SOUDAIN ON VOIT LA MER

Zazen. Ce matin une tempête s’est levée à l’intérieur de mon crâne. J’entends même les mouettes dans le ciel de Paris. Et puis me reviennent les images de l’océan. Ma fille qui saute dans les vagues pour les empêcher d’atteindre son Mont Fuji de sable. Ouvrir les yeux. Regarder la toile usée des tatamis. Zazen. Pour quelques secondes de plus.

En retrouvant les rues parisiennes j’ai repensé à ce Mont Fuji de sable. Moi j’avais creusé un fossé devant pour que la mer y engouffre ses assauts. Au bonheur de ma fille. Te dirais-je suffisamment à quel point tu m’ensoleilles ? Non, probablement. On en fait des efforts pourtant. Pour être meilleur, pour être solide, pour ne pas être oublié.

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Etsuko Kobayashi (french / japanese version)

Déménagés des ateliers du « 59Rivoli » le temps d’une rénovation, les artistes du collectif occupaient le dernier étage d’un bâtiment de la Rue de La Tour des Dames à Paris (9). Parmi ces phénomènes, je rencontrais en 2009 l’artiste peintre japonaise Etsuko Kobayashi.  Je me souviens que j’avais écrit à propos de ses compositions « Nous faisons face à la toile, quelque chose au fond de nous réclame un envol et nous ne comprenons pas. »

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Claude Brabant (french / japanese version)

L’Usine au 102 Boulevard de La Villette à Paris. Une petite cour d’immeubles et au rez-de chaussée une galerie qui vaille que vaille expose des artistes sans concession. Maintenant on ne peut plus pousser la porte avec simplicité, comme à l’époque de cette interview, car maintenant ils ont installés le terrible digicode, pourtant elle s’y est opposée pendant longtemps. Elle voulait que le lieu reste libre. Dans son atelier les pigeons et les chats, venus du ciel, l’ont toujours été. J’avais demandé à CLAUDE BRABANT d’être la première à parler devant mon micro. Je me souviens qu’elle n’était pas très enthousiaste à cette idée, mais par amitié elle avait tout de même accepté. Je me lançais dans ce projet d’interviews, sans trop savoir où je voulais aller, c’était à l’automne 2006… 

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TRANSIT-EXPRESS (YVES SIMON)

Chez Boulinier, au pays des livres laissés pour compte, j’ai retrouvé le Transit-Express de Yves Simon. J’en avais totalement oublié le contenu et maintenant je trimbale ce petit bouquin partout, poche arrière de pantalon, lecture rapide sur quais des gares et ratures dans un kebab. Je veux rendre ce petit hommage à Yves Simon. J’éprouve toujours la même tendresse à la lecture de ses pages, je crois bien qu’en France il est le premier à avoir osé faire au milieu d’une prose, des collages de mots, à l’infini, comme un peintre qui ajoute sur sa toile des épaisseurs de couleurs. Celui-là est le troisième roman de Yves Simon. C’est encore une écriture post-adolescente et c’est bien. 

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Michel Vray (french / japanese version)

Paris 9ème, dernier étage d’un immeuble de fer. Toiles immenses et sculptures de ferrailles, couleurs sur les murs, bois et tissus, papiers et métaux … Ici les objets se cherchent une âme. Un squat d’artistes c’est comme un lieu de rendez-vous, pour femmes, pour hommes, pour objets, et pour leurs rêves en commun … Rencontre avec Michel VRAY, peintre, poète,  éditeur, mais avant tout « HOMME DE L’ÊTRE ». 

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Jef Sicard (french / japanese version)

Cette interview date de 2007 (!) et c’était ma seconde interview à l’époque. J’avais choisi d’aller vers Jef Sicard, que j’avais la chance de rencontrer régulièrement, puisqu’à cette époque j’enseignais le tai-chi-chuan et qu’il m’arrivait de louer son merveilleux lieu de répétition du Boulevard de La Villette pour y donner mes cours. Habituellement Jef est un souffleur, qui parle peu, mais pour cette occasion, le saxo et les conques ont été abandonnés sur la table et nous avons pris le temps de quelques mots. 

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Kaori Suzuki et Sébastien Vuillot (french / japanese version)

Au croisement de leurs rêves, Kaori SUZUKI et Sébastien VUILLOT ont créé la Compagnie TSURUKAM. Je les ai rencontré dans un festival de marionnettes en 2009, après avoir assisté à leur spectacle KAGOME je leur ai proposé de les interviewer pour les connaître un peu mieux. Je republie aujourd’hui cet entretien, soit dix années plus tard. D’autres créations, toutes aussi innovantes et réjouissantes, sont venues éclairer leur parcours et je suis toujours  émerveillé par leur travail.   

