LE CAHIER DE LA PIERRE QUI VIRE

Michel VRAY a mis entre mes mains une pile de vieux carnets usés et jaunis par les années. Il m’a dit que je pourrais en faire ce que je voudrais. Il m’a dit aussi qu’il était rassuré de savoir que ses carnets ne seraient pas perdus. Alors ils sont là avec moi, dans une grosse boîte, que je n’avais pas ouverte depuis deux ans environ. Aujourd’hui j’ai relu ce carnet que Michel a écrit à l’occasion d’un de ses séjours au monastère de la Pierre Qui Vire en Bourgogne. J’aime beaucoup ce carnet, je me décide à le partager dans ce blog, sa lecture m’apaise, j’espère que vous l’apprécierez aussi. C’est un temps de recueillement, peut-être un temps de prière bien que Michel ne m’ai jamais évoqué un quelconque penchant pour la religion, quoiqu’il en soit il me parlait de ses retraites au monastère comme parmi les moments les plus beaux de son existence.

2 h 05 Vigiles

6 h 05 Laudes

8 h 00 Petit déjeuner

9 h 20 Messe

12 h 30 Sexte

12 h 45 Repas

14 h 00 None

18 h 15 Vêpres

19 h 15 Repas

20 h 30 Complies

22 h 00 Le grand silence.

 

16 h 20. Couloir n° III

Laisser ses affaires. Déposer dans son coin une partie de soi pour ramasser l’autre encore pliée et impraticable. On possède tout à coup une clef dès l’entrée, celle de sa cellule. Peut-être n’en trouverons-nous pas d’autres.

17 h 00. Ramasser dans un couloir un vieux moine de 80 ans qui tombe tout le temps et qui a après un mal de chien à remettre ses souliers qui lui quittent les pieds. Ramassage de la cane qu’il ne peut reprendre seul. L’on m’avertit que cela lui arrive fréquemment et qu’il ne faut pas s’en faire « il est Strasbourgeois ce qui implique qu’il est dur au mal » dixit.

Il me regarde, me remercie et me déclare après sa chute de cinq marches que c’est « une journée glorieuse » et s’en va heureux semble-t-il.

18 h 00. Vêpres avec la communauté. Cela signifie utiliser simplement le psautier cérémonie d’une durée de trente minutes environ.

18 h 45. Repas d’hôtes.

Les moines ne nous accompagnent pas.

Soupe

Carottes + petits pois

Fromage

Pomme + vin et eau et pain.

 

19 h 15. Retour à son chiffre cellulaire le 7 remplit de nouveau sa fonction de silence.

20 h 30. Complies.

Deux sœurs se sont jointes à nous, plus quelques personnes de passage, quelques enfants dont un petit noir avec ses parents.

21 h 00. Retour dans son coin. La nuit tardive favorise le chant des oiseaux remplissant la forêt avoisinante.

22 h 00. Coucher.

24 h 30. Je suis étendu sur ma couche, il est 24 h30 et je n’ai pas parlé depuis 4 heures. Cela commence à être pesant surtout que le sommeil ne daigne venir m’envelopper. Je souffre fortement tout à coup de cette solitude et de ce silence, deux qualités que je n’arrive absolument pas à maîtriser pour l’instant. J’ai le sentiment que mon cerveau s’affole et je vois beaucoup de tâches noires qui se forment devant mes yeux. Je me lève sans bruit et bois un verre d’eau qui me calme un peu. Une fois recouché je tombe comme une masse dans le sommeil, sommeil d’un calme absolu et ne me réveille qu’à 5h 55, me lève, m’ablutionne, me vêts et me dirige vers l’église, il fait encore légèrement nuit et l’église est éteinte à l’intérieur. Lundi de Pentecôte qui est considéré comme un dimanche. Les Laudes ne sont qu’à 6h 35. Attendre dans la pénombre que les moines viennent allumer l’électricité ainsi que le candélabre à trois branches. La tenture recouvrant le crucifix a été ôté. Tous les moines arrivent, nous ne sommes nous que cinq.

7 h 00. Retour dans la cellule 7. Tout a l’air de s’organiser simplement pour tout le monde. Attendre 8h tranquille c’est surement cela le plus difficile, oubliant tous les vertiges simplistes de notre vie quotidienne. La tentation de croire très vite que nous sommes capables de faire transpirer le peu de connaissance spirituelle que nous possédons sur le quotidien et le vécu de tous les jours, enfin d’apercevoir que nous ne sommes que très peu actifs pour les autres, envers les autres pour la simple et bonne raison que nous n’avons pratiquement aucune connaissance sur notre propre vie.

