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Daniel : Robert j’aimerais recueillir ta parole à propos de la pratique du zazen mais cet entretien va probablement nous faire dériver vers d’autres sujets, ce qui est souhaitable. Pour commencer notre conversation, dis-moi comment tu as découvert le zazen.
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Robert : Et bien, je m’étais tout d’abord inscrit à un cours de yoga, mais ça ne me satisfaisait pas.
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Daniel : Que cherchais-tu en pratiquant le yoga ?
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Robert : Je pense que je cherchais le silence.
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Daniel : Tu cherchais déjà le silence.
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Robert : Et la prof qui était très sympa, m’a dit ça ne vous suffira pas ! Elle avait déjà vu que ça n’était pas exactement ce qu’il me fallait.
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Daniel : Tu as suivi longtemps ce cours de yoga ?
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Robert : Un an ou deux. C’était bien mais pas exactement ce que je cherchais. À cette époque (vers 1955) je travaillais au commissariat de l’énergie atomique (CEA), j’étais au bureau des assurances en qualité d’employé qualifié, c’est aussi l’époque où je me suis marié. J’arrivais au maximum du niveau employé qualifié, mais je ne pouvais pas passer au niveau cadre car je n’avais aucun diplôme.
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Daniel : Quel âge avais-tu quand tu t’es marié ?
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Robert : J’avais vingt-neuf ans. Donc mon patron m’a dit que j’avais besoin d’une formation pour évoluer dans ma carrière, tu vas voir, ça part de loin mais ça s’explique. J’ai suivi une formation de cadre administratif pendant deux ans tout en continuant à travailler. Une fois cette formation terminée, le chef du personnel m’a proposé le poste de responsable de formation pour le siège du CEA. J’ai accepté la proposition et j’ai eu comme patron direct, un certain Jean Jordi, qui était un type extraordinaire, il était responsable de la formation pour l’ensemble du CEA, alors que moi j’étais cantonné au siège.
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Donc, Jean Jordi me conseille de me former aussi en tant qu’animateur, car je devais également animer des stages. C’était l’époque des années soixante-dix où dans les entreprises on mettait l’accent sur le développement personnel. J’ai même suivi des cours de cri primal. Je faisais tellement de formations, j’étais tellement passionné, qu’au fond de moi je commençais un peu à dérailler.
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Daniel : Dérailler, c’est à dire ?
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Robert : C’est à dire que je ne me sentais pas bien, j’étais déséquilibré mentalement, tout ça a été trop rapide pour moi. Je n’avais pas l’habitude car mon travail habituel consistait à faire de la rédaction administrative. Par exemple, une des premières choses que mon patron m’a demandé c’est de réaliser une publicité pour la formation, à destination des collaborateurs de tous niveaux, il m’a dit que je disposais de tous les moyens nécessaires y compris la vidéo. Donc je présentais le programme des formations avec la télé (rires), j’étais mort de peur, pourtant des gens sont venus me voir en me disant : Vraiment tu es super ! Tu as l’air tellement à l’aise ! (rires).
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C’est alors que mon patron me dit qu’il va participer à une sesshin de zazen en Ardèche, au centre zen du Taillé, chez le maître Jyoji, nous étions alors en février 1975, il me dit : tu viens avec moi, si tu es fait pour ça, tu restes, si tu n’es pas fait pour ça tu pars. Et je suis resté huit jours.
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Daniel : C’était brutal ! (rires) Tu as trouvé le silence que tu recherchais !
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Robert : Et j’ai tenu ! Je me rappelle que j’étais assis à côté d’une femme qui avait environ soixante-dix ans, elle était Suisse, je pense que c’est elle qui m’a soutenu pendant cette sesshin. Je n’ai pas eu trop mal aux jambes mais alors avec ma tête, c’était un vrai problème, ça défilait, ça défilait.
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Daniel : Les pensées défilaient.
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Robert : Donc, ça a commencé ainsi, ensuite j’ai fait plusieurs sesshin dans ce même lieu. Mais j’avais vraiment besoin de trouvé un lieu de pratique dans Paris. J’en ai parlé à plusieurs personnes qui m’ont orienté vers un Père Jésuite, le Père Gouvernaire qui était à Clamart. C’était un homme très âgé qui ne recevait pas facilement les visiteurs mais il a accepté de me recevoir. Je suis resté près d’une heure avec lui, je lui ai expliqué ce que je recherchais et il m’a conseillé d’aller rencontrer le Père Breton, qui était prêtre de l’église Saint-Merri à Paris. C’était en 1983, il venait de démarrer des séances de zazen dans la crypte de Saint-Merri, il n’avait pas encore de locaux. Donc nous sommes allés le voir, moi et mon patron, nous avons médité à ses côtés.