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Miki IIDA (french / japanese version)

Miki IIDA est écrivaine, journaliste et aussi guide à Tokyo. Pendant mes escapades japonaises c’est le plus souvent grâce à elle que je peux entrer en contact avec les personnes que je souhaite rencontrer, grâce à son travail d’interprétation je réalise mes interviews en toute quiétude. Miki est pour moi une véritable exception dans la société japonaise, elle représente ces femmes qui se tiennent debout contre vents et marées et défendent avec acharnement leur liberté. Entre tradition et modernité, voici l’interview que nous avons réalisé ensemble. 

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Bruno Quinquet (french / japanese version)

L’ombre des arbres du jardin Hibiya Koen nous fait oublier un peu la moiteur de septembre. Autour de nous, des hommes sont endormis sur des tables de bois, le chant assourdissant des cigales berce leur sieste. Rendez-vous pris sur internet juste après avoir vu ses photos de salarymens dans un petit article qui lui était consacré, le coup de foudre, j’ai eu envie de rencontrer Bruno Quinquet, photographe français résident à Tokyo.  

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REMUE-MÉNINGES

Ca bouge beaucoup sur le blog depuis quelques jours. Il faut dire, que ça m’est tombé dessus sans prévenir. J’ai supprimé le site web de Kikoeru? avec toutes ses interviews. Allez savoir. Douze années d’existence, ça suffit. Douze, c’est un bon chiffre. Je pense que toutes ces interviews, beaucoup de gens auront pu les lire, que c’est déjà çà, même si au final, le site a recueilli peu de commentaires en retour, je pense aussi que c’est la raison de mon abandon. Mais c’est aussi un signe des temps, sur internet nous consommons vidéos, photos et mots en les picorant, en somme nous ne faisons que passer incognito. Je pense aussi que rien ne vaut d’avoir un livre entre ses mains pour éprouver la valeur des mots. Certaines des interviews seront déménagées sur ce blog, j’y travaille, mais elles ne le seront pas toutes. Ce n’est pas mon intention. Quoiqu’il en soit, cela me donne maintenant  l’occasion de les redécouvrir, je leur donne un nouveau visage, avec parfois de nouvelles photos, et je me dis que d’autres personnes vont découvrir ces hommes et ces femmes qui m’ont surpris de leur existence.

 

Sachiko Ishikawa (french / japanese version)

 

Daniel : Sachiko, j’aimerais connaitre ton avis sur cette question : C’est quoi danser ? Ou bien encore :  c’est quoi ne pas danser ?

Sachiko : Pour moi, danser est un peu ma façon de respirer. Donc ne pas danser, c’est comme si je ne respirais pas… Quand je vivais au Japon, à Tokyo, en tant que salariée, pendant dix ans environ tous les matins je me levais tôt et me dépêchais de me préparer en cinq minutes pour ensuite aller travailler dans un bureau. Je travaillais jusqu’au soir 20h mais très souvent 22h, et parfois même jusqu’à minuit pour rentrer avec le dernier train. Sans avoir de vraies vacances, pas même une semaine pendant l’été en ce qui me concernait. Au bureau, en plus du travail je faisais de la communication avec les collègues, en essayant de m’adapter à la situation. Et cela se répétait de la même façon chaque jour.

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Choje Lama Ani Pema (french/english version)

Lama Pema est une de ces personnes habitées par un souffle d’absolu, en sa présence on ne saurait en douter, d’ailleurs ce n’est pas le doute qui l’anime, elle agit et elle n’est qu’action, pour suivre son chemin si particulier. Avec beaucoup de gentillesse elle a bien voulu répondre à quelques questions alors qu’elle ne parle que vraiment très rarement de tout cela. J’en profite pour attirer l’attention sur son incroyable travail de bâtisseuse, d’ailleurs ses séjours en Europe n’ont souvent d’autre objectif que de sensibiliser le public pour financer ses divers projets de construction, le site officiel qui lui est dédié explique tout cela en détail et nous permet de comprendre avec beaucoup de photos l’ampleur de sa mission.

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Ninsho Kakinuma 柿沼忍昭 (french / japanese version)

Juillet 2018, abandonnant pour quelques heures la chaleur infernale des rues de Tokyo, nous rendons visite au moine Ninsho Kakinuma 柿沼忍昭 dans son temple, le Chokoji (Kannami, Shizuoka-ken), je suis accompagné par Mme Miki Iida qui interprète cette rencontre ainsi que Mme Yuu Adachi.

… Et toujours cette lumière si particulière de l’été. Comme un voile posé sur le décor, qui invite à supposer une existence, un autre monde, il y a simplement à tendre une main, pour sentir une caresse.

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SES JOURS EFFACÉS

Ecrire sur un ami. Pour dire. La poésie des jours effacés. Pour dire. La transmission d’une vie aussi. Pour dire à ses filles qu’il est encore temps. Pour dire. A ses amis, qu’il est encore temps. Pour dire. Au monde entier, que le poète est vivant.

