Ren Yashio (french / japanese version)

Au printemps 2015, j’étais arrivé à un « tournant » dans mon travail d’interviews. Jusqu’alors, j’avais choisi de ne rencontrer que des artistes, de toutes disciplines, peu m’importait du moment que j’appréciais leur travail et que nous parlions des chemins du rêve. Puis, mon exigence a pris une autre forme, je me dirigeais à petit pas (mais sans vraiment en avoir conscience) vers des rencontres directement liées à des pratiques spirituelles. Peut-on dire que la poésie trouve sa place entre l’art et la prière ? C’est peut-être un peu vite résumé, mais quoiqu’il en soit,  j’ai eu la chance, au bon moment,  de rencontrer la poétesse japonaise REN YASHIO lors d’un de ses voyages à Paris, nous étions dans le quartier de Belleville, territoire idéal pour parler poésie. 

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L’EXTASE MATÉRIELLE (J.M.G LE CLÉZIO)

Puisque les journées se font plus courtes, que l’été nous abandonne encore une fois et que ce blog n’est pas particulièrement dédié aux blagues Carambar comme vous l’aurez remarqué si vous avez vos habitudes à cette adresse et pour saluer l’arrivée imminente de l’automne, j’ai envie de vous parler de la mort. On n’en aura jamais fait le tour, on ne pourra jamais s’en lasser. Et aussi parce que je veux croire que si on s’y mettait tous ensemble, nous pourrions enfin trouver une réponse à cette question qui nous gâche l’existence. J’ai toujours eu ce sentiment que chacun d’entre nous possède un fragment de réponse. Mais comment faire ? Réunir, encore et encore. Il faudra que je dise à ma fille qu’à chaque nouvelle rencontre qu’elle fera, quand la confiance s’installera et que les paroles seront vraies, elle aura cette chance inouïe d’obtenir un autre fragment de la réponse. Et que c’est pour cette simple raison qu’il nous faut, le temps si court de notre présence au monde, provoquer des rencontres. Pour nous donner à nous-mêmes une chance de compléter notre puzzle et pour offrir aux autres, notre petite pièce qui manque à leur puzzle.

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LAME DE FOND

Tu l’entends mais tu ne l’écoutes pas. Le son du bol. Bois contre métal. Est-ce que la vibration s’arrête au contour de mon corps ou est-ce qu’elle me traverse ? Je ne devrais pas y penser maintenant. Trop tard. Et si elle me traverse, s’en trouve-t-elle modifiée lorsqu’elle parvient jusqu’à mon voisin silencieux ? Si elle s’en trouve changée, alors est-ce un peu de moi qui traverse le corps de mon voisin silencieux ? Zazen.

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AU-DELÀ DES MUES

J’ai un gros penchant pour les murs. Là-bas, à Tokyo, ici à Paris, mes possibilités de rencontres photographiques, je veux dire ma timidité d’approche du sujet humain, me repousse le plus souvent contre les murs. J’aimerais mieux photographier des visages, mais sans une vraie complicité, l’idée me semble toujours pitoyable. Alors je photographie les traces, les messages, les tentatives, dessinées, collées et arrachées ou effacées contre les murs, qui me sont finalement plus intimes. C’est le plein été à Paris. Il y a pas mal de temps que je n’avais trimballé Wallace avec moi (Wallace c’est mon appareil photo, en hommage à l’écrivain David Foster Wallace, j’en parlerai un jour prochain). J’écrivais dans un précédent post que cette année je ne marcherai pas dans les rues du Japon, alors me voilà dans les rues de Paris à traquer mes propres traces, tout d’abord celles de mes sentiers oubliés et puis celles qui s’impriment dans mes méandres intérieurs. Allez savoir comment tout cela se mélange. Ça ne me sert à rien de le savoir, pour moi l’important c’est qu’au fur et à mesure que je marche dans le monde extérieur, un chemin se dessine dans mon monde intérieur.

