LA RÉVOLUTION D’UN SEUL BRIN DE PAILLE (MASANOBU FUKUOKA)

Ce soir j’ai exhumé un petit chef d’œuvre des rayons de ma bibliothèque. Le livre m’a attiré l’œil. Je l’ai reconnu. Et c’est avec un plaisir immense que j’ai retrouvé cet ami un peu oublié depuis une vingtaine d’années (déjà). Je l’avais acheté au début des années 90 dans ce merveilleux restaurant/librairie qui s’appelait Le bol en bois rue Pascal à Paris, aux pieds de la rue Mouffetard. Ceux qui comme moi ont connu Le bol en bois ne l’oublieront jamais. Ce lieu était pour beaucoup plus qu’un simple restaurant, une île au milieu du monde.   Il y avait aussi sur le trottoir d’en face l’épicerie du bol en boisNous y venions pour acheter des céréales et des légumes biologiques, nous y venions pour dîner de soupe miso, d’algues et de céréales complètes, le tout arrosé de thé vert sencha ou kukicha, l’ambiance y était douce, feutrée, presque solennelle lorsque les serveurs nous apportaient les bols que nous avions commandés. Mais c’est une époque révolue.

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ÉLOGE DE L’INSÉCURITÉ (ALAN W. WATTS)

Il doit être évident, dès le départ, qu’il y a une contradiction à vouloir se trouver en parfaite sécurité dans un univers dont la vraie nature est le caractère passager des choses et la fluidité. Mais la contradiction est un peu plus profonde que le simple conflit entre le désir de sécurité et le fait du changement. Si je veux être en sécurité, c’est-à-dire protégé du flux de la vie, je veux être séparé de la vie. Néanmoins, c’est ce véritable sentiment de séparation qui m’empêche de me sentir en sécurité. Être en sécurité signifie isoler et fortifier le « je », mais c’est justement la sensation d’être un « je » isolé qui me fait me sentir seul et m’effraye. En d’autres termes, plus je serai en sécurité, plus j’en aurai besoin. (Extrait)

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GRETA THUNBERG

Les jours passent, et soudain ça fait deux semaines que Greta occupe sa place à cet endroit.

Chaque matin, elle s’en va à vélo vers le Parlement et l’attache à la rambarde devant Rosenbad.

Chaque matin, nous avons rendez-vous avec elle.

Nous qui sommes emplis d’autre chose.

Nous qui écoutons la radio dans nos voitures. Nous qui consultons nos portables dans les souterrains.

Nous qui rêvassons dans le bus pour oublier la réalité.

Nous qui parlons de notre dernier repas et du football que nous avons regardé.

Nous qui faisons le ménage dans nos maisons et nos appartements.

Nous qui nettoyons nos fenêtres, arrangeons nos coussins et rangeons nos étagères.

Nous qui supposons que tout est encore parfait.  Lire la suite

Yonaiyama Akihiro (French / Japanese version)

J’ai une tendresse particulière pour cette interview réalisée en 2007. J’avais eu la chance d’être présenté à Monsieur Yonaiyama à la fin d’un de ses spectacles joué dans un grand théâtre près de Tokyo. Je me souviens encore très nettement de ce que j’ai pensé à ce moment précis : Je suis allé trop loin. La majesté du lieu, la perfection du show auquel j’avais assisté au milieu d’un public venu en nombre, et tous ces gens qui attendaient dans le grand hall d’entrée de pouvoir féliciter le metteur en scène. Je n’étais pas fier, loin de là, j’aurais bien pris mes jambes à mon cou, mais déjà l’assistante du metteur en scène me présentait au maître. Je ne sais plus ce que j’ai bredouillé lorsqu’il m’a demandé en quoi consistait mon projet. Mais le plus simplement du monde, un rendez-vous fut fixé pour une rencontre en privé. J’étais aux anges. 