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Daniel : Lorsque tu commences à pratiquer le zazen, que pense ton entourage, on te prend pour un fantaisiste ?
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Robert : Non, non, certains veulent faire du sport, moi j’ai dis je préfère faire ça. Et ça m’allait bien, c’était une pratique difficile mais elle arrivait à propos dans ma vie. J’ai perdu ma mère à l’âge de neuf ans et j’ai été, comment dirais-je… livré à moi-même un peu tôt, même si bien sûr je suis resté avec mon père.
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Daniel : Lorsque tu rejoins le Père Jacques Breton pour la pratique du zazen, son petit groupe rassemble combien de personnes ?
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Robert : Nous étions environ vingt-cinq ou trente personnes (1985).
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Daniel : Les participants étaient jeunes ?
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Robert : Il y avait tous les âges, et je me rappelle qu’il y avait un type de soixante-quinze ans, je me disais mais qu’est-ce qu’il fait là le vieux ? Il est fou ! (rires)
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Le Père Jacques Breton avait également trouvé un couvent près de Fontainebleau dans lequel on pouvait organiser les premières sesshins. Je me rappelle que Jacques Breton m’avait demandé d’accueillir Eizan Rôshi (moine responsable du monastère Ryutaku-ji.) qui arrivait du Japon pour diriger notre sesshin, j’étais donc chargé de l’attendre à Paris et de l’accompagner en voiture jusqu’à Fontainebleau.
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Nous étions hébergés dans un couvent, c’était la première fois que les religieuses rencontraient des pratiquants de zen et elles avaient prévu pour les repas de la nourriture en grande quantité, le Rôshi disait mais c’est beaucoup trop ! (rires)
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Ensuite, Jacques Breton a dit, maintenant c’est à nous d’aller méditer au Japon. Alors nous sommes partis au Japon, nous étions un groupe d’une douzaine de personnes, c’était bien.
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Daniel : Penses-tu avoir été proche de Jacques Breton ?
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Robert : Oui. Je me souviens d’une période de sesshin, dans un silence total, je marchais dans un couloir, nous nous sommes croisés, il a continué sa marche puis est revenu vers moi, il m’a embrassé et il est reparti. Il y a des choses dans le zen, c’est fort.
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Daniel : Vous arriviez à avoir des conversations tous les deux ? Il t’a apporté beaucoup ?
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Robert : Oui, beaucoup sur un plan spirituel, par exemple Jacques Breton disait à propos du péché, le péché c’est lorsque tu te tiens en dehors de ton itinéraire. Je me souviens aussi de la dernière fois que je l’ai vu au zendo Quincampoix, il nous a dit : si vous êtes ici c’est que vous êtes tous des sensibles, n’oubliez pas l’amour entre vous.
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Daniel : Si tu penses à tes très nombreuses heures de pratique du zazen (Robert pratique le zazen depuis cinquante ans) depuis le tout début jusqu’à aujourd’hui, comment as-tu évolué dans ta pratique, y a-t-il eu des phases, des périodes différentes ?
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Robert : Oui il y a eu des phases, parfois des phases difficiles, mais je n’ai jamais eu l’intention d’abandonner, c’est comme si ça m’était nécessaire.
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Daniel : Les gens de ton entourage te posaient-ils des questions, avaient-ils envie de savoir ?
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Robert : Non, sauf mon fils, Pierre, je l’ai emmené à une sesshin, il a été intéressé et il pratique encore.
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Daniel : Ce n’était pas un peu frustrant pour toi qu’il y ait peu de questions ? De ne pas pouvoir en parler et échanger …
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Robert : Non, ça ne me paraît pas nécessaire.
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Daniel : Ça ne paraît pas nécessaire, ta réponse est intéressante …
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Robert : Parce que je me dis qu’ils ont leur vie et que je n’ai pas à m’imposer. S’ils sont intéressés, ils peuvent toujours me poser des questions.
