Yonaiyama Akihiro (French / Japanese version)

J’ai une tendresse particulière pour cette interview réalisée en 2007. J’avais eu la chance d’être présenté à Monsieur Yonaiyama à la fin d’un de ses spectacles joué dans un grand théâtre près de Tokyo. Je me souviens encore très nettement de ce que j’ai pensé à ce moment précis : Je suis allé trop loin. La majesté du lieu, la perfection du show auquel j’avais assisté au milieu d’un public venu en nombre, et tous ces gens qui attendaient dans le grand hall d’entrée de pouvoir féliciter le metteur en scène. Je n’étais pas fier, loin de là, j’aurais bien pris mes jambes à mon cou, mais déjà l’assistante du metteur en scène me présentait au maître. Je ne sais plus ce que j’ai bredouillé lorsqu’il m’a demandé en quoi consistait mon projet. Mais le plus simplement du monde, un rendez-vous fut fixé pour une rencontre en privé. J’étais aux anges. 

Daniel : Je m’intéresse au rêve que chaque personne porte au fond de soi et je souhaite vous questionner sur ce thème…

Yonaiyama Akihiro : Je suis né sourd de parents sourds et mes parents ont eu une grande influence sur moi. J’ai appris à aimer le cinéma et la peinture. Et surtout, à l’âge de 13 ou 14 an,s j’ai vu un film de Jean Cocteau « La belle et la bête » qui m’a énormément touché, je me rappelle encore très bien ce que j’ai ressenti en voyant ce film.

Lorsque j’ai vu ce film je me suis dit en moi-même qu’un jour j’aimerais bien réaliser quelque chose comme Jean Cocteau. Ce n’était pas encore très précis dans ma tête mais j’ai eu envie de cela.

J’ai reçu également l’influence d’Antonin ARTHAUD que j’ai beaucoup lu et que j’aime. J’ai toujours porté en moi des envies très fortes de pouvoir réaliser un jour ce genre de créations. Une fois devenu adulte, j’ai formé une compagnie théâtrale et à partir de là j’ai vraiment pu commencer à exprimer tous ces sentiments qui étaient en moi.

Je suis également influencé par les arts de la culture Japonaise comme par exemple le Bunraku et le Kyogen dont j’ai tiré énormément d’enseignements. Maintenant  je ressens le besoin de faire de mes créations des ponts qui permettent les rencontres entre le Japon et le monde extérieur. Dans ce monde, le théâtre et le cinéma s’adressent essentiellement aux Entendants . Je suis heureux d’être Sourd, mais moi, en tant que Sourd j’aimerais créer une nouvelle forme d’art pour échanger avec les Entendants, apprendre, évoluer.

D : Pensez-vous que chaque personne sur Terre porte à l’intérieur de soi, un rêve essentiel, un rêve unique à réaliser le temps d’une vie ?

Y : Oui tout à fait je le pense. Je sens que notre corps humain n’est qu’un « emprunt ». Un emprunt pour une âme qui vient l’habiter. La naissance et l’existence sur cette Terre sont des choses vraiment très mystérieuses.

Je ne sais pas d’où vient cette âme, ni ce que je suis, j’ai une conscience mais au fond qu’est-ce que la conscience ?  Il faut distinguer la spiritualité, c’est à dire la vie de l’âme, de la vie du corps. Le corps vit sa propre vie. Il y a des gens gentils, d’autres mauvais, plein de gens différents sur Terre mais le corps de chacun vieilli, et au bout du compte pour chacun la mort du corps est semblable. Ce qui va créer nos histoires, notre « dramaturgie », ce sont toutes ces différences entre les âmes.

D : Dans votre travail de mise en scène vous côtoyez des comédiens, vous arrive t’il de deviner les rêves cachés de chacun ?

Y : Oui, je sens bien que les comédiens avec lesquels je travaille portent tous en eux une raison à leur présence sur Terre.

Donc le travail d’écriture du scénario est à chaque fois assez délicat pour moi si je veux respecter chaque acteur. Ils sont tous différents, aussi quand j’écris un rôle pour un comédien, je réfléchis « est-ce que ce personnage convient vraiment bien à ce comédien ? Est-ce que c’est un rôle qui est proche de lui ou au contraire loin de lui ? »

Si le rôle en question est loin de lui, je respecte avant tout le caractère de l’acteur et pas forcément le scénario que j’ai pu écrire. Ma priorité va toujours au caractère des acteurs, j’entrevois ainsi la raison de leur présence sur Terre.

D : Pensez-vous qu’une personne artiste soit une personne beaucoup plus libre que les autres dans la vie quotidienne ? Dans sa pensée et aussi dans son corps, est-ce quelqu’un qui se sent plus libre que les autres ?