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DIALOGUE AVEC LA GRAVITÉ (USHIO AMAGATSU)

« Le corps est le support, l’assise même de la danse, avant même que celle-ci n’ait lieu, à proprement parler. Son émergence commence par son passage dans le ventre maternel. Telle une réminiscence de l’apparition de la vie dans les eaux de l’océan, il y a trois milliards d’années, la matrice est remplie de ces eaux primitives. La vie naît de la mer, aux temps archaïques comme au temps fœtal.

Un mois après la conception, en une semaine à peine, le corps évolue du poisson au batracien, puis du reptile au mammifère. En l’espace d’une semaine à peine, il aura rejoué la scène pathétique, qui dura en fait plusieurs dizaines de millions d’années durant la seconde moitié de l’ère paléozoïque, du débarquement des vertébrés sur les rives, battues par les vagues de l’océan, du continent. Dans sa formation, l’individu répète l’évolution de toute l’espèce ; il est la mémoire de la vie primitive et son devenir au cours de l’histoire de la Terre elle-même.

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LA PETITE CEINTURE DE MÉNILMONTANT

D’où me vient ce goût pour ce bout de voie ferrée quelque peu déprimant ? Bien sûr il y a les herbes qui poussent librement, mais il y a aussi ces rails qui se jettent dans l’obscurité d’un tunnel. L’été, surtout lorsqu’il est chaud, invariablement m’attire à Belleville et à Ménilmontant. L’été qui chauffe les semelles, l’été qui éblouit. Et me revoilà à l’assaut des rues qui s’étirent en direction des nuages et qui épuisent à la fois mon corps et mon désir  d’images. Images… Cette année encore, nous n’irons pas au Japon. Je n’aurais donc pas à brûler vif au milieu des avenues incandescentes. Je n’aurais pas l’obligation de marcher jour et nuit pour comprendre pourquoi je marche jour et nuit. Je n’aurais pas de crème glacée au thé vert. Images … Je connais un homme qui reste étendu sur son lit. Ce n’est même pas son lit. C’est l’été, c’est le bout de l’espoir l’été, comme ces rails avalés par la nuit.  Lire la suite

RUE DES ÉCOLES

Rue des écoles, Le Sorbon, est ouvert. Quelques tables en terrasse et deux rangs à l’intérieur du café. Les acheteurs des librairies du coin s’y retrouvent en attendant l’heure de l’ouverture des cavernes aux trésors. Certains portent des masques, d’autres pas. Comme moi. De l’autre côté de la rue, l’affiche du cinéma Le Champo, Le mystère Von Bulow de Barbet Schroeder. Nuages et soleil. Je monte, je valide. Le 63 passe devant mon nez. Comme j’aime la vie de ce quartier. Une femme sur ma gauche lit un texte que j’imagine être un travail d’étudiant. Un peu plus loin, des gens s’alignent devant les portes de Joseph Gibert. Pour être les premiers. Il y a comme tous les jours les acheteurs professionnels qui ont leurs listes de commandes dans la poche et qui vont se jeter dans les rayons, sur les bonnes affaires. Pour les revendre aussitôt sur le web. Ici je me sens en province, comme dans une ville où les rues descendent vers la mer. Je n’ai pas pris mon carnet pour écrire alors j’utilise le relevé d’identité bancaire que je conserve toujours soigneusement plié dans mon portefeuille. J’écris très serré. C’est exaltant de penser que de toute façon, on n’aura pas assez de place, que la limite du bout du papier se rapproche. Cela force à choisir. Ne rien écrire si les mots ne sont pas extraordinaires, ou bien au contraire, libérer la main qui fera ce qu’elle veut sur la feuille. Et puis regarder ensuite. Je n’ai pas mon carnet mais j’ai mon appareil photo ce matin. Pourtant. Depuis bien longtemps je ne ressens plus d’inspiration pour les photos de Paris, de même à Tokyo, la frénésie du cadrage m’a abandonné. Je crois que je ne sais plus quel est mon sujet.