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En fait, je suis toujours en recherche, je suis parti de rien et petit à petit, j’ai eu beaucoup de chance de rencontrer le zen …
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Daniel : C’est une question que j’avais envie de te poser, ça aurait été quoi ta vie sans le zen ? Ça aurait peut-être été la même vie mais sans le zen ?
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Robert : Ou bien une vie faite de trop d’excès.
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Daniel : Ton voyage au Japon t’a apporté beaucoup ? Était-ce simplement une curiosité intellectuelle ou as-tu reçu un enseignement ?
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Robert : Il faut dire que Eizan Rôshi avait une personnalité extraordinaire, il avait, comment le décrire … une délicatesse, c’était fantastique. Je me souviens d’un tête à tête avec lui, au cours d’une sesshin à Saint-Gervais. Je m’assois face à lui et la première chose qu’il me dit avec l’aide d’un interprète : Vous êtes léger aujourd’hui c’est incroyable non ?
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Daniel : Je sais que tu aimes aller dans les églises, quel est le lien entre ta pratique du zazen et ta présence dans les églises ? Est-ce que l’un et l’autre se nourrissent mutuellement ?
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Robert : Tout d’abord je dois dire que la prière à l’église ça n’est pas mon truc. Moi ce qui me plaît à l’église c’est le silence. Jacques Breton m’avait posé cette question : pourquoi es-tu venu au zazen ?, je lui ai répondu : parce que je n’arrive pas à prier, alors il m’a dit : lorsque tu passes devant une église, si tu as envie d’entrer tu entres, tu t’assois, tu ne fais rien et au bout d’un moment quand tu en as marre alors tu sors, c’est ça la prière.
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Je crois que le zazen m’encourage à approfondir ma relation avec l’Église. J’ai beaucoup plus conscience d’être en face de gens spirituels qu’avant.
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Daniel : C’est très intéressant !
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Robert : La pratique du zazen encourage à approfondir sur la spiritualité en général.
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Daniel : Ça veut dire quoi ?
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Robert : Ça n’est pas du domaine matériel. Ça permet d’entrer dans une autre dimension.
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Daniel : Il est difficile de poser des mots pour exprimer ça.
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Robert : À l’église je connais une femme qui peut rester seule en silence une heure ou deux, c’est une démarche assez proche du zazen.
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Daniel : Pour toi, ce serait comment un zazen réussi ?
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Robert : Je pense que ça n’est jamais réussi (rires), il y a toujours des difficultés.
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Daniel : As-tu étudié les textes du Bouddhisme zen ?
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Robert : Non, moi ce que j’aime c’est entrer dans le silence. Pour moi la solution est à l’intérieur. Je médite tous les jours, si je ne le fais pas ça me manque. Moi j’ai une tendance à culpabiliser, alors si je ne médite pas, je me sens en faute. J’ai dit ça un jour à un religieux, un Dominicain, j’avais été me confesser, il m’a dit que la culpabilité ça n’est pas inné, ça vient de l’éducation.
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Daniel : Si tu ne médites pas, tu as tendance à culpabiliser…
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Robert : Oui, en fait je suis très faible, je me projette en avant pour éviter d’avoir peur, j’ai besoin d’avoir un projet.
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Daniel : N’est-ce pas à l’envers du zazen de se projeter en avant ?
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Robert : Oui, car le zazen c’est ici et maintenant. Mais le zazen m’équilibre, me ramène à la réalité. Mon père disait que j’étais un rêveur et il avait peut-être raison, le rêve me confortait, je m’imaginais des choses qui m’évitaient la misère du présent.
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À propos du rêve, j’ai eu beaucoup d’amis dans ma vie, peut-être que je leur apportais une forme de rêve, en moi ils pouvaient rêver, et eux-aussi m’apportaient du rêve.
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Daniel : Si je comprends bien, l’un et l’autre vous vous empêchiez de rejoindre le présent.
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Robert : Voilà. Ça paraît difficile de dire ça en fin de vie, mais pour moi c’est important.
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J’ai réalisé quelque chose grâce à tous ces gens que j’ai connus, tous ils me répétaient : c’est formidable, toi tu parles… Effectivement moi je parlais et je les incitais à parler aussi. Car ils ne parlaient pas d’eux-mêmes. Moi je n’avais pas l’esprit critique, je les écoutais simplement.