Les gestes rituels qui seront accomplis devront signifier réellement une action envers nous et une interaction envers les autres. Si l’on croit ressentir ce que peut profondément matérialiser en notre âme visible le geste alors là et seulement là, il devient simple à accomplir et libère complètement du souci pesant de l’âme fatiguée et malade d’inactivité réellement spirituelle. Après les angoisses extrêmement pénibles des premières heures c’est l’ouverture sur un apaisement et certainement une enfin possible communion avec les autres. Les actes et gestes liturgiques les plus complexes d’apparence ne sont plus que la concrétisation simple d’un envol et d’un espoir tendus vers une sortie plus calme.

La porte d’entrée devient la même que la porte de sortie. Il en sera de même pour tous les autres gestes les plus simples auxquels on a tendance à donner une signification douteuse et peu réconfortante.

Tout est en un et tout est un indivisible dans le chiffre trois qui est un et qu’un. La dernière épaule du signe n’est plus une difficulté, l’aboutissement du quatre n’est que l’équilibre des trois qui ne sont qu’un.

Toute personne n’est que la pièce manquante du puzzle pour ne faire qu’un à chaque fois et trouver ainsi l’équilibre qui manque à l’Autre. Mon moi n’est que le moi de l’Autre; en fait n’est que l’Autre. Il faut l’autre signifie qu’il faut être soi d’abord, trouver l’équilibre, la pierre d’angle qui fichée en terre la tête en bas remet tout parfaitement d’aplomb. Le bas est le haut et le haut sera le bas.

Tout est confondu. Je suis l’Autre. Je suis le bas. Je suis le haut. Maintenant il ne reste plus (!) qu’à déterminer, trouver, décortiquer chacune des trois hypothèses, les comprendre, les appliquer dans notre vie et les faire comprendre et respecter. Avant cela je ne sais rien encore. Trouverai-je la sortie ?

 

Journée simple sans discourir de trop, le silence règne assez bien.

 

12 h 45. Repas avec la communauté, salle gigantesque pour faire prendre le repas à 95 moines et une dizaine d’hommes. Les femmes et les sœurs sont au réfectoire. Lecture en chair du journal. Insistance avec sourires non retenus de la part des moines sur les différentes étapes de l’arrivée et du séjour du pape en Angleterre.

« A l’arrivée de l’hélicoptère blanc du Pape un léger vent chasse les nuages noirs et pluvieux » sourires « une femme laisse tomber à terre son chapelet, le Pape s’arrête, se baisse et le lui ramasse, miracle » re-sourires.

Vers 3 h il se met à pleuvoir.

Après-midi de contemplation. Les arbres de la forêt avoisinant apportent plus que la lecture assidue. « les arbres de la forêt t’en apprendront plus que tous les livres … » (St Bernard).

La journée s’est déroulée sans même s’en apercevoir. Il est déjà l’heure du repas et je n’ai encore rien compris. Il a plu une bonne partie de l’après-midi et je suis resté dans ma cellule à écrire. Le vrai souvenir aujourd’hui ne restera que la célébration eucharistique bien belle et les vêpres où le tonnerre répond merveilleusement bien aux voix envolées des moines. Tout est simple. Ne plus penser à rien. Le repas du soir est pris au réfectoire : les gens bavardeurs, les nouveaux surtout. Cela est extrêmement pénible pour moi et j’ai envie de partir dans mon coin. Ce que je fais en attendant les complies.

Il pleut. Je quitte ma cellule et vais me réfugier dans l’église : le sentiment d’être vraiment à l’abri. Sortie des complies et rencontre avec le Frère potier qui me parle de lui, de son travail sans apparemment attendre une réponse. Ce qu’il n’aura du reste pas. Un quart d’heure se passe, je le salue et regagne mon coin après qu’il m’ai donné du travail pour le lendemain. Le labeur le plus bruyant de la communauté : couper du bois dans la forêt avec une tronçonneuse : ils appellent encore cela être bûcheron. Il a dû comprendre assez vite que le bruit m’incommodait. Je suis content et je vais me coucher.

21 h 00. Je me couche et m’endors, grande surprise, je n’entends absolument rien. Même ma respiration ne me parvient pas.

