu plus profonde que le simple conflit entre le désir de sécurité et le fait du changement. Si je veux être en sécurité, c’est-à-dire protégé du flux de la vie, je veux être séparé de la vie. Néanmoins, c’est ce véritable sentiment de séparation qui m’empêche de me sentir en sécurité. Être en sécurité signifie isoler et fortifier le « je », mais c’est justement la sensation d’être un « je » isolé qui me fait me sentir seul et m’effraye. En d’autres termes, plus je serai en sécurité, plus j’en aurai besoin. (Extrait)

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GRETA THUNBERG

Les jours passent, et soudain ça fait deux semaines que Greta occupe sa place à cet endroit.

Chaque matin, elle s’en va à vélo vers le Parlement et l’attache à la rambarde devant Rosenbad.

Chaque matin, nous avons rendez-vous avec elle.

Nous qui sommes emplis d’autre chose.

Nous qui écoutons la radio dans nos voitures. Nous qui consultons nos portables dans les souterrains.

Nous qui rêvassons dans le bus pour oublier la réalité.

Nous qui parlons de notre dernier repas et du football que nous avons regardé.

Nous qui faisons le ménage dans nos maisons et nos appartements.

Nous qui nettoyons nos fenêtres, arrangeons nos coussins et rangeons nos étagères.

Nous qui supposons que tout est encore parfait.  Lire la suite

Yonaiyama Akihiro (French / Japanese version)

J’ai une tendresse particulière pour cette interview réalisée en 2007. J’avais eu la chance d’être présenté à Monsieur Yonaiyama à la fin d’un de ses spectacles joué dans un grand théâtre près de Tokyo. Je me souviens encore très nettement de ce que j’ai pensé à ce moment précis : Je suis allé trop loin. La majesté du lieu, la perfection du show auquel j’avais assisté au milieu d’un public venu en nombre, et tous ces gens qui attendaient dans le grand hall d’entrée de pouvoir féliciter le metteur en scène. Je n’étais pas fier, loin de là, j’aurais bien pris mes jambes à mon cou, mais déjà l’assistante du metteur en scène me présentait au maître. Je ne sais plus ce que j’ai bredouillé lorsqu’il m’a demandé en quoi consistait mon projet. Mais le plus simplement du monde, un rendez-vous fut fixé pour une rencontre en privé. J’étais aux anges. 

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LA BRÈCHE (VLADIMIR MAKANINE)

Le chat hésite sur le seuil. Juste devant. Va-t-il entrer ou sortir ? Pas moyen de fermer. « Eh bien ? … Tu te décides ? » klioutcharev le presse par l’intonation de la voix, puis il claque la porte de l’appartement et descend rapidement, dépassant le chat qui bondit souplement de marche en marche. Il sort dans la rue.

La fin de son ami Pavlov lui revient à l’esprit. comment est-il mort ? Pour quelle raison ? … Il n’en sait rien. Deux cents personnes ont péri dans la foule, rien que sur le boulevard. La foule ne compte pas ses morts. (Mais Pavlov n’y était pas.)

Klioutcharev évite de penser au vide ambiant et aux habitants qui se terrent dans leurs appartements aux stores soigneusement baissés. Bien sûr, c’est un peu étrange de ne voir personne. Mais qui dit absence de gens dit absence de danger. L’air est tiède. Le soir tombe. Mais il ne fait pas encore nuit. La douceur du soi est chargée de menaces, comme si des coups de sifflets étaient sur le point de retentir, comme si la foule, où règne la loi du plus fort, allait soudain déferler avec son cortège de meurtres et de pillages. Cette sensation pénible est presque insurmontable. Cependant, la rue est déserte. Aucun bruit. Telle est la vie, dorénavant … Ces pensées craintives, ces subtiles pensées d’intellectuel défilent dans son esprit pendant qu’il marche.