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LE VIDE ET LE PLEIN #2 (NICOLAS BOUVIER)

Quand la terre du Japon me manque à nouveau. Je remets mon nez dans les pages écrites par Nicolas BOUVIER au Japon en 1965. Et tout de suite, j’entends cette mélodie qui ne se joue que là-bas. Je me lasse pas de faire découvrir ses notes de voyage, ses notes de frissons, ses notes d’exaspération. Et puis, comme il est enivrant de constater, à condition d’avoir déjà mis les pieds au Japon, que ses observations d’un Japon des années 60 conservent leur justesse anthropologique et leur finesse poétique aujourd’hui encore.

Il est temps de (re) découvrir Nicolas BOUVIER et ses carnets du Japon (1964-1970).

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MAURA O HALLORAN / RAYMOND CARVER #3

Dans la station de métro d’un quartier minable de Tokyo, je regardais les néons éteints, l’ambiance sordide qui durerait jusqu’au soir. C’est un monde attirant, terrien, brut, vivant, vrai et pourtant complètement faux, sans la moindre prétention de réalité. Des corps, une musique aux rythmes forts et vibrants. J’ai repensé à l’alternative qui s’offrait à moi dès mon arrivée au Japon en novembre dernier : le boulot habituel du professeur d’anglais ne me disait rien. J’étais attirée, soit par le renoncement monastique, soit par la vie des sens. Une âme qui cherche à se livrer ? C’est un hasard ou la providence que le choix monastique soit arrivé en premier. Chacun de ces deux chemins était un quête de libération – des inhibitions, des valeurs appartenant aux autres, de leur éthique puritaine suffocante née de l’illusion d’une promesse à venir. Ou alors la libération spirituelle, mais de quoi ? Cette voie-là était plus nébuleuse.  Ceux qui souffrent cherchent à se libérer de leur souffrance, mais je souffre rarement. Ma vie a été merveilleuse, une vie bénie. Qui m’aurait contrainte ? J’ai fait ce que j’ai voulu quand je l’ai voulu. Je suis reconnaissante d’avoir été prise par cette voie zen, car jamais je ne dirais que je l’ai choisie, moi, consciemment, poussée par la ferveur. Je sens maintenant qu’il n’y a plus de retour en arrière possible.

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MAURA O HALLORAN / RAYMOND CARVER #1

Une rencontre inattendue. Aujourd’hui, Maura O’Halloran rencontre Raymond Carver. Je les aime bien ensemble, d’ailleurs ils se côtoient chaque soir à mon chevet. Ce blog est un carrefour où l’on peut faire des rencontres. Je continuerai à les faire coïncider sur ma page. Je les trouve beaux. A chacun sa façon pour exprimer le mu.

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Kenichi Natsuya (french / japanese version)

Artiste et gentleman, Kenichi Natsuya imagine et fabrique des chapeaux sous le nom de Genjiro, ce nom lui a été donné par son Maître chapelier Madame Sou Kaoru qui lui a transmis son art et lui a enseigné, non seulement la technique mais aussi l’esprit des chapeaux. Si parfois ses activités de décorateur le poussent jusqu’à Tokyo, c’est bien dans sa paisible banlieue de Koshigaya que le soir, Kenichi aime à promener sa poésie… Et ses chapeaux. C’est une interview qui m’est précieuse. D’une part car elle s’est déroulée à l’occasion d’une nuit qui pour moi était irréelle, mais ça je l’ai déjà évoqué dans ce blog. A ce point irréelle qu’en revenant à paris, je me suis aperçu avec rage, que mon magnétophone n’avait enregistré que la moitié de l’interview. J’avais en effet oublié de pousser le bouton « enregistrement » tellement je planais. Bref, il a fallu renvoyer les questions par écrit à Kenichi, qui a gentiment accepté d’y répondre, lui aussi par écrit. Enfin, au terme de cette interview, Kenichi et moi sommes devenus amis et cette amitié dure toujours. A chacun de mes séjours à Tokyo, c’est avec un immense plaisir que nous aimons nous retrouver dans un de ces petits bars dont il a le secret. 