Je lis deux ou trois lignes sur l’eucharistie, sacrement d’une nourriture page 407 et ne peut aller plus avant. (cela aura duré une minute ou deux).

Un sommeil avec un rêve. Une sœur blanche m’emmène faire des courses. Je la suis et arrive dans un local à la taille de la quantité de choses à acheter. Elle reste sur le pas de la porte et trouve tout de suite ce qu’elle cherche. Je dois lui rapporter des objets en ferraille qui ressemblent à des présentoirs d’une utilisation douteuse, peut-être des sèches bouteilles, et ne les trouve que tout au fond de ce magasin. Il faut que j’en rapporte 10 et cela est très encombrant et pénible, je me pique de partout. En ramenant mon fardeau, je passe devant un stand où se vendent des livres qui n’ont apparemment aucune valeur mais j’en découvre 3 à l’intérieur de tout ce fatras qui ont une présentation nettement plus raffinée. La couverture est blanche façon parchemin, les en-tête et en-queue sont arrondis et sur le plat de couvrure  un liseré or à environ 1cm du bord du livre. J’en feuillette un, le prix est de 88 F pourtant il n’est pas bien épais. Je suis tenté de l’acheter mais je ne pense pas avoir assez d’argent. Enfin je ne vérifie pas vraiment, quelqu’un s’approche de moi et dans mon dos me dit « Ceci n’est pas à vendre« . Je regagne la sortie encombrée que je suis par mon fardeau. La sœur m’attend, me sourit et me dit « Cela est bien« .

Je la suis et me réveille. Il est 1h50. Je me lève, me lave la figure et me dirige vers l’église. A cette heure le nombre de psaumes est très impressionnant. Nous ne sommes que deux. J’en ressors à 3h 10 et vais me recoucher. Sommeil tranquille. Je me réveille à 5h 45. Il fait jour et les oiseaux chantent.

6 h 05. Ponctuellement tout commence à l’heure et se termine à 6 h 35. De retour dans ma cellule je range toutes mes affaires, bois quelques verres d’eau et me met à lire en attendant le petit déjeuner. Ceux qui assistent aux laudes ont droit de reprendre un café chaud ou un thé dans une cellule de 2 m sur 3 m. Cela réchauffe un peu. Il n’y a rien pour la sortie des vigiles.

8 h 00. Petit déjeuner copieux pour ceux qui le veulent.

Café

Confiture

Lait

Sucre

Thé

Fromage blanc

Pain

Beurre.

 

Depuis mon arrivée un merle est constamment perché sur la pointe du bâtiment où il y a l’entrée principale. Vu la qualité et l’assiduité de ses cris il est indéniable qu’il appelle une femelle pour lui faire des petits. Cela est agréable et fait sourire beaucoup de moines qui insistent sur le fait que cela dure depuis longtemps. Ce merle me fait rire aussi, tellement il a l’air sérieux et joyeux à la fois. Lorsqu’il aura trouvé, il ne cherchera plus. Il y a aussi un chien dans la cour, qui circule librement, mais qui ne recherche aucune caresse. Justement à 8 h 52 le chien vient d’arriver dans un camion avec un moine qui effectue des livraisons. De l’autre côté quelqu’un frappe à la machine. Les oiseaux gazouillent de partout mais leur chant bizarrement n’empiète pas sur la solitude. Cela la conforte plutôt. Je vais attendre 9h 20 dans le silence de la lecture.

9 h 20 – 10 h 00. Messe à la chapelle avec la communauté.

10 h 00. A cette heure « travail », le frère bûcheron trie son bois mais à cette heure là il n’est pas en train de couper. Cela sera plus calme. Le travail consiste à transporter les troncs et branches qu’il a découpés depuis plusieurs mois. Il déboise depuis près d’un an tous les jours. Il est souvent seul. Au fur et à mesure qu’il a abattu ses chênes, il entasse sur place le tronc débité ainsi que les branches rectilignes. Le bois servira à la menuiserie pour faire tables, portes, chaises et autres objets. Durant 2 heures le transport s’effectue sur l’épaule, sur une distance d’environ 100 m très accidentés. Environ cinq ou six arbres complets auront changé de place pour retrouver un tas déjà existant dans un lieu accessible pour un petit tracteur. Le bois sera ramené ainsi à l’Abbaye pour le chauffage de l’hiver.

Ensuite, retour et douche car nous sommes sales.