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Daniel : Oui, tu offres ta confiance et les gens ressentent une envie de te parler.
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Robert : Un jour, un homme est venu vers moi, je ne le connaissais pas plus que ça, il me dit, on peut prendre un café ? Alors on a parlé et la première chose qu’il m’a dit : Je vais me suicider. Je lui dis, non tu ne vas pas te suicider car tu as une famille, des enfants, on a parlé de ses problèmes et il ne s’est pas suicidé. Je me dis que c’est curieux, en faisant du zazen la parole libère. Alors que dans le zazen on ne parle pas.
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Daniel : C’est intéressant ! Dans le zazen on ne parle pas … Es-tu certain qu’il n’y a rien qui parle en nous ?
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Robert : Si, si. Quelque chose émane de nous. Et qui n’existait pas avant, ça j’en suis certain. Quand j’étais enfant, je me sentais seul, j’entendais les adultes parler et je me disais, plus tard je parlerai comme eux. Cette facilité qu’il avaient de parler me donnait terriblement envie, mais j’étais extrêmement timide.
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Quand je suis devenu bénévole auprès des personnes en deuil, le président de l’association nous proposait des formations sous forme de stages et un jour, à l’occasion d’un stage il m’a demandé d’écrire un texte sur la mort de ma mère. Un exercice vraiment pas facile, mais j’ai tout de même écrit. Il m’a dit, ça n’est pas assez long, j’ai donc continué à écrire. Je vois deux choses dans ton texte m’a-t-il dit : Tu as eu une mère aimante et idéalisée, et une grand-mère menaçante et culpabilisatrice. Avec ça, t’es mal barré dans le monde des femmes… (rires) C’est un homme qui m’a vraiment impressionné, il était d’une grande simplicité. On ne sait pas pourquoi on se trouve en rapport avec les bonnes personnes à un moment donné. Ça vient peut-être du travail que l’on fait sur soi.
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Daniel : Et des chemins que nous choisissons dans notre vie. C’est en rapport avec une question que je pose systématiquement à tous mes interlocuteurs, penses-tu que chaque personne, depuis l’enfance, porte en elle un rêve à réaliser dans sa vie ? Une mission, comme une graine que nous avons en nous et qui germe, même sans en avoir conscience …
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Robert : Oui, je crois. Je pense que notre destin est tracé. Jacques Breton disait : Si tu es bien dans ta vie, alors tu es sur ton itinéraire, si tu as un parcours chaotique, avec des échecs, c’est qu’il n’est pas fait pour toi. Alors tu ne fais rien et tu attends. Tu ne prends pas d’initiative et tu attends. C’est difficile.
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Daniel : Ça demande déjà d’avoir une certaine sagesse. La majorité d’entre-nous sommes dans la réaction, nous réagissons aux événements. Laisser passer c’est vraiment de la sagesse.
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Robert : Je suis catholique et particulièrement attiré par Sainte Thérèse d’Avila qui dans sa prière quotidienne met l’accent sur le côté éphémère de la vie « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe » ou encore « Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n’a rien de stable, tout passe. » Ces quelques mots, quand je les ai lus, m’ont ramené brusquement à la réalité. J’ai pris alors conscience que je vivais dans un rêve permanent pour éviter de souffrir. C’est l’équivalent du « ici et maintenant » du bouddhisme zen.
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Donc, petit à petit, dans la méditation je m’efforce d’« être là » sans plus, c’est difficile mais je constate tout de même des progrès. Cela n’empêche pas la peur de l’avenir d’être toujours un peu présente en moi, en particulier avec l’approche de ma fin de vie.
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Daniel : La peur devient plus forte ?
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Robert : Non, mais elle se rappelle à moi de temps en temps.
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Daniel : Elle est toujours présente ?
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Robert : Oui, mais c’est la vie.
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Daniel : Beaucoup de gens pensent, peut-être à tort, qu’une pratique spirituelle régulière comme le zazen nous rend plus courageux ou nous met dans une bulle qui nous préserve de la peur.
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Robert : Je pense que j’ai toujours un peu peur au fond de moi, mais ça s’est tout de même corrigé avec le zazen qui m’a aidé à revenir vers la réalité et à ne plus me bercer d’illusions.
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Daniel : La pratique du zazen te recentre, elle te dit regarde déjà ce que tu as autour de toi et arrête de penser à l’avenir. L’objectif du zazen n’est peut-être pas de s’affranchir de la peur, peut-être qu’on se trompe complètement.