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LE LIVRE DES FUITES (J.M.G LE CLÉZIO)

Le secret serait peut-être d’aligner des bananes et des fraises Tagada sur mon smartphone, mais je n’aime pas jouer. Ces pauvres gens qui emplissent les trains, debout, assis, avec leurs écrans multi-vitaminés de jeux sans saveur n’auront peut-être pas Alzheimer. Mais quand bien même ils seraient rattrapés par la maladie, ils n’auraient pas matière à ne pas se souvenir.

Après ma journée de télé-travail, je me sens asséché de silence, de lecture, d’écriture, mais jamais je ne réponds aux injonctions ou aux doux yeux, elle varie ses angles d’attaque, de ma fille qui me supplient en ouvrant le tiroir qui déborde de jeux de société. Sans doute qu’à son âge, moi aussi j’étais amoureux des boîtes de jeux prometteuses d’évasion, et je l’étais. Puisque j’y pense à l’instant, je n’ai pas le moindre souvenir d’enfant, d’avoir fait une partie de Monopoly ou de petits chevaux avec mes parents. Non pas que cela ne se soit jamais produit, mais le plus souvent je jouais seul avec ces jeux de société, sans doute m’inventant des partenaires.

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EN DEHORS, EN DEDANS

En dehors, en dedans. En dehors et en dedans. C’est sur le « et » qu’il faut tenir. Mais on ne le peut pas. Le « et » n’est pas stable, aucun endroit où poser le pied, pas de point d’appui, pas de contact amical, aucun confort, ni eau, ni gaz, ni électricité. Zazen.

Ce matin, pendant quelques secondes, la question s’est imposée. Pendant le zazen, l’attention est-elle tournée vers les sensations/distractions intérieures ou vers les sensations/distractions extérieures ? Une obsession. Zazen. Quelque part, un ventre gargouille. Immanquablement les autres ventres répondent à l’appel. J’écoute mon ventre, je plonge dans la tuyauterie, lui ordonne de ne pas rejoindre la meute, et je remonte pour écouter le chant d’un oiseau.

Un oiseau chante. Sournoisement. Je reviens sur le « et » mais je ne peux y rester qu’un temps ridiculement court … Non, je me trompe encore. Ce n’est pas un temps. Le « et » est un contretemps. Un vide. Un temps fantôme. Un piège. Une chute mortelle. Un trou pour tomber. Une tombe.

Mais je ne veux pas tomber. En dehors, en dedans. Le principal intérêt du zazen est de rendre fou. Fous ceux qui sont trop raisonnables, pas plus fous ceux qui le sont déjà. Fou, ça veut dire intenable pour soi-même. On n’y tient plus. Ni en dehors, ni en dedans. Alors généreusement, la question muette se pose enfin. Où aller ?

L’oiseau est parti. Il en a eu marre de chanter dans le coin. Peut-être attendait-il une réponse. Moi je remarque son absence. L’absence de son chant. Et l’absence de chant, chante encore.

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(Photo de répétition du spectacle de Sachiko Ishikawa et Thierry Castel « Nuage, nuage » à l’Espace Tenri à Paris)

Ryôsan (moine zen du Ryutaku-ji)

Au mois d’août 2019, à l’initiative de Madame Nicole Savigny-Kespi, j’ai eu la chance de rencontrer le moine zen Ryôsan (Seiryo Mizuguchi) du temple Ryutaku-Ji, invité en France par le Centre Assise pour y diriger une sesshin. Cette rencontre amicale s’est déroulée en présence de Madame Nicole Savigny-Kespi, Monsieur Robert Fenié, Monsieur Thierry Vallier et avec la précieuse collaboration de Madame Yuko Murakami qui a accepté d’être notre interprète.