Y : Je sens que les artistes sont un peu plus libres mais en même temps, en tant qu’artistes ils ont leurs limites, ils se confrontent à leurs limites, en deviennent sensibles. Pour le théâtre par exemple il est nécessaire que l’artiste procède en lui-même à un travail de destruction avant de pouvoir envisager toute nouvelle création. Les artistes semblent libres mais en même temps ils ne le sont pas. Le chemin de la véritable liberté commence par une destruction.

D : C’est la même chose dans les arts martiaux. Il est nécessaire d’accepter de détruire ce que l’on a appris auparavant afin de recevoir un nouvel enseignement.

Y : Oui c’est exactement cela. Moi je n’aime pas m‘attacher au passé, je préfère avancer. Pourtant j’ai souvent peur car j’avance vers ce que je ne connais pas, vers l’inconnu, mais je cherche la confiance et le courage pour détruire le passé.

Il y a des gens conservateurs qui aiment maintenir la tradition et d’autres, qui au contraire sans cesse préfèrent avancer. Il est difficile de juger lesquels ont raison ou tort. Je pense que les deux sont importants.

D : La majorité des gens que l’on peut rencontrer dans les grandes villes modernes comme Paris et Tokyo ont une vie un peu plate, sans surprise, une vie répétitive…Si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui a une vie un peu triste, monotone quel serait-il ?

(visage désespéré de YONAIYAMA-San et rires de l’assistance)

Y :  Un conseil ? Toutes les personnes sont différentes, ont une vie différente, un travail différent, une façon de penser différente. Peut-être que pour chaque personne il y a un milliard de mots qui conviendraient bien… Donc je ne peux pas choisir un seul mot. Mais je peux leur donner le conseil de toujours regarder devant-soi. C’est de cette façon que l’on peut faire de nouvelles découvertes.

Et surtout toujours avoir des questions, « Pourquoi la guerre continue t’elle toujours ? Pourquoi le cinéma existe t’il ? Pourquoi Tokyo ? Pourquoi Paris ? etc… ». Si l’on porte nos propres questions, c’est le signe que l’on regarde devant.

Lorsque l’on cherche la stabilité, quelque chose de rassurant, une protection, alors notre envie d’avancer s’arrête. L’important serait plutôt de croire en notre propre capacité pour que notre envie d’avancer ne puisse pas s’arrêter.

D :  Faites-vous une différence entre avoir un rêve et avoir des désirs ? Pensez-vous qu’il soit possible que tous les gens aient le même rêve ?

Y : Il est bien difficile de répondre. Il s’agit pour moi de deux choses différentes. Entre le rêve et le désir il y a le conflit. Pour réaliser mon rêve il est possible que je sois obligé de sacrifier certaines choses et comme il faut sacrifier cela fait naître un conflit en moi. Quand on parle de désirs, il existe beaucoup de formes de désirs.

Mais pour réaliser mon rêve, ai-je le droit de faire même des choses mauvaises ? Ai-je le droit de rendre mon cœur malade ? C’est cela qui est difficile. Bien sûr, nous souhaitons réaliser notre rêve mais si nous nous laissons guider par nos désirs, lorsqu’on arrive enfin à réaliser notre rêve alors on le perd ! Ensuite pour créer de nouveaux rêves on produit de nouveaux désirs et les choses se répètent. C’est pour cela que je pense qu’entre rêve et désirs existe le conflit. Quant à savoir si tout le monde peut partager le même rêve, je ne pense pas que cela soit possible à 100 %  car nous sommes tous si différents, il y aura toujours de petites nuances entre les gens.

Au Japon il y a un proverbe qui dit : « Ceux qui ont le même cœur se réunissent »

« loui wa tomo wo yobu ».

Nous sommes tous nés seuls et nous mourrons seuls.

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L’interview de Monsieur YONAIYAMA AKIHIRO s’est déroulée en mars 2007 dans les locaux de la fondation TOTTO à Tokyo en présence de Melle NORIKO, de Melle MORIMOTO et d’une interprète en langue des signes japonaise. JE REMERCIE LES MEMBRES DE LA FONDATION TOTTO ET DU JAPAN DEAF THEATER POUR LEUR ACCUEIL CHALEUREUX.

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aniel:私は人々が心の奥深くに秘めている夢、に興味があります。インタビューはそのテーマで行いたいと思います。

米内山:私は生まれつき、ろう者です。両親の影響で映画や絵画を好きになるようになりました。特に覚えているのは13歳か14歳の頃に見た映画、ジャン・コク トーの「美女と野獣」です。非常に感動した事を今でもはっきりと覚えています。

映画を見た時、「自分もいつかジャン・コクトーのように表現したい」と思ったんですよ。確たるアイデアがあったわけではありませんが、何か彼のようなことをやってみたいと思ったわけです。とても好きでよく読んでいたアントナン・アルトーの影響もあります。彼のような表現者になりたいといつも思っていました。