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LA BRÈCHE (VLADIMIR MAKANINE)

Le chat hésite sur le seuil. Juste devant. Va-t-il entrer ou sortir ? Pas moyen de fermer. « Eh bien ? … Tu te décides ? » klioutcharev le presse par l’intonation de la voix, puis il claque la porte de l’appartement et descend rapidement, dépassant le chat qui bondit souplement de marche en marche. Il sort dans la rue.

La fin de son ami Pavlov lui revient à l’esprit. comment est-il mort ? Pour quelle raison ? … Il n’en sait rien. Deux cents personnes ont péri dans la foule, rien que sur le boulevard. La foule ne compte pas ses morts. (Mais Pavlov n’y était pas.)

Klioutcharev évite de penser au vide ambiant et aux habitants qui se terrent dans leurs appartements aux stores soigneusement baissés. Bien sûr, c’est un peu étrange de ne voir personne. Mais qui dit absence de gens dit absence de danger. L’air est tiède. Le soir tombe. Mais il ne fait pas encore nuit. La douceur du soi est chargée de menaces, comme si des coups de sifflets étaient sur le point de retentir, comme si la foule, où règne la loi du plus fort, allait soudain déferler avec son cortège de meurtres et de pillages. Cette sensation pénible est presque insurmontable. Cependant, la rue est déserte. Aucun bruit. Telle est la vie, dorénavant … Ces pensées craintives, ces subtiles pensées d’intellectuel défilent dans son esprit pendant qu’il marche.

En regardant la ville d’en haut à cette heure, on pourrait constater qu’elle est vide, pas une âme, pas une voiture ne circule (les véhicules garés au bord des trottoirs ne font que souligner l’immobilité générale). Les trottoirs sont dépeuplés. Quelqu’un, seul, marche au milieu d’une rue ; il porte un pull et un bonnet dont le pompon oscille à chaque pas. C’est notre ami Klioutcharev (légèrement vieilli ; ses tempes grisonnent déjà fortement. Mais il se défend encore. Un homme dans la force de l’âge).

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MATCHA SOBA

« Bonne année » à ceux qui lisent ce blog. Mais pour dire le fond de ma pensée,  je trouve ça tellement étrange de découper le temps de cette façon. « Bonne journée » me pose moins de problème. Disons que je me sens cadré entre le jour et la nuit. Ça me va mieux. Je ne sais pas pourquoi j’écris ça aujourd’hui. D’autant qu’il y a plusieurs semaines que je n’ai rien écrit sur ce blog. J’ai fait une tentative de poster des textes littéraires avant Noël, un texte par jour, mais d’un seul coup ça m’a semblé si stupide que j’ai tout effacé. Parfois je fais des trucs stupides. Quelque chose en moi décide que c’est stupide et j’y crois.

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Mone Uchida (French / Japanese version)

Au cours de l’été 2014, en compagnie de Madame Miki Iida et de Jean-Michel Jarillot, nous avons eu l’occasion de rencontrer l’artiste peintre et calligraphe, Madame Mone Uchida près de Tokyo. je suis reconnaissant à Madame Uchida de m’avoir permis d’aborder librement avec elle, les thèmes qui m’intéressaient à l’époque. Et il me semble rétrospectivement,  que cet entretien est précieux parce que son témoignage est sincère et son expérience est rare.

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ÉCRIRE (MARGUERITE DURAS)

« C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ça ne parle pas beaucoup par ce que c’est impossible de parler à quelqu’un d’un livre qu’on a écrit et surtout d’un livre qu’on est en train d’écrire. C’est impossible. C’est à l’opposé du cinéma, à l’opposé du théâtre, et autres spectacles. C’est à l’opposé de toutes les lectures. C’est le plus difficile de tout. C’est le pire. Parce qu’un livre c’est l’inconnu, c’est la nuit, c’est clos, c’est ça. C’est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu’on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication; sa séparation d’avec lui, le livre rêvé, comme l’enfant dernier-né, toujours le plus aimé. Un livre ouvert c’est aussi la nuit. Je ne sais pas pourquoi, ces mots que je viens de dire me font pleurer. »