En regardant la ville d’en haut à cette heure, on pourrait constater qu’elle est vide, pas une âme, pas une voiture ne circule (les véhicules garés au bord des trottoirs ne font que souligner l’immobilité générale). Les trottoirs sont dépeuplés. Quelqu’un, seul, marche au milieu d’une rue ; il porte un pull et un bonnet dont le pompon oscille à chaque pas. C’est notre ami Klioutcharev (légèrement vieilli ; ses tempes grisonnent déjà fortement. Mais il se défend encore. Un homme dans la force de l’âge).

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Mone Uchida (French / Japanese version)

Au cours de l’été 2014, en compagnie de Madame Miki Iida et de Jean-Michel Jarillot, nous avons eu l’occasion de rencontrer l’artiste peintre et calligraphe, Madame Mone Uchida près de Tokyo. je suis reconnaissant à Madame Uchida de m’avoir permis d’aborder librement avec elle, les thèmes qui m’intéressaient à l’époque. Et il me semble rétrospectivement,  que cet entretien est précieux parce que son témoignage est sincère et son expérience est rare.

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ÉCRIRE (MARGUERITE DURAS)

« C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ça ne parle pas beaucoup par ce que c’est impossible de parler à quelqu’un d’un livre qu’on a écrit et surtout d’un livre qu’on est en train d’écrire. C’est impossible. C’est à l’opposé du cinéma, à l’opposé du théâtre, et autres spectacles. C’est à l’opposé de toutes les lectures. C’est le plus difficile de tout. C’est le pire. Parce qu’un livre c’est l’inconnu, c’est la nuit, c’est clos, c’est ça. C’est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu’on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication; sa séparation d’avec lui, le livre rêvé, comme l’enfant dernier-né, toujours le plus aimé. Un livre ouvert c’est aussi la nuit. Je ne sais pas pourquoi, ces mots que je viens de dire me font pleurer. »

(Extrait Marguerite Duras « Ecrire » 1993 Edition Gallimard)
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Ren Yashio (french / japanese version)

Au printemps 2015, j’étais arrivé à un « tournant » dans mon travail d’interviews. Jusqu’alors, j’avais choisi de ne rencontrer que des artistes, de toutes disciplines, peu m’importait du moment que j’appréciais leur travail et que nous parlions des chemins du rêve. Puis, mon exigence a pris une autre forme, je me dirigeais à petit pas (mais sans vraiment en avoir conscience) vers des rencontres directement liées à des pratiques spirituelles. Peut-on dire que la poésie trouve sa place entre l’art et la prière ? C’est peut-être un peu vite résumé, mais quoiqu’il en soit,  j’ai eu la chance, au bon moment,  de rencontrer la poétesse japonaise REN YASHIO lors d’un de ses voyages à Paris, nous étions dans le quartier de Belleville, territoire idéal pour parler poésie. 

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L’EXTASE MATÉRIELLE (J.M.G LE CLÉZIO)

Puisque les journées se font plus courtes, que l’été nous abandonne encore une fois et que ce blog n’est pas particulièrement dédié aux blagues Carambar comme vous l’aurez remarqué si vous avez vos habitudes à cette adresse et pour saluer l’arrivée imminente de l’automne, j’ai envie de vous parler de la mort. On n’en aura jamais fait le tour, on ne pourra jamais s’en lasser. Et aussi parce que je veux croire que si on s’y mettait tous ensemble, nous pourrions enfin trouver une réponse à cette question qui nous gâche l’existence. J’ai toujours eu ce sentiment que chacun d’entre nous possède un fragment de réponse. Mais comment faire ? Réunir, encore et encore. Il faudra que je dise à ma fille qu’à chaque nouvelle rencontre qu’elle fera, quand la confiance s’installera et que les paroles seront vraies, elle aura cette chance inouïe d’obtenir un autre fragment de la réponse. Et que c’est pour cette simple raison qu’il nous faut, le temps si court de notre présence au monde, provoquer des rencontres. Pour nous donner à nous-mêmes une chance de compléter notre puzzle et pour offrir aux autres, notre petite pièce qui manque à leur puzzle.