その後大人になってから劇団を立ち上げ、その頃から自分の欲求を実現する事が出来るようになりました。

日本の伝統文化、例えば文楽だとか狂言からも沢山の事を学びました。今私は、日本と外国、違う文化の架け橋になるような活動をしなくては、と思っているところです。

現在、演劇や映画の多くは耳の聞こえる人へ向けて制作されています。私は耳が聞こえなくとも幸せですが、ろう者として出来る事、耳の聞こえる人と一緒に共感し学ぶための新しい芸術分野を作ってみたいのです。

aniel:あなたは全ての人間には夢があり、それを実現するために生きていると思いますか?

onaiyama:全くその通りだと思います。私は人間の身体は「借り物」だと思うんです。魂が姿を得るための借り物だと。出生や人間のあり方というのは、実に神秘的な世界ですから。

私たちは魂がどこからやって来るのか、自分が一体何者なのかも知りません。時に意識を強く持つ事はあっても、その「意識」とはどこからやってくるのか?魂と身体は全く別物だと認識するべきです。身体はいずれ滅びます。優しい人、意地悪な人…世の中の人間は皆それぞれ違うけれど、身体は平等に滅びていく。様々な歴史、ドラマを生むのは身体ではなく魂なのです。

aniel:あなたの演出によって、舞台で演じる役者たちは夢をかなえているでしょうか?

onaiyama:はい。彼らはみな、使命があって生まれてきたと言う意識を持っていると思います。シナリオを書くときは、毎回かなり慎重に行います。役者たちは皆それぞれ全く違う個性なので、そこをリスペクトしなくてはなりません。「はたしてこの役はこの役者に合うだろうか?この役は役者のパーソナリティと似ているのか、それともその反対だろうか?」と悩むこともあります。

もし、役があまりにも演じる役者とかけ離れる場合は、書きたいシナリオよりも役者の性格を重視します。まず彼らの人となりが一番重要ですから。私は、彼らが人生において何を使命と感じているのか予想するのです。

aniel:あなたは、アーティストは他の人々よりもずっと自由だと思いますか?例え ば、考え方であるとか生き方が自由であると思いますか?

onaiyama:(アーティストたちは他の人と比べて)少しは自由かもしれませんね。でも同時にアーティストには制限もあります。仕事が繊細になるほど制限があるのです。例えば演劇では、新しい作品を見据える前に自分自身を壊さなくてはいけない。アーティストたちは自由に見えてもそうではないのです。本当の自由とは破壊したに見えるものです。

aniel:まるで戦争と同じですね。新しい教育を植えつけるために以前学んだ事を破壊する。

onaiyama:全くその通りです。私は過去にこだわるのは嫌いで、常に前進したい性格なのですが、それでも経験がない事に挑戦するのは怖いと思う事もあります。でもそんな時は、過去にこだわらないように自分を信じて勇気を奮い立たせます。

保守的で伝統を守りたい人もいれば、全く反対の人もいる。どちらが正しいかは難しい判断です。私はどちらの考え方も大切だと思います。

aniel:パリや東京などの大都会で出会う人々の多くは、単調でつまらない生活を送っている人が多いですね。そんな人々へなにか助言はありますか?

(米山さん、困り顔で苦笑)

onaiyama:助言ですか…?人はみなそれぞれですね、違う人生、違う仕事、違う考え方がある。1人の人間を説得するのに数え切れないくらいの言葉が必要でしょう。だから到底一言では言えません… 私に出来る助言と言えばとにかく「いつも前を向いていよう」という事ですね。前を見ていれば新しい発見がある。新しい疑問も湧いてくる。「何故戦争はなくならないのだろう?何故映画が存在するのだろう?何故パリが好きなのだろう?」、など…。前を向いている時は疑問が湧くものです。

安定したい、安心したい、守られたいと思うと前には進めません。前に進みたければ可能性を信じる事です。

aniel:夢と欲に違いはあると思いますか?また、人々がみな同じ夢を持つ事は可能だと思いますか?

onaiyama:難しい質問ですね。2つの言葉の間には葛藤があると思います。自分の夢を実現するためには犠牲にするものもある。犠牲にする事で葛藤を生む。欲求については色々な欲がありますね。夢を実現するためには、時には悪い事もしなければいけないのか?自分の心を犠牲にしてまで?ここが難しい問題です。私たちはみな夢を実現したいでしょう。でも欲求のままに突き進んだ末に夢を実現しても、その時すでに夢は失われているのです。それでも夢や欲求に終わりはなく、いつまでも続いていく。そこに私は夢と欲の葛藤を見るのです。そして「人々がみな同じ夢を持つ事が可能か」という質問ですが、100%可能だとは言えないでしょう。何故なら人はみなそれぞれ違うから、夢のニュアンスもそれぞれでしょう。

日本のことわざに「類は友を呼ぶ」というのがあります。

私たち人間はみな同じ。孤独に生まれ、死ぬ時も孤独だという事です。

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