(Extrait Marguerite Duras « Ecrire » 1993 Edition Gallimard)
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Ren Yashio (french / japanese version)

Au printemps 2015, j’étais arrivé à un « tournant » dans mon travail d’interviews. Jusqu’alors, j’avais choisi de ne rencontrer que des artistes, de toutes disciplines, peu m’importait du moment que j’appréciais leur travail et que nous parlions des chemins du rêve. Puis, mon exigence a pris une autre forme, je me dirigeais à petit pas (mais sans vraiment en avoir conscience) vers des rencontres directement liées à des pratiques spirituelles. Peut-on dire que la poésie trouve sa place entre l’art et la prière ? C’est peut-être un peu vite résumé, mais quoiqu’il en soit,  j’ai eu la chance, au bon moment,  de rencontrer la poétesse japonaise REN YASHIO lors d’un de ses voyages à Paris, nous étions dans le quartier de Belleville, territoire idéal pour parler poésie. 

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L’EXTASE MATÉRIELLE (J.M.G LE CLÉZIO)

Puisque les journées se font plus courtes, que l’été nous abandonne encore une fois et que ce blog n’est pas particulièrement dédié aux blagues Carambar comme vous l’aurez remarqué si vous avez vos habitudes à cette adresse et pour saluer l’arrivée imminente de l’automne, j’ai envie de vous parler de la mort. On n’en aura jamais fait le tour, on ne pourra jamais s’en lasser. Et aussi parce que je veux croire que si on s’y mettait tous ensemble, nous pourrions enfin trouver une réponse à cette question qui nous gâche l’existence. J’ai toujours eu ce sentiment que chacun d’entre nous possède un fragment de réponse. Mais comment faire ? Réunir, encore et encore. Il faudra que je dise à ma fille qu’à chaque nouvelle rencontre qu’elle fera, quand la confiance s’installera et que les paroles seront vraies, elle aura cette chance inouïe d’obtenir un autre fragment de la réponse. Et que c’est pour cette simple raison qu’il nous faut, le temps si court de notre présence au monde, provoquer des rencontres. Pour nous donner à nous-mêmes une chance de compléter notre puzzle et pour offrir aux autres, notre petite pièce qui manque à leur puzzle.

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LAME DE FOND

Tu l’entends mais tu ne l’écoutes pas. Le son du bol. Bois contre métal. Est-ce que la vibration s’arrête au contour de mon corps ou est-ce qu’elle me traverse ? Je ne devrais pas y penser maintenant. Trop tard. Et si elle me traverse, s’en trouve-t-elle modifiée lorsqu’elle parvient jusqu’à mon voisin silencieux ? Si elle s’en trouve changée, alors est-ce un peu de moi qui traverse le corps de mon voisin silencieux ? Zazen.

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AU-DELÀ DES MUES

J’ai un gros penchant pour les murs. Là-bas, à Tokyo, ici à Paris, mes possibilités de rencontres photographiques, je veux dire ma timidité d’approche du sujet humain, me repousse le plus souvent contre les murs. J’aimerais mieux photographier des visages, mais sans une vraie complicité, l’idée me semble toujours pitoyable. Alors je photographie les traces, les messages, les tentatives, dessinées, collées et arrachées ou effacées contre les murs, qui me sont finalement plus intimes. C’est le plein été à Paris. Il y a pas mal de temps que je n’avais trimballé Wallace avec moi (Wallace c’est mon appareil photo, en hommage à l’écrivain David Foster Wallace, j’en parlerai un jour prochain). J’écrivais dans un précédent post que cette année je ne marcherai pas dans les rues du Japon, alors me voilà dans les rues de Paris à traquer mes propres traces, tout d’abord celles de mes sentiers oubliés et puis celles qui s’impriment dans mes méandres intérieurs. Allez savoir comment tout cela se mélange. Ça ne me sert à rien de le savoir, pour moi l’important c’est qu’au fur et à mesure que je marche dans le monde extérieur, un chemin se dessine dans mon monde intérieur.