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Robert : Aujourd’hui je me dis que ce qui va m’arriver, je ne le connais pas, et peut-être que ce sera quelque chose de très bien.
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Daniel : Si ce n’est pas pour la prière, qu’est-ce qui t’amène dans les églises ?
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Robert : J’aime y rencontrer des gens qui sont différents de moi.
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Daniel : Mais des gens tu peux en rencontrer ailleurs, par exemple au café du coin.
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Robert : Oui mais c’est différent, il y a une autre dimension. C’est comme lorsque je suis allé dans une mosquée. Quand j’étais bénévole auprès des personnes en soins palliatifs, nous voulions savoir ce qui se passait dans d’autres cultures, après le décès des personnes, si la famille était soutenue. Certains sont allés à la synagogue, moi je suis allé à la Grande Mosquée de Paris. Dès que je suis entré j’ai rencontré un homme et je lui ai expliqué le sens de ma visite, il m’a dit qu’ils avaient des équipes formées pour s’occuper des familles, donc je l’ai remercié de m’avoir répondu, j’allais m’en aller et il me dit, non, vous n’allez pas repartir comme ça, je vais vous présenter à notre Imam, je me retrouve devant un homme avec une grande barbe qui me dit : je suis honoré de vous serrer la main (rires).
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Daniel : Quand tu étais bénévole dans cette association auprès des personnes en soins palliatifs, ta pratique du zazen t’aidait beaucoup ?
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Robert : Oui, quand je me tenais au chevet de quelqu’un, moi qui ai un tempérament peureux, j’aurai pu avoir peur de ça, mais non, là je n’avais pas peur, je n’étais pas moi, j’étais l’autre, j’étais là pour écouter l’autre, s’il n’avait pas envie de me voir il me virait, c’est normal. Ça n’est pas comme quand on va voir quelqu’un à l’hôpital, c’est être au service de l’autre. Dans ces moments-là le zazen aide à avoir la patience d’écouter l’autre. Les infirmières disaient toujours n’oubliez jamais qu’il est allongé et que vous êtes debout. Je me souviens d’un homme dont le métier avait été restaurateur de tableaux au musée du Louvre, il me disait moi qui ai vécu toute ma vie pour la couleur, maintenant je deviens aveugle, il avait restauré des Renoir, c’était terrible.
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Daniel : Alors dans ces moments-là tu te comportais comment ?
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Robert : Je disais simplement ce que je ressentais, il faut être vrai, la seule chose qu’il ne veut pas, c’est un mec qui lui raconte un baratin quelconque.
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Daniel : Entre le zazen et ces situations vécues dans les chambres de soins palliatifs, le silence est peut-être le point commun, un silence qui parle terriblement.
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Robert : Oui et surtout il faut être vrai, lui il n’a pas le temps de discuter de baratin. Je trouve que ça va bien avec le zazen.
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Daniel : En fait, ce que tu aimes c’est rencontrer les gens lorsqu’ils sont eux aussi en recherche. Tu as un véritable esprit de chercheur.
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Robert : Oui j’ai toujours cherché et quand je suis face à une préoccupation, je sais que la solution est en moi mais c’est tout de même grâce à l’autre que je vais trouver la solution.
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Daniel : C’est intéressant, la solution est en moi mais j’ai quand même besoin de l’autre.
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Robert : Oui, pour avancer je ne peux pas rester qu’en moi. Si je ne me concentre que sur moi je n’avance pas. J’ai besoin de l’éclairage de quelqu’un d’autre.
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Daniel : Que veut dire « avancer » ?
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Robert : Avancer dans mon destin.
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Daniel : C’est encore plus intéressant ! (rire)
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Robert : J’attire les gens en recherche. Un souvenir qui me vient, quand j’allais au sauna, je parlais avec tout le monde. Un jour un homme s’approche de moi, il me dit vous êtes incroyable, vous êtes le seul qui parle avec les gens. Au sauna personne ne parlait. Nous sommes devenus amis et peu de temps avant sa mort il m’a téléphoné pour me dire qu’il allait mourir. On ne sait pas quelle image de nous-mêmes on donne à l’autre.
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Daniel : C’est vrai, nous ne sommes pas toujours conscient de ce que nous apportons à l’autre.