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IL VA PLEUVOIR

« En éprouvant, en vivant les rapports de couleurs, de formes, l’espace, les structures, les rythmes qui sont propres à un artiste, on est introduit à une nouvelle manière de réagir, d’éprouver et de comprendre le monde ; ainsi naissent entre les hommes et le monde de nouveaux rapports, une nouvelle réalité. Cette peinture qui a l’air coupée du monde est cernée par le monde et lui doit son sens. » Pierre Soulages
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JUS D’ORANGE DU MATIN

Un point positif, à être coincé au milieu de la masse dans ces wagons de RER bondés, prêts à exploser, la plupart des gens n’arrivent plus à dégainer leur smartphone pour surfer sur les sites marchands ou regarder des séries lobotomisantes, pas la place, on ne peut plus bouger l’index… Le convoi nous emmène en paquet. Un gros paquet à livrer dans Paris, nous sommes chargés de haine, de colère, de fatigue, et ça explose sans logique, à tous moments, pourquoi tu m’as poussé ? 

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UN HOMME ORDINAIRE (YVES SIMON)

« Ordinaire est un adjectif qui me plaît parce qu’il est celui qui te décrit le mieux. Si j’en éprouvai certains désagréments du temps de ton vivant, j’en tire aujourd’hui de la fierté. Je suis fier en effet d’avoir côtoyé un être tel que toi, d’être celui qui fut engendré par cette chair noble de paysan, puis par celle non moins distinguée de cheminot. C’est toi, l’homme des chemins de fer, n’ayant jamais traversé que trois départements dans toute une vie, qui me donnas le goût des voyages. Sur les réseaux ferrés de France en premier lieu, puis sur ceux plus vastes des lignes aériennes. Nos existences se sont bâties sur des contraires. L’alchimie mystérieuse qui me relie génétiquement à toi m’a offert, non moins étrangement, la passion des mots, celle pour la musique, alors que tu ne lisais pas et n’aimais que la valse musette. Je suis ton arborescence inattendue, ton fruit artiste, la trace que tu ne pouvais imaginer laisser, anéanti que tu étais par trop de lassitude, de ces contraintes qui engluent d’une gangue indélébile les êtres qui n’ont ni le désir ni la volonté de s’en déprendre. »  (Extrait) Lire la suite

HEUREUSEMENT, LA VIE N’EST PAS EN GRÈVE

« Je me moque de la peinture. Je me moque de la musique. Je me moque de la poésie. Je me moque de tout ce qui appartient à un genre et lentement s’étiole dans cette appartenance. Il m’aura fallu plus de soixante ans pour savoir ce que je cherchais en écrivant, en lisant, en tombant amoureux, en m’arrêtant net devant un liseron, un silex ou un soleil couchant. Je cherche le surgissement d’une présence, l’excès du réel qui ruine toutes les définitions. Je cherche cette présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant. » 

(Pierre, de Christian Bobin – Éditions Gallimard) 

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Reiko Nonaka (french / japanese version)

DOUBLE VIE (REIKO NONAKA)

« La gémellité, c’est ce qui m’a le plus influencée dans ma vie.

Dans l’enfance, nous partageons complètement nos vies, tout est en double. À partir d’un certain âge, nos chemins se séparent et nous vivons chacun de notre côté, mais le fil qui nous relie ne se rompt jamais. La gémellité, c’est comme une image symétrique pliée en deux. Il y a deux figures presque pareilles avec juste de petites différences. Le pli au centre est un point de contact, une partie partagée qui relie toujours les deux. Certes, nous sommes physiquement deux personnes, nous avons chacun une vie, mais le fait d’avoir partagé le ventre d’une mère avant la naissance crée entre nous des liens très forts à un point difficilement imaginable. La gémellité, c’est un doublement de vie. Depuis le départ, nous formons un ensemble et nous vivons une « double vie », parfois partagée et parfois séparée, pour toujours. »