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DIALOGUE AVEC LA GRAVITÉ (USHIO AMAGATSU)

« Le corps est le support, l’assise même de la danse, avant même que celle-ci n’ait lieu, à proprement parler. Son émergence commence par son passage dans le ventre maternel. Telle une réminiscence de l’apparition de la vie dans les eaux de l’océan, il y a trois milliards d’années, la matrice est remplie de ces eaux primitives. La vie naît de la mer, aux temps archaïques comme au temps fœtal.

Un mois après la conception, en une semaine à peine, le corps évolue du poisson au batracien, puis du reptile au mammifère. En l’espace d’une semaine à peine, il aura rejoué la scène pathétique, qui dura en fait plusieurs dizaines de millions d’années durant la seconde moitié de l’ère paléozoïque, du débarquement des vertébrés sur les rives, battues par les vagues de l’océan, du continent. Dans sa formation, l’individu répète l’évolution de toute l’espèce ; il est la mémoire de la vie primitive et son devenir au cours de l’histoire de la Terre elle-même.

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LA PETITE CEINTURE DE MÉNILMONTANT

D’où me vient ce goût pour ce bout de voie ferrée quelque peu déprimant ? Bien sûr il y a les herbes qui poussent librement, mais il y a aussi ces rails qui se jettent dans l’obscurité d’un tunnel. L’été, surtout lorsqu’il est chaud, invariablement m’attire à Belleville et à Ménilmontant. L’été qui chauffe les semelles, l’été qui éblouit. Et me revoilà à l’assaut des rues qui s’étirent en direction des nuages et qui épuisent à la fois mon corps et mon désir  d’images. Images… Cette année encore, nous n’irons pas au Japon. Je n’aurais donc pas à brûler vif au milieu des avenues incandescentes. Je n’aurais pas l’obligation de marcher jour et nuit pour comprendre pourquoi je marche jour et nuit. Je n’aurais pas de crème glacée au thé vert. Images … Je connais un homme qui reste étendu sur son lit. Ce n’est même pas son lit. C’est l’été, c’est le bout de l’espoir l’été, comme ces rails avalés par la nuit.  Lire la suite

RUE DES ÉCOLES

Rue des écoles, Le Sorbon, est ouvert. Quelques tables en terrasse et deux rangs à l’intérieur du café. Les acheteurs des librairies du coin s’y retrouvent en attendant l’heure de l’ouverture des cavernes aux trésors. Certains portent des masques, d’autres pas. Comme moi. De l’autre côté de la rue, l’affiche du cinéma Le Champo, Le mystère Von Bulow de Barbet Schroeder. Nuages et soleil. Je monte, je valide. Le 63 passe devant mon nez. Comme j’aime la vie de ce quartier. Une femme sur ma gauche lit un texte que j’imagine être un travail d’étudiant. Un peu plus loin, des gens s’alignent devant les portes de Joseph Gibert. Pour être les premiers. Il y a comme tous les jours les acheteurs professionnels qui ont leurs listes de commandes dans la poche et qui vont se jeter dans les rayons, sur les bonnes affaires. Pour les revendre aussitôt sur le web. Ici je me sens en province, comme dans une ville où les rues descendent vers la mer. Je n’ai pas pris mon carnet pour écrire alors j’utilise le relevé d’identité bancaire que je conserve toujours soigneusement plié dans mon portefeuille. J’écris très serré. C’est exaltant de penser que de toute façon, on n’aura pas assez de place, que la limite du bout du papier se rapproche. Cela force à choisir. Ne rien écrire si les mots ne sont pas extraordinaires, ou bien au contraire, libérer la main qui fera ce qu’elle veut sur la feuille. Et puis regarder ensuite. Je n’ai pas mon carnet mais j’ai mon appareil photo ce matin. Pourtant. Depuis bien longtemps je ne ressens plus d’inspiration pour les photos de Paris, de même à Tokyo, la frénésie du cadrage m’a abandonné. Je crois que je ne sais plus quel est mon sujet.