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LAME DE FOND

Tu l’entends mais tu ne l’écoutes pas. Le son du bol. Bois contre métal. Est-ce que la vibration s’arrête au contour de mon corps ou est-ce qu’elle me traverse ? Je ne devrais pas y penser maintenant. Trop tard. Et si elle me traverse, s’en trouve-t-elle modifiée lorsqu’elle parvient jusqu’à mon voisin silencieux ? Si elle s’en trouve changée, alors est-ce un peu de moi qui traverse le corps de mon voisin silencieux ? Zazen.

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DIALOGUE AVEC LA GRAVITÉ (USHIO AMAGATSU)

« Le corps est le support, l’assise même de la danse, avant même que celle-ci n’ait lieu, à proprement parler. Son émergence commence par son passage dans le ventre maternel. Telle une réminiscence de l’apparition de la vie dans les eaux de l’océan, il y a trois milliards d’années, la matrice est remplie de ces eaux primitives. La vie naît de la mer, aux temps archaïques comme au temps fœtal.

Un mois après la conception, en une semaine à peine, le corps évolue du poisson au batracien, puis du reptile au mammifère. En l’espace d’une semaine à peine, il aura rejoué la scène pathétique, qui dura en fait plusieurs dizaines de millions d’années durant la seconde moitié de l’ère paléozoïque, du débarquement des vertébrés sur les rives, battues par les vagues de l’océan, du continent. Dans sa formation, l’individu répète l’évolution de toute l’espèce ; il est la mémoire de la vie primitive et son devenir au cours de l’histoire de la Terre elle-même.

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LE VIDE ET LE PLEIN #2 (NICOLAS BOUVIER)

Quand la terre du Japon me manque à nouveau. Je remets mon nez dans les pages écrites par Nicolas BOUVIER au Japon en 1965. Et tout de suite, j’entends cette mélodie qui ne se joue que là-bas. Je me lasse pas de faire découvrir ses notes de voyage, ses notes de frissons, ses notes d’exaspération. Et puis, comme il est enivrant de constater, à condition d’avoir déjà mis les pieds au Japon, que ses observations d’un Japon des années 60 conservent leur justesse anthropologique et leur finesse poétique aujourd’hui encore.

Il est temps de (re) découvrir Nicolas BOUVIER et ses carnets du Japon (1964-1970).

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Kenichi Natsuya (french / japanese version)

Artiste et gentleman, Kenichi Natsuya imagine et fabrique des chapeaux sous le nom de Genjiro, ce nom lui a été donné par son Maître chapelier Madame Sou Kaoru qui lui a transmis son art et lui a enseigné, non seulement la technique mais aussi l’esprit des chapeaux. Si parfois ses activités de décorateur le poussent jusqu’à Tokyo, c’est bien dans sa paisible banlieue de Koshigaya que le soir, Kenichi aime à promener sa poésie… Et ses chapeaux. C’est une interview qui m’est précieuse. D’une part car elle s’est déroulée à l’occasion d’une nuit qui pour moi était irréelle, mais ça je l’ai déjà évoqué dans ce blog. A ce point irréelle qu’en revenant à paris, je me suis aperçu avec rage, que mon magnétophone n’avait enregistré que la moitié de l’interview. J’avais en effet oublié de pousser le bouton « enregistrement » tellement je planais. Bref, il a fallu renvoyer les questions par écrit à Kenichi, qui a gentiment accepté d’y répondre, lui aussi par écrit. Enfin, au terme de cette interview, Kenichi et moi sommes devenus amis et cette amitié dure toujours. A chacun de mes séjours à Tokyo, c’est avec un immense plaisir que nous aimons nous retrouver dans un de ces petits bars dont il a le secret. 

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