12 h 30. « Sexte ». Un certain nombre de gens de l’extérieur est présent, à 12 h 45 nous sortons par le chœur de l’église par la porte des moines qui donne dans la partie qui leur est réservée. Nous prendrons le repas avec eux, ce qui est une bonne chose et surtout toujours très impressionnant. Nous sommes plus de 100 et ne règne qu’une voix, le frère lecteur et à tour de rôle le chant de 100 fourchettes ou de 100 couteaux.

A la fin du repas, rencontre avec le frère potier qui s’avère très agréable à la discussion. A 14 h 20 il nous quitte pour aller tourner ses poteries.

Attendre un peu devant la librairie mais apparemment le frère libraire est retardé. A 14 h 45 il n’est toujours pas là et je regagne ma cellule. Je lis, écris et dors une petite heure. Il est actuellement 16 h 34’18 » et j’arrête 28″. Je sors.

18 h 05. Je suis de retour dans ma cellule après avoir vu le montage photographique réalisé par les moines sur leur monastère et visite à la librairie. Achat d’un livre.

18 h 15. Vêpres suivies tout de suite par le repas pris une fois de plus avec les moines dans leur réfectoire. 1/2 heure pour manger. L’habitude commence à venir. Au départ on se laisse toujours prendre par le temps. Il faut dire que les moines mangent beaucoup moins que nous et tout cela dans le même temps.

Soupe.

Barquette de hachis.

Poireaux + patates cuites.

Gâteau aux pruneaux.

Pomme.

Vin.

C’est un jour de fête. Nous célébrons Ste Blandine martyre et l’anniversaire de l’arrivée du Père Abbé.

 

20 h 30. Complies sous un orage et une pluie torrentielle. Le générateur d’électricité de l’abbaye saute et nous célébrons complies dans le noir sous les éclairs. Les chants grégoriens répondent au bruit assourdissant du tonnerre. Complies terminées, la pluie redouble. Le retour à la cellule sans pour cela hâter le pas me transperce les os. La cellule avait la fenêtre ouverte et je suis obligé de réparer tout ce dégât. J’en profite pour laver par terre. Les vêtements mis à sécher sur une chaise seront encore trempés pour les vigiles. La pluie cesse.

22 h 00. Je m’allonge et sombre dans un sommeil sans rêve ni tracas. Je n’entends plus ma respiration et ne me soucie vraiment plus silence. Je suis parfaitement calme.

Me réveille à 1 h 50 et me lève. Il ne pleut pas et ne fait pas trop froid. La fenêtre ouverte à 22 h n’a pas bougé et le rideau vert ne remue pratiquement pas. Aucun souffle de vent, tout est calme.

La nuit est très noire aucun bruit à l’intérieur du monastère. Quelques lumières de service veillent sur nos pas dans les couloirs sombres.

La chapelle est ouverte mais éteinte à l’intérieur car les moines ne sont pas encore arrivés. 2 h 05 la chapelle se remplie. Nous ne sommes, nous que trois. Les moinillons dorment et ne viennent qu’aux laudes. Je regagne ma cellule vers 3 h 15 et m’endors aussitôt pour 2 h 31 de sommeil. Réveil, s’habiller et se rendre à l’église. Toutes ces notes ont l’air complètement simplistes mais l’intérêt maintenant ne se situe plus au même endroit. Ce qui peut paraitre fatiguant ne l’est plus en soi et le réel plaisir ne se situe plus que dans l’église. C’est elle qui apporte la paix et aucune autre chose extérieure et matérielle. C’est très étrange comme sensation.

Petit déjeuner et attendre la messe eucharistique dans sa cellule à partir de 8 h 20 jusqu’à 9 h 20. Une heure d’attente qui se passe à s’expliquer quelques mots grâce au vocabulaire chrétien. La Bible a tendance à s’éclairer. Tous les mots à signification abusive de la part de ceux qui les emploient redeviennent beaucoup plus justes.

Après la messe eucharistique, regagner sa forêt avec le moine ermite pour l’aider à transporter encore quelques stères de bois. Lui ne vient pas au monastère et se débrouille même pour sa nourriture. Il est en même temps prêtre ce qui lui simplifie sa vie eucharistique ainsi que sa position d’ermite.  La première bûche a tendance à meurtrit l’épaule mais au second voyage la ruse est d’en prendre des moins grosses mais trois à la fois. Aussitôt plus aucune douleur, le poids est trop lourd.