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LE VIDE ET LE PLEIN #2 (NICOLAS BOUVIER)

Quand la terre du Japon me manque à nouveau. Je remets mon nez dans les pages écrites par Nicolas BOUVIER au Japon en 1965. Et tout de suite, j’entends cette mélodie qui ne se joue que là-bas. Je me lasse pas de faire découvrir ses notes de voyage, ses notes de frissons, ses notes d’exaspération. Et puis, comme il est enivrant de constater, à condition d’avoir déjà mis les pieds au Japon, que ses observations d’un Japon des années 60 conservent leur justesse anthropologique et leur finesse poétique aujourd’hui encore.

Il est temps de (re) découvrir Nicolas BOUVIER et ses carnets du Japon (1964-1970).

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MAURA O HALLORAN / RAYMOND CARVER #3

Dans la station de métro d’un quartier minable de Tokyo, je regardais les néons éteints, l’ambiance sordide qui durerait jusqu’au soir. C’est un monde attirant, terrien, brut, vivant, vrai et pourtant complètement faux, sans la moindre prétention de réalité. Des corps, une musique aux rythmes forts et vibrants. J’ai repensé à l’alternative qui s’offrait à moi dès mon arrivée au Japon en novembre dernier : le boulot habituel du professeur d’anglais ne me disait rien. J’étais attirée, soit par le renoncement monastique, soit par la vie des sens. Une âme qui cherche à se livrer ? C’est un hasard ou la providence que le choix monastique soit arrivé en premier. Chacun de ces deux chemins était un quête de libération – des inhibitions, des valeurs appartenant aux autres, de leur éthique puritaine suffocante née de l’illusion d’une promesse à venir. Ou alors la libération spirituelle, mais de quoi ? Cette voie-là était plus nébuleuse.  Ceux qui souffrent cherchent à se libérer de leur souffrance, mais je souffre rarement. Ma vie a été merveilleuse, une vie bénie. Qui m’aurait contrainte ? J’ai fait ce que j’ai voulu quand je l’ai voulu. Je suis reconnaissante d’avoir été prise par cette voie zen, car jamais je ne dirais que je l’ai choisie, moi, consciemment, poussée par la ferveur. Je sens maintenant qu’il n’y a plus de retour en arrière possible.

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MAURA O HALLORAN / RAYMOND CARVER #1

Une rencontre inattendue. Aujourd’hui, Maura O’Halloran rencontre Raymond Carver. Je les aime bien ensemble, d’ailleurs ils se côtoient chaque soir à mon chevet. Ce blog est un carrefour où l’on peut faire des rencontres. Je continuerai à les faire coïncider sur ma page. Je les trouve beaux. A chacun sa façon pour exprimer le mu.

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Kenichi Natsuya (french / japanese version)

Artiste et gentleman, Kenichi Natsuya imagine et fabrique des chapeaux sous le nom de Genjiro, ce nom lui a été donné par son Maître chapelier Madame Sou Kaoru qui lui a transmis son art et lui a enseigné, non seulement la technique mais aussi l’esprit des chapeaux. Si parfois ses activités de décorateur le poussent jusqu’à Tokyo, c’est bien dans sa paisible banlieue de Koshigaya que le soir, Kenichi aime à promener sa poésie… Et ses chapeaux. C’est une interview qui m’est précieuse. D’une part car elle s’est déroulée à l’occasion d’une nuit qui pour moi était irréelle, mais ça je l’ai déjà évoqué dans ce blog. A ce point irréelle qu’en revenant à paris, je me suis aperçu avec rage, que mon magnétophone n’avait enregistré que la moitié de l’interview. J’avais en effet oublié de pousser le bouton « enregistrement » tellement je planais. Bref, il a fallu renvoyer les questions par écrit à Kenichi, qui a gentiment accepté d’y répondre, lui aussi par écrit. Enfin, au terme de cette interview, Kenichi et moi sommes devenus amis et cette amitié dure toujours. A chacun de mes séjours à Tokyo, c’est avec un immense plaisir que nous aimons nous retrouver dans un de ces petits bars dont il a le secret. 