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Mami Suzu et Izaki Tetsuya (french and japanese version)

Avril 2007. Quartier de Nishi Shinagawa à Tokyo. Les grandes tours de Shinagawa se profilent au loin. Le centre de la TOTTO FOUNDATION et du JAPANESE THEATRE OF THE DEAF se niche au cœur d’un labyrinthe de petites rues paisibles avec des jardins. Pour cette rencontre, Mme KOIKE Noriko est mon interprète ; Elle pratique la langue des signes japonaise et parle un excellent français. Deux comédiens sourds ont gentiment accepté de répondre à mes questions : MAMI SUZU et TETSUYA IZAKI. Par un bel après-midi ensoleillé, les mains s’envolent et tourbillonnent, les yeux pétillent de malice…  Lire la suite

PARIS AU MOIS D’AOÛT (RENÉ FALLET)

Mais oui madame ! C’est quand revient le joli mois d’août, que chaque année me reprend l’envie de re-re-re-lire cette merveille parmi les merveilles, « Paris au mois d’août » de René FALLET.  Bonheur, ô combien amplifié par les années, de retrouver la verve de cet écrivain qui injustement disparait progressivement de nos mémoires. Je dirais que sur cette fameuse île déserte, vous savez, celle où personne ne viendra jamais vous chercher, j’emporterais au moins deux livres,  KEROUAC et ses Clochards célestes et FALLET avec son Paris au mois d’août. Et il me semble bien qu’avec ces deux-là, je pourrais toujours me souvenir d’où je viens et qui je suis, quelque soit l’épreuve.

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ASSISE

C’est un lieu, mais peut-être n’est-ce qu’une impression. Un lieu de passages en somme. Comme sur une page blanche, ici les corps se laissent imprimer, par les heures de l’assise. Le temps du silence qui creuse un peu plus nos histoires. C’est un lieu de rendez-vous. Mais personne ne sait vraiment, qui il attend. J’ai longtemps cherché cette adresse. De ce lieu caché dans une rue secrète, avec sa porte secrète, son escalier secret et ses occupants, secrets aussi. Allons, allons, ne nous mentons pas . Il n’y a de secret, que ces yeux qui brillent au fond de nous.  Lire la suite

UNE VIE BOULEVERSÉE – ETTY HILLESUM

12-10-42. Toutes mes impressions sont là, comme des étoiles scintillant sur le velours sombre de ma mémoire.

L’âge de l’état civil n’est pas celui de l’âme. Je pense qu’à la naissance, l’âme a déjà atteint un certain âge qui ne change plus désormais. On peut naître avec une âme de douze ans. Mais on peut naître aussi avec une âme de mille ans, il y a parfois des enfants de douze ans chez qui l’on voit très bien que l’âme a mille ans. Je crois que l’âme est la part de l’être humain la plus inconsciente, surtout chez l’Européen de l’Ouest ; l’Oriental « vit » beaucoup plus son âme. L’occidental au fond ne sait pas très bien qu’en faire, il en a honte comme d’une chose indécente. L’âme est bien autre chose que ce que nous appelons le « tempérament ». Il est des gens qui ont beaucoup de « tempérament » mais bien peu d’âme. (Extrait).

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TOUT DE MÊME

Tout de même, il existe un coin de terre, là-bas vers le sud. Les pierres, les fleurs, les bêtes et les gens y sont parfumés par la balaguère ce joli vent d’Espagne qui nous vient d’Afrique. Là-bas mon cœur s’apaise aux gargouillis des fontaines et je peux vraiment croire au monde. Une décennie est passée, j’ai enfin pu réaliser ma promesse faite à une petite bergère de plâtre de revenir vers elle … Je lui avais dit, si tu peux m’aider, d’une façon ou d’une autre, bien sûr si tu as le temps …

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