Dans sa chambre minuscule de la Maison Nationale des Artistes de Nogent, les peintures de Michel se serrent toile contre toile au milieu des livres. Dans cette chambre qui lui sert de placard, quatre pas seulement sont possibles, deux pas en avant et deux pas sur la gauche, ensuite il faut se ranger comme n’importe quel objet, comme tous les papiers. Entassés, empilés, alignés, éparpillés, Michel a maintenant toute sa vie à portée de main. Et toute sa vie comme il me l’a dit un jour, n’est qu’une vie de papier.

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TAMISER LE MONDE

Se lever tôt. Prolonger le sommeil dans un train. Se réveiller dans une gare parisienne. Sortir dans les rues, avec l’air frais du matin. Marcher jusqu’à la porte du zendo. Rebrousser chemin, tourner les talons, s’enfuir sans chercher pourquoi. Replonger dans les sous-sols de la ville. Les couloirs se remplissent. Il est l’heure d’hier à la même heure, il est l’heure de refaire, de remettre les pas dans les pas d’hier, nos traces encore visibles nous ordonnent.

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PARIS AT NIGHT (JACQUES PREVERT)

PARIS AT NIGHT

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Trois allumettes une à une allumées dans la nuit

La première pour voir ton visage tout entier

La seconde pour voir tes yeux

La dernière pour voir ta bouche

Et l’obscurité toute entière pour me rappeler tout cela

En te serrant dans mes bras.

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(Jacques Prévert -Paroles – Editions Gallimard 1949)

KINAKO

Je crois que la mort est sans direction. On ne va nulle part. Il n’y a pas d’endroit où aller. Et c’est inacceptable. Mais justement puisque c’est inacceptable, c’est passionnant. Pourquoi nous faut-il toujours penser à la mort en l’associant à une orientation. Pas besoin d’orientation, aucune direction. Alors pas de chemin ? Nous voyons le mythe s’effondrer. Si nous avons tant besoin d’un chemin pourquoi ne pas considérer au plus  haut point celui sur lequel nous marchons en ce moment. Fichus aveugles qui n’en croient que leurs yeux immensément ouverts.

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LA POÉSIE DE RAYMOND CARVER

Ouaip, je viens à peine de découvrir Raymond Carver. Il aura fallu tout ce temps. Mais en fait, c’est bien plus que du temps qu’il aura fallu. Un regard sur la couverture d’un recueil de poésie et on se dit : c’est qui ? J’ai choisi ce poème parmi beaucoup, les poèmes c’est pas comme les fraises des bois, on ne peut pas les manger les uns après les autres, cela n’aurait plus aucun goût. Il faut y revenir, souvent, et pas seulement pour le comprendre, c’est le poème qui doit vous comprendre, comprendre votre fonctionnement. Pour le dire autrement, c’est le poème qui doit avoir l’envie de revenir vous visiter. J’aime la découpe de ce poème, on sent la pénibilité de communiquer sur les choses qui sont importantes, on sent aussi la mastication, à la fois de la tourte et du re-sentiment. J’aime cet instant de conscience la cuisine de ma fille en hiver, la fille on ne la voit pas, on ne l’imagine pas physiquement mais on peut l’entendre respirer, elle n’est pas loin, n’est-ce pas ? Et puis le père, qui se fait le plus léger possible, mais qui semble étouffer de l’intérieur. Raymond Carver, il s’appelait ainsi, et il regardait l’existence avec ces yeux là.

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LA BOÎTE À PHOTOS

Avant on avait un truc pareil. Une boîte à chaussure par exemple, avec des paquets de photos oubliées, de celles qu’on n’avait pas jugé suffisamment bonnes pour les placer dans l’album, vous vous rappelez ? Et jamais on ne sortait la boîte  à photos du placard, puisqu’on regardait l’album. Sauf, dans les déménagements, probablement, on se disait mais qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? Et alors, pour quelques minutes hors du temps, on s’asseyait sur le sol et on étalait les petites photos en essayant de se rappeler les époques, les prénoms, les âges, les amours. Mais depuis la numérisation des clichés, nos souvenirs maintenant sont pixellisés, d’aucun diront que c’est pareil sauf que maintenant dans l’album il y a des milliers de petits vers invisibles qui se tortillent pour grignoter nos belles images. Le pixel s’évapore au fil du temps. Les photos pas bonnes sont tout d’abord passées au tamis de la suppression/poubelle et puis s’il en reste encore, elles sont classées dans un fichier à part, il y a des sous-dossiers dans des dossiers, qui portent des noms assez évasifs, parfois des dossiers vides, et aussi des photos isolées du groupe … Conservées tout de même car quelque chose a fait qu’on n’a pas eu le cœur à l’effacement  …

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