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LE LIVRE DES FUITES (J.M.G LE CLÉZIO)

Le secret serait peut-être d’aligner des bananes et des fraises Tagada sur mon smartphone, mais je n’aime pas jouer. Ces pauvres gens qui emplissent les trains, debout, assis, avec leurs écrans multi-vitaminés de jeux sans saveur n’auront peut-être pas Alzheimer. Mais quand bien même ils seraient rattrapés par la maladie, ils n’auraient pas matière à ne pas se souvenir.

Après ma journée de télé-travail, je me sens asséché de silence, de lecture, d’écriture, mais jamais je ne réponds aux injonctions ou aux doux yeux, elle varie ses angles d’attaque, de ma fille qui me supplient en ouvrant le tiroir qui déborde de jeux de société. Sans doute qu’à son âge, moi aussi j’étais amoureux des boîtes de jeux prometteuses d’évasion, et je l’étais. Puisque j’y pense à l’instant, je n’ai pas le moindre souvenir d’enfant, d’avoir fait une partie de Monopoly ou de petits chevaux avec mes parents. Non pas que cela ne se soit jamais produit, mais le plus souvent je jouais seul avec ces jeux de société, sans doute m’inventant des partenaires.

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EN DEHORS, EN DEDANS

En dehors, en dedans. En dehors et en dedans. C’est sur le « et » qu’il faut tenir. Mais on ne le peut pas. Le « et » n’est pas stable, aucun endroit où poser le pied, pas de point d’appui, pas de contact amical, aucun confort, ni eau, ni gaz, ni électricité. Zazen.

Ce matin, pendant quelques secondes, la question s’est imposée. Pendant le zazen, l’attention est-elle tournée vers les sensations/distractions intérieures ou vers les sensations/distractions extérieures ? Une obsession. Zazen. Quelque part, un ventre gargouille. Immanquablement les autres ventres répondent à l’appel. J’écoute mon ventre, je plonge dans la tuyauterie, lui ordonne de ne pas rejoindre la meute, et je remonte pour écouter le chant d’un oiseau.

Un oiseau chante. Sournoisement. Je reviens sur le « et » mais je ne peux y rester qu’un temps ridiculement court … Non, je me trompe encore. Ce n’est pas un temps. Le « et » est un contretemps. Un vide. Un temps fantôme. Un piège. Une chute mortelle. Un trou pour tomber. Une tombe.

Mais je ne veux pas tomber. En dehors, en dedans. Le principal intérêt du zazen est de rendre fou. Fous ceux qui sont trop raisonnables, pas plus fous ceux qui le sont déjà. Fou, ça veut dire intenable pour soi-même. On n’y tient plus. Ni en dehors, ni en dedans. Alors généreusement, la question muette se pose enfin. Où aller ?

L’oiseau est parti. Il en a eu marre de chanter dans le coin. Peut-être attendait-il une réponse. Moi je remarque son absence. L’absence de son chant. Et l’absence de chant, chante encore.

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(Photo de répétition du spectacle de Sachiko Ishikawa et Thierry Castel « Nuage, nuage » à l’Espace Tenri à Paris)

Ryôsan (moine zen du Ryutaku-ji)

Au mois d’août 2019, à l’initiative de Madame Nicole Savigny-Kespi, j’ai eu la chance de rencontrer le moine zen Ryôsan (Seiryo Mizuguchi) du temple Ryutaku-Ji, invité en France par le Centre Assise pour y diriger une sesshin. Cette rencontre amicale s’est déroulée en présence de Madame Nicole Savigny-Kespi, Monsieur Robert Fenié, Monsieur Thierry Vallier et avec la précieuse collaboration de Madame Yuko Murakami qui a accepté d’être notre interprète.

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