Revenir par le sentier vers le monastère pour la douche et l’attente impatiente de sexte. Ensuite, repas en communauté avec les moines et s’étonner en pensant que jamais une femme n’aura mis les pieds dans cet endroit et qu’aucune n’y mettra vraisemblablement les pieds. Repas en vingt minutes le record absolu jusqu’ici et encore, bien que les moines gentils, nous ont attendu avant de sonner le départ du réfectoire.

A la sonnerie tout le monde se lève, range ses affaires et s’en va retrouver la solitude de sa cellule pour quelques instants avant de commencer le travail.

Essayer par la forêt d’atteindre le barrage loin de 5 ou 6 kms, mais l’état du chemin, le soleil et la fatigue du matin font rebrousser chemin malheureusement (l’ayant vu après) à 300 m ou 500 m du but. Enfin tant pis. Retour douche. Pages d’écriture. 2 ou 3 verres d’eau et lecture jusqu’aux vêpres.

Ce sois nous ne dînerons pas avec les moines, c’est une journée self-service. C’est-à-dire qu’au réfectoire ils prennent la place qu’ils veulent. Pour demain leur compagnie ne sera pas non plus possible le vendredi, certainement en mémoire de la mort du Christ, un vendredi 13 est un jour de silence complet. D’où pas question d’être avec eux. Bien que nous ne parlions pas à table mais leur laisser leur propre silence qui n’a certes pas ma même qualité que le nôtre.

18 h 15. Vêpres et ce soir exceptionnellement souper à 19 h.

Nous soupons entourés d’une cinquantaine de sœurs. Toutes ces femmes dégagent une joie de vivre et une franche beauté. Certaines portent encore la coiffe avec la cornette entourant le visage. Je les plains franchement, elles doivent vraiment souffrir de la chaleur. Elles ont toutes un agréable sourire et une seule, depuis que je suis au monastère, me sourit et me dit vraiment bonjour. Peut-être parce que le 1er petit déjeuner, je lui ai débarrassé ses affaires, bol et assiette et lavés. Cela ne lui arrive certainement pas tous les jours. Il faut dire que le 1er jour elle était toute seule et attendait ses autres sœurs et mon ordre d’arrivée au réfectoire me plaça en face d’elle. Elle me fit mes tartines. Je n’avais pas non plus l’habitude qu’une sœur me rende ce genre de service. Tout le monde sert les autres. C’est assez doux. Aujourd’hui c’est elle qui a lu l’Evangile à l’église et j’ai été beaucoup surpris. Les moines pas. Je vais dormir. Je sors de complies. J’écris au lit et j’ai tardé dans la cour à regarder et écouter les oiseaux. Il est 22 h 02 et il faut se lever à 1 h 50, alors salut.

1h 55. Réveil. Les oiseaux dorment maintenant. Seul le hibou veille, il imite le cri de la souris, son repas favori. Une se fera bien prendre, le cercle se fermera (écriture illisible) dans quelques heures.

2h 05.  Les vigiles nous attendent, elles sont là présentes avec le cortège de psaumes tous les uns plus beaux que les autres. Il fait bien nuit et tout est calme. S’installer dans l’église et attendre les autres sans impatience, mot qui n’a plus tellement de sens. Le calme, encore le calme tout est serein.

3 h 10. La sortie et regagner son coin. Toujours les mêmes mots, il n’y en a pas d’autres mais aucune habitude. Tout est calme. Dormir plus profondément encore mais cela devient difficile. La boucle est bouclée. Savoir que l’on va retrouver le bruit et les visages. S’endormir à 4 h pour se réveiller à 5 h 50 comme à l’ordinaire et tout recommencer sans désordre apparent. Mais la suite n’est pas si simple car nous sommes vendredi et une mésentente au niveau des horaires nous fait rater la messe qui devait avoir lieu à 6 h 45. À 46 personnes alors attendre, boire un café dans la petite pièce réservée à cet effet. Mais malheureusement juste après le café, la messe est déjà terminée. Alors ne plus très bien comprendre et rentrer directement sur Paris avec tout ce que cela comporte de décalage.

Recevoir Dieu en pleine poitrine et ne pas souffrir. Trouver le calme nécessaire et complètement inconnu. La respiration n’est plus la même et le dialogue n’est pas des plus simple. Retrouver les lieux, intérêts, plaisirs, mais aussi le sentiment de perdre quelque chose de très fort. De très envahissant, de très doux.

22 novembre 1981

John Cage.

 

Une réflexion sur “LE CAHIER DE LA PIERRE QUI VIRE

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