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Robert : La pratique du zazen est importante pour ça. Grâce à la pratique ton discours est différent. Tu deviens plus attentif aux besoins de l’autre et tu apprends à développer ton écoute. C’est ça qui m’intéresse.
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Daniel : Le zazen nous familiarise petit à petit avec le silence. Parler avec quelqu’un devient plus facile il me semble. Beaucoup de gens vont parler entre eux mais souvent pour combler les silences, il y a une peur du silence. Mais si cette peur n’est plus ressentie, alors il est possible de parler plus librement.
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Robert : Et surtout le silence attire la parole de l’autre. Il peut sentir qu’il lui est possible de s’exprimer. Dans mon silence je fais place à l’autre.
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Daniel : Tu parles du silence intérieur.
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Robert : Oui, le silence intérieur et c’est très difficile, je suis toujours traversé par des pensées, j’ai toujours des projets. Je n’arrive pas à être simplement là.
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Daniel : Mais ça doit tout de même bien arriver de temps en temps, après cinquante années de méditation, il y a certainement des temps de zazen pendant lesquels tu es simplement là, des moments où ça fonctionne.
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Robert : C’est vrai qu’il y a des moments où ça fonctionne, ce sont des moments où nous sommes vraiment là, où tout ce qui doit arriver n’est pas devant nous (dans le futur), mais déjà là (au présent).
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Daniel : C’est ça le silence ?
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Robert : Oui, c’est ça le silence. Jacques Breton disait que lorsqu’il allait chercher le Roshi à Roissy (aéroport) il le trouvait assis au milieu de l’agitation ambiante mais extrêmement calme.
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Daniel : Et tu arrives à vivre des situations comme ça ?
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Robert : Pas encore (rires)
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Daniel : La pratique du zazen solitaire ou la pratique à l’intérieur d’un groupe, que préfères-tu ?
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Robert : C’est plus facile avec le groupe.
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Daniel : Pourquoi ?
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Robert : Quand tu pratiques seul, il te faut une autodiscipline, par exemple quand je suis seul, je peux entendre en moi une voix qui me dit ça suffit, c’est bien assez comme ça.
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Daniel : Je ne suis pas certain de comprendre.
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Robert : Tu es moins enclin à rester en posture quand tu es seul. Je n’ai jamais vu quelqu’un sortir du groupe.
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Daniel : Qu’on soit seul ou bien dans un groupe, on est assis avec soi-même. Est-ce que je me trompe ?
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Robert : Je pense que c’est plus difficile quand on est seul.
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Daniel : Pourquoi ?
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Robert : Parce que c’est nous-mêmes qui décidons. Je me rappelle d’une sesshin avec Eizan Rôshi, j’avais alors vraiment très mal aux genoux, j’attendais que la cloche sonne, c’était interminable et enfin la cloche a sonné, alors Eizan Rôshi nous dit : Que ceux qui veulent rester en posture restent en posture. Et bien je suis resté en posture et la douleur est partie. (rires)
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Daniel : Peut-être parce qu’il avait délivré une autorisation. Je sais bien que ça n’est pas dans ton habitude de donner des conseils si on ne te demande rien, mais si une personne qui débute la pratique du zazen te demandait un conseil que pourrais-tu lui dire ?
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Robert : Poursuivre.
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Daniel : Sans se poser de questions ?
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Robert : Sans se poser de questions. Faire confiance.
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Daniel : Faire confiance à quoi ?
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Robert : S’il ou elle est venu(e) là, c’est qu’il y a une raison. Ça n’est jamais pour rien que nous sommes là où nous sommes. Ça n’est jamais pour rien que nous rencontrons quelqu’un. Je crois beaucoup à ça.
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Daniel : C’est bien ça.
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Robert : Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est mon truc. (rires)
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Daniel : Tu portes vraiment les autres en toi. Tu sais que dans notre groupe tu symbolises quelque chose d’important, inconsciemment les gens se projettent par rapport à leur âge, ils se projettent dans leur vieillesse et tu es un message d’espoir incroyable. Tu n’as pas conscience de ce que tu es pour nous tous.
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Robert : Non, je suis dans mon tracé.
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Conversations avec Robert Fenié enregistrées les 07.04.2026, 06/05/2026, 16.06.2026 en son domicile parisien et dans son restaurant japonais